Edito

Un dernier round pour la gloire

« On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait en s’en allant » écrivait Jacques Prévert.

Vous étiez jeunes, c’était l’été, les années folles, l’adrénaline et la testostérone en bandoulière. Les hormones qui foutent le bordel et les potes qui vous entraînent. Il n’en fallait pas plus pour se prendre au jeu et tenter de nouvelles aventures. Les sports de glisse ont ceci de particulier qu’ils sont aussi attractifs qu’effrayants : séduisants pour le côté rebelle et tendance, et repoussants pour le danger que cela peut représenter. Mais c’est justement ce danger, cette sensation de repousser vos limites, qui vous a donné l’envie de vous y mettre et de devenir accro. Le virus était inoculé et le mal était fait. Trop tard pour faire machine arrière. Les années passent vite : les bobos, le matos, les sessions, les potes, les fous rires, les cris de victoire et les hurlements de douleur…

Mais la vie, aussi, est passée. 
Les études, les premiers jobs, les filles (ou les garçons), les heures sup, les responsabilités, la fatigue, les enfants, la famille, les courses, la vie, quoi. 
Et puis cette planche de skate, ce vélo ou ces rollers qui ne servent plus qu’une fois par mois, par an… et terminent à la cave car ça prend de la place. Une place qui est pourtant restée dans votre cœur. 

La quarantaine, la cinquantaine. L’heure du bilan. La nostalgie et les histoires à raconter aux amis, aux enfants. Et ce skate, ce vélo ou ces rollers qui font toujours une apparition remarquée, déterminés à ne pas se laisser oublier comme ça. 
Et puis un jour, on voit du surf, du skate ou du BMX à la télé, aux JO. Et c’est le déclic. On n’a qu’une vie et, non, le meilleur n’est pas derrière nous. On a encore des choses à dire, à prouver. Un dernier round pour l’honneur. Montrer aux petits qu’on y était. C’était il y a trente ans, mais la passion est toujours là, cachée dans la cave. Elle n’est jamais vraiment partie. Rider un jour, rider toujours. 

Alors, c’est le moment du grand retour. On s’en fout du regard des autres, que le ventre soit plus gros, que les cheveux soient tombés, la vue aussi, mais pas nos illusions et encore moins nos rêves. 
Certains n’ont jamais lâché la rampe ; j’en fais partie et je sais que c’est un privilège, car la quasi-totalité de mes compères de ride, ont arrêté et presque tous ont repris ces dernières années.

Éloge de la seconde chance ou renaissance du phénix ? 

Certains riders comme Alexandre Jumelin sont restés au top tout le long de leur carrière, le Johnny Hallyday du ride, 30 ans de règne : c’est beau et surtout très rare. Tout comme Kelly Slater en surf, Antoine Albeau en planche à voile ou Tony Hawk en skate, difficile de rester en haut de l’affiche toute sa vie. 
Mais d’autres ne sont jamais arrivés en haut. Et les regrets, les remords, le temps qui file et le sablier qui continue de faire couler l’encre de la vie. L’échéance approche, donc il est temps de briller, c’est maintenant ou jamais. Stéphane Meneau, alias Shogun, est remonté sur le Ring, enfin dans le skatepark, à 50 ans et a véritablement commencé sa carrière professionnelle à cet âge-là. Une carrière commencée en 1985 et qui n’a décollé que récemment suite à une remise en question. Il y a aussi ceux qui font des retours fracassants, comme Jimmy Petitet, qui est revenu au top après une pause de vingt ans.
Je fais aussi partie d’un club en banlieue parisienne (Sainte-Geneviève-des-Bois) avec une bonne trentaine de riders, quasiment tous quadras ou quinquas, avec tous la rage au ventre et la bave aux lèvres, l’envie d’en découdre avec ce vélo et la vie qui voudraient nous faire croire qu’on est foutus à 50 balais. 

Votre passion mérite, elle aussi, une seconde chance. Comme Shogun et comme tant d’autres, la cloche n’a pas encore sonné, alors rien n’est perdu. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, comme on dit. Moins d’engagement, moins de prises de risque, mais toujours autant de plaisir à réussir un nouveau tricks, ce fameux tricks qui vous hantait depuis 30 ans, il est temps de lui montrer qui est le patron. Voilà, la messe est dite. On se retrouve sur le spot. Ne cherchez plus d’excuses ou de faux prétextes, la voie est libre, la vie n’attend pas. 

N’attendez pas la fin du film pour en être le héros.

Je vous laisse avec ces mots de Richard Bohringer : 
« Mais toi, aime-la cette vie. Casse-lui la gueule. Bouleverse-toi d’elle. Elle te donnera des ailes. Et tu voleras comme le cormoran argenté… Le bonheur est éphémère, les regrets sont éternels. C’est aujourd’hui le courage.« 

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Manu Massabova

BMX Pro Rider depuis 1986. Rédacteur spécialisé dans les sports extrêmes depuis 1999.