Le parcours d’un tricks

Du moment où vous inventez un tricks ou pour beaucoup, quand vous le voyez faire par un pro, jusqu’au moment où vous le réalisez parfaitement – c’est-à-dire que vous pouvez le faire les yeux fermés sur du sable – il s’est passé des choses.

Je me suis posé la question de savoir comment se passait psychologiquement et physiologiquement ce parcours, de l’idée à la réalité. Quel chemin, quel processus, que s’est t-il réellement passé dans votre tête et dans votre corps pour que vous y soyez enfin parvenu.
Tout commence par une idée, ou alors une envie d’un tricks mais une chose est sure maintenant vous devez faire ce tricks c’est décidé. C’est plus facile quand c’est une figure que vous avez déjà vu réalisée plusieurs fois par beaucoup de riders car vous zappez l’étape qui consiste à vous demander si ce tricks est réalisable ou pas techniquement. Certains, souvent les meilleurs riders, n’ont pas ce souci, ils ont assez de confiance en eux pour croire qu’ils sont capables de tout et aussi que tout est possible et réalisable. Ils passent au-delà de la phase de tâtonnement pour jauger la faisabilité du tricks et attaquent direct le practice de façon déterminée.
On passe brièvement sur les différences entre ceux qui font appel à l’hémisphère gauche (œil droit) qui sert à la logique, la cohérence et au raisonnement et ceux qui utilisent l’hémisphère droit (œil gauche) où habitent nos délires, créations etc… (D’ailleurs ceux qui prennent des drogues qui inhibent la partie gauche sont souvent plus créatifs). De toute façon, tout ça se passe encore dans le cerveau, au niveau des noyaux gris centraux (thalamus, corps strié, noyau caudé), ce sont des zones du cerveau qui retiennent les informations les assimilent, les construits, en relation avec une autre partie : le cortex frontal.

On retient, on assimile le trick et les facteurs psychologiques jouent énormément. Par exemple, il faut savoir que le thalamus est la partie du cerveau qui gère l’affectif, les émotions, la satisfaction,… Le cortex frontal est celui aussi de la socialisation d’un individu (des rapports avec les autres).
Votre corps ne connaît pas encore ce tricks même si votre esprit l’a déjà vu ou rêvé des centaines de fois. Pour qu’il soit assimilé, il faut beaucoup d’entraînement. Une fois que vous l’avez réussi au moins une fois, passée la phase d’extase votre cerveau commence déjà à stimuler votre moelle épinière, car c’est dorénavant à cet endroit qu’il finira par se loger. Quand la partie haute du cerveau, celle qui donne les ordres, demandera à faire ce tricks, elle ne fera plus appel à une autre partie du cerveau mais au système nerveux, géré par stimulations électriques provenant de la moelle épinière.
Le problème vient souvent de la foi en soi qui fait que vous manquez assez de confiance pour faire « descendre » ce tricks dans les réflexes plutôt que dans la partie qui observe et contrôle vos mouvements. Par conséquent, les riders doués sont souvent ceux qui arrivent le plus rapidement et de façon permanente à faire passer ce mouvement dans la moelle épinière. Et ceux qui doutent encore resteront dans la phase de contrôle du cerveau, qui a un pourcentage de réussite forcément plus aléatoire.
C’est probablement ce qui explique qu’on foire souvent en contest, parce qu’on se pose 10 000 questions à la seconde sur le pourquoi et le comment de la réussite d’un tricks donc on ne fait pas appel à la partie « habituelle » du cerveau pour la même action et ça embrouille nos sens momentanément.
Il y a un autre facteur pour expliquer ces difficultés en run ou lorsqu’on vous filme : la finalité du mouvement. C’est-à-dire que quand vous ridez au practice, vous vous posez la question (inconsciemment bien sur) de savoir quelle sera le prochain tricks ou mouvement, vous vous concentrez plus sur le présent alors qu’en contest on imagine et on anticipe la fin de ce mouvement, ce qui dérègle quelque peu le raisonnement donc crée des troubles psychologiques supplémentaires.

Plus un tricks est « dur », plus on pourrait penser que c’est parce qu’il s’assimile moins facilement. Et comme on a chacun notre méthode d’assimilation vu que c’est étroitement lié à notre psyché, c’est forcément plus ou moins rapide selon les gens et les tricks. Logique.
L’exécution d’un trick passe donc par les zones précédemment citées du cerveau. Le cervelet au niveau du cerveau c’est le centre de la coordination, de l’équilibre, en liaison avec les yeux, la vision et les vestibules (au niveau des oreilles internes). Ces neurotransmissions intègrent donc le cervelet en relation avec d’autres zones du cerveau comme la zone vestibulaire et celle de la vision. A partir de ce moment l’influx nerveux est délivré aux muscles, tendons articulations par la moelle épinière qui relie tous les nerfs moteurs et sensitifs du corps comme je le disais plus haut.

Le feed back, le retour de l’information délivrée au corps repasse par la moelle épinière, la remodification par le cerveau incluant les zones pour l’exécution et celle de l’apprentissage.

Le parcours du trick est donc surtout une entreprise réalisée par le cerveau, très complexe car faisant intervenir des zones d’apprentissage, de coordination visuelle et vestibulaire (équilibre) mais aussi du corps lui même (tendons, muscles, articulations) par les informations proprioceptives redélivrées au cerveau.
Mais ça ne veut pas dire qu’un tricks est verrouillé à jamais une fois qu’il est géré par le système nerveux. Sa réalisation reste toujours un minimum variable quand même. Principalement due à la respiration selon moi, donc de l’état dans lequel vous êtes. Si vous êtes énervé, vous aurez forcément des réactions et une attitude de personne énervée, pareil si vous êtes calme et serein. Donc votre riding et processus de contrôle du cerveau qui alterne entre les tricks « validés » et les tricks « à apprendre » fait appel à différentes parties du cerveau qui redirige les infos et si votre esprit est perturbé, ça peut engendrer des conflits internes donc votre riding sera aussi perturbé.
Y a des jours où tout passe et des jours, rien, nada. Tout le monde a déjà eu cette réflexion, moi le premier. Il faut donc bien se préparer psychologiquement à apprendre et réaliser des tricks au même titre qu’un échauffement physique qui habituera vos muscles et votre cœur à cette pratique.
Le facteur psychologique le plus important reste évidemment la motivation, plus elle sera grande et moins vous vous poserez de questions quand à l’exécution mais Il y a énormément de paramètres à prendre en compte : la fatigue, le stress ou les soucis vont perturber votre riding autant que le vent, vélo mal réglé ou sol pourri. C’est donc un travail psychologique pour maîtriser sa respiration (qui servira pour un meilleur contrôle) qui fera qu’on apprendra plus ou moins vite. Les méthodes de relaxation et de respiration préparent le corps et le cerveau.
Il faut aussi faire en sorte que progresser soit une habitude bien sur. Quelque chose d’acquis une fois pour toute.

Voilà
Écrit avec l’aide du Dr Dominique Bonnecuelle