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Le surf interdit aux noirs ?

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un sujet qui me tient à cœur. Il s’agit du racisme dans le surf, notamment en Californie, un lieu mythique où ce sport s’est considérablement développé. C’est quelque chose qui semble implicitement normal et auquel on s’est tous habitués. Mais si on regarde de plus près, où sont les Noirs sur les vagues ? 

Réalisé par Cécile Delarue et Hélène Eckmann, la chaîne de télévision Arte revient sur ce phénomène dans une série de quatre documentaires qui traitent de ce sujet complexe et polémique.  Le doc est dispo sur cette page : https://www.arte.tv/fr/videos/114119-001-A/black-surfers-matter/

18 décembre 1865, abolition de l’esclavage aux USA.
En janvier 1926, Le local des surfeurs noirs, appelé le Pacific Beach Club,  a été incendié par le Ku Klux Klan, un jour avant son inauguration.  C’était il y a 100 ans, mais il a fallu attendre le 16 septembre 2023 pour voir la première compétition de surf réservée aux Noirs à Los Angeles. 
Mais aujourd’hui, en 2026, qui réalise des films, qui édite des magazines, publie des articles, gère des marques ou des événements ? Des Blancs, principalement. On parle du surf mais on pourrait élargir aux sports extrêmes en général si on regarde bien. 

Le surf n’a pas été inventé par des Blancs, mais ils en ont maintenant le monopole et le contrôle absolu. Ce sport nautique est né à Hawaï et a été popularisé et développé en Amérique de l’Ouest grâce au waterman hawaïen et médaillé olympique Duke Kahanamoku, qui a ramené le surf dans ses bagages.  Une activité également popularisée par le célèbre bouquin de Jack Kerouac « Sur la route », dont je suis un très grand fan. 
Cette pratique ancestrale, qui consiste à glisser sur l’eau avec une planche, est arrivée dans les médias californiens vers les années 50 et tout le monde voulait ensuite ressembler à un surfeur, le grand fantasme de l’époque qui représentait un homme grand, beau et blanc.
Les Noirs habitaient loin de l’océan à cause du prix de l’immobilier et certains ne savaient même pas nager ; donc l’accès au surf était souvent difficile pour eux. 

Le doc d’Arte revient aussi sur le symbole de la swastika  sur les planches de surf après la Seconde Guerre mondiale et l’image des nazis récupérée par les surfeurs. La première planche de surf industrielle des années 30 était en bois et avait une croix gammée gravée en son centre. Mais ce n’était pas la même signification, car ce symbole se trouvait dans de nombreuses cultures pendant au moins 5 000 ans avant qu‘Hitler ne le mette au cœur du drapeau nazi. La swastika est un mot sanskrit qui signifie « bien-être » ou « bonne fortune ». C’est un ancien symbole sacré de paix et de prospérité dans l’hindouisme, le jaïnisme et le bouddhisme, qui a été détourné au XXe siècle par le régime nazi comme emblème de la haine. C’est toujours bon à savoir pour ceux qui pourraient encore faire l’amalgame. 

Un autre phénomène très connu et presque banalisé dans le surf, le localisme, sert souvent de prétexte au racisme ambiant. Le célèbre Miki Dora, grand surfeur de son époque, était bel et bien raciste comme le prouvent les témoignages du documentaire. Et quand on s’y attarde un peu, on peut facilement en conclure que le localisme est une forme de racisme, voire de xénophobie pour certains. 
Dans le second épisode, on peut y voir des blacks obligés de surfer la nuit pour être tranquilles, en ayant moins peur des requins que des surfeurs blancs qui font la loi sur les vagues californiennes. Par peur d’être chassés de l’océan à grands coups d’insultes et de N-Word, le N signifiant « nigger ». Inutile que je vous le traduise.
Et même les rassemblements pacifistes, comme les Pagaies de la paix qui dénoncent ces abus, ne font pas changer les mentalités. 

Sur les plages de la côte californienne jusque dans les écoles du centre de Los Angeles, les associations de surfeurs noirs ont entrepris de s’affranchir de l’ordre établi en organisant des événements pour surfeurs de couleur. L’objectif : renverser la vague blanche et ouvrir le milieu du surf aux minorités. Pagayer à contre-sens.
Et peut-être qu’un jour, on remplacera le terme de « black surfeur » par juste « surfeur ». 

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Manu Massabova

BMX Pro Rider depuis 1986. Rédacteur spécialisé dans les sports extrêmes depuis 1999.