Armelle Tisler : « M’amuser au skatepark jusqu’à mes 50 ans ! »
Gravitant dans le monde du roller depuis ses 4 ans, Armelle Tisler s’est forgé un gros palmarès sur la scène nationale et internationale. Une carrière de compétitrice entamée en 2016, avec un leitmotiv : le plaisir du ride. La Rognacaise de 25 ans voue ainsi une passion toujours intacte au roller. Présente tous les jours sur les skateparks, et déterminée à y traîner ses rollers le plus longtemps possible. Armelle Tisler porte également un regard avisé sur l’évolution et le poids de sa discipline. La Provençale, à la belle maturité, a accordé une interview à Ride or Die !
–Armelle, pourrais-tu te présenter en quelques phrases à nos lecteurs ?
Je m’appelle Armelle Tisler, j’ai 25 ans et je fais du roller depuis mes 4 ans ! Ma mamie m’avait acheté une paire de rollers, j’ai commencé et je n’ai jamais arrêté… Mon père a commencé avec moi, on en fait donc ensemble depuis 21 ans. Je pense que c’est aussi pour ça que je n’ai jamais arrêté (sourire).
J’ai débuté les compétitions en 2016, un peu par hasard à Marseille. Il y avait une compète, et des gens m’ont encouragée à m’inscrire. J’y suis allée, j’ai gagné en amatrices, et j’ai intégré le circuit des championnats de France, en amatrices, pour la saison 2016-2017.
J’ai été sacrée de championne France, et je suis passée pro. J’ai pris part depuis à des compétitions françaises, européennes et internationales.
En termes de palmarès, j’ai été couronnée championne d’Europe en 2022, vice-championne d’Europe en 2021 et en 2025. J’ai été également sacrée plusieurs fois championne de France. Depuis mes débuts, j’oscille entre 1ere, 2e et 3e aux « France ».
Je suis aussi montée deux fois sur le podium du Winterclash, une grosse compétition qui est hyper connue dans le milieu. J’ai également terminé cinquième des championnats du monde, en 2024.

–Qu’est-ce qui te plaît toujours autant aujourd’hui dans ce sport, et te motive encore à aller rider ?
Depuis 21 ans, le roller fait partie de mon quotidien, je sais que je vais aller au skatepark tous les jours. C’est un peu devenu une routine.
Ce qui me plaît vraiment là-dedans, c’est que ce n’est pas comme si j’allais prendre un cours de basket, ou faire du foot en club. Je peux aller rider à l’heure que je veux, où je veux, rouler les structures que je veux… C’est vraiment hyper motivant, car il n’y a pas de règles.
J’aime le côté artistique, dépassement de soi et le fait qu’on puisse gérer tout nous-mêmes, de A à Z.
–Comment définirais-tu ton style de ride ?
C’est une question hyper dure… Je dirais girly bourrin. Je ne sais pas comment expliquer, mais j’aime bien être bien habillée, avec le beau pantalon et le t-shirt qui va bien avec, les ongles bien faits. Tout en me jetant par terre et essayant des tricks de fou !
En tant que pro rider, il ne faut pas avoir de point faible – Armelle Tisler
–Quels sont tes points forts en tant que rideuse ? Et à l’inverse, où se situe ta marge de progression ?
Concernant les compétitions, je pense que je suis forte dans la gestion des skateparks.
C’est un critère hyper dominant dans les jugements, on nous demande de savoir utiliser tout l’espace, les modules.
Il ne faut pas avoir de point faible, et être capable de faire du street, comme du park, comme du bowl.
Je pense que ce qui m’a permis d’évoluer et d’être invitée sur plein d’événements, c’est « ma joie de vivre ». Je ne sais pas trop comment l’exprimer sans passer pour une personne manquant d’humilité. Mais c’est vrai que j’ai toujours le sourire, je suis toujours contente d’être sur mes rollers. Je pense que cela a été l’une de mes plus grandes forces, sur toutes ces années.
Concernant ma marge de progression, je sais que je suis beaucoup plus forte en street et en bowl qu’en park. J’ai du mal avec les têtes en bas, par exemple. Avant j’en faisais mais je me suis blessée, fortement, plusieurs fois. Désormais j’ai donc beaucoup d’appréhension, et je tente moins ce genre de choses. J’ai une grosse marge de progression là-dessus, mais je ne sais pas si cela évoluera un jour. Je dois vraiment composer, maintenant, avec des blocages mentaux.
Dans les domaines où j’excelle le plus, je sais qu’il y a aussi des marges de progression.
Il y a toujours mieux à faire, il y a tellement de choses à faire !
C’est ça qui est génial dans ce sport, j’ai l’impression que je pourrais progresser jusqu’à 50 ans (sourire).

-Suis-tu une préparation mentale pour lutter contre tes appréhensions ?
Le coach de l’équipe de France nous en fait. Il nous montre beaucoup de vidéos, nous faire lire beaucoup sur des thématiques liées à la préparation mentale. Ce n’est pas son métier mais il nous accompagne.
Je ne me suis jamais vraiment dirigée vers des professionnels de la santé mentale.
Peut-être parce que je sais que je suis super bien entourée, et je n’ai pas l’impression d’avoir de besoin à ce niveau-là.
En matière de prépa physique,je vais à la salle cinq fois par semaine, et chez le kiné une à deux fois par semaine. Par rapport à mes blessures antérieures, j’ai des séquelles pas cool que je vais traîner toute ma vie. Je suis donc obligée de prendre soin de mon corps, mais j’adore aller à la salle et j’aime trop me rendre chez le kiné.
–Comment se passe la conception et l’apprentissage d’un nouveau tricks pour toi ?
Ce n’est pas évidemment pas tous les jours que l’on apprend un nouveau tricks. Mais quand l’idée me vient, et qu’il me prend l’envie d’essayer, j’entre en premier lieu dans une phase d’observation. J’essaie de me rapprocher des tricks que je sais déjà faire, pour me mettre en confiance et avoir moins peur.
Quand la barrière mentale est enlevée, je vais essayer, tomber, réessayer…
Si je vois que cela ne va pas, que je vais me faire mal, je peux stopper et recommencer deux-trois jours plus tard. C’est à peu près le process !
Souvent je n’arrête pas, je vais jusqu’au bout, jusqu’à ce que je rentre le tricks.
Notre sport est un peu un sport d’acharné (sourire).
D’ailleurs, si j’apprends un nouveau tricks et que je ne le fais plus pendant trois semaines, je ne saurai alors plus le réaliser !
Dans ce sport, il faut retravailler les bases tous les jours, toutes les semaines.
Entrer en équipe de France, un sentiment fou – Armelle Tisler
– Qu’as tu ressenti à ta première sélection en équipe de France ?
J’ai ressenti beaucoup de fierté, en me disant qu’à 8 ans j’allais au skatepark avec mon père, et là j’allais représenter mon pays à l’international. J’avais l’impression d’être comme les grands sportifs, que l’on suit à la TV ! Même si le roller n’est pas un sport hyper connu, je me suis dit que c’était incroyable. C’était il y a cinq ans, et depuis les voyages se sont multipliés, les compétitions et les accomplissements aussi…
Je ne savais même pas que tout cela pouvait exister.
Rentrer en équipe de France, c’était un sentiment fou. Je pense que je n’ai jamais ressenti ça dans ma vie !

Crédit photo Théo Kiné @t.shoot
–Le skate et le BMX freestyle ont intégré les Jeux Olympiques, contrairement au roller. Est-ce quelque chose qui te frustre ?
Cela me frustre oui et non. Évidemment, quand j’ai vu que des sports freestyle étaient entrés aux J.O., j’étais extrêmement contente. J’étais bien sûr triste que le roller n’y soit pas. Mais c’était déjà un pas, pour notre monde, d’entrer au programme olympique.
Les Jeux, c’est vraiment la consécration… J’étais donc très contente que le BMX et le skate y rentrent, et même le breakdance à l’époque.
Je me suis dit : « peut-être que les gens nous regarderont moins mal, ou comprendront plus ce que l’on fait. » Que l’on fasse du skate, de la trottinette, du roller, c’est pareil à mes yeux.
J’aimerais bien sûr que le roller soit aux Jeux Olympiques dans les prochaines années, pour que les gens nous découvrent davantage, et que les futures générations puissent briller aux Jeux. Ce serait fantastique !
– » Les choses évoluent dans le bon sens pour le roller » – Armelle Tisler
-Qu’est-ce qui manque aujourd’hui pour que le roller soit encore plus reconnu ?
Je sais que pour rentrer aux J.O, il faut un certain nombre de quotas et de critères. Le roller doit encore grandir à ce niveau-là. Nous avons connu un grand boom du roller dans les années 90-2000, et après cela s’est cassé la figure. On a perdu toutes les grosses marques qui investissaient. L’époque où Taïg Khris a sauté de la Tour Eiffel, c’était l’âge d’or du roller, puis tout s’est effondré. Le sport était trash, c’était un sport de rue avec beaucoup d’alcool et de drogue. Cela renvoyait une très mauvaise image du sport.
Depuis quelques années, les choses évoluent dans le bon sens. On a une répartition équitable des hommes et des femmes dans le sport, que ce soit au niveau des prize money, du temps d’entraînement pendant les compétitions…
Il y a plus de Fédérations, les World Games ont apporté plus de lumière sur notre discipline.
De plus en plus de pays participent, cela grandit dans le bon sens.
La nouvelle génération est investie, elle ne montre pas une mauvaise image sur les réseaux ou dans les médias.
Je me dis que c’est en bonne voie, mais cela prend du temps. Nous n’avons pas Nike, Monster Energy ou Red Bull, qui nous permettraient de monter vite et fort.

–Qu’est-ce que tu ressens lorsque tu arrives au FISE, avec cette ambiance et autant de disciplines réunies au même endroit ? Qu’est-ce que tu retiens particulièrement de ton édition 2026 ?
L’édition 2026 a été celle d’un grand changement. On est passés d’un format classique park run, que l’on avait depuis des années, à un park fusion. Il mélangeait du street, du park, de la créativité, de la gestion, en format battle (un contre un). J’ai trouvé ça génial !
Au niveau du spectacle, de l’appréciation des gens, de la hype autour de ça, c’était beaucoup mieux que de voir des riders faire des runs un peu robotiques, pour gagner des points.
Le contest au FISE 2026 était vraiment artistique, créatif, bien plus représentatif de la discipline.
J’avais déjà vécu les battles en Chine, en octobre 2025.
J’avais beaucoup apprécié et j’avais donc très hâte de vivre ça au FISE ! Et effectivement, j’ai vécu l’une de mes meilleures éditions, avec un super format.
Les rideuses n’ont pas eu tant de chance que ça, nous sommes passées à 9h du matin.
Il y a avait donc moins de monde dans le public.
Cela reste une très très belle expérience.
J’espère que dans les prochaines années, nous pourrons passer dans l’après-midi, pour avoir beaucoup plus de public et faire encore plus le show !
–Tu as pris la 7e place mondiale lors de la World Cup de Rome en juin. Avec un peu de recul, quel regard portes-tu sur ta performance ?
Je suis très contente, très fière de rester dans le Top 10 mondial depuis 5 ans.
Le niveau a explosé chez les filles ces dernières années, avec des gamines de 11 ans qui ont 6 fois mon niveau… C’est compliqué, mais je suis ravie de prendre part à ces Championnats du monde et ces Coupes du monde depuis 3 ou 4 ans, et de demeurer dans le haut du classement. Avant Rome, j’étais quand même 4e au ranking mondial.
A Rome, j’ai tout donné, je n’ai aucun regret et je suis hyper fière.
Nous avons deux runs : j’ai assuré un premier passage avec mon run de qualifs, pour rester dans le Top. Je n’ai fait aucune erreur, c’était un très bon run. Au second passage, j’ai voulu augmenter la difficulté, pour gagner des places. J’ai raté mais j’ai tout tenté, c’était la bonne stratégie. J’étais très contente de ma performance.

– À ton âge, comment arrives-tu à concilier entraînements, compétitions, déplacements et vie personnelle ? Est-ce que cela demande parfois de faire des sacrifices ?
J’ai beaucoup beaucoup de chance avec ça. J’ai un travail qui me permet d’être flexible, puisque j’ai un mi-temps en télétravail. Je peux partir où je veux avec mon ordinateur, m’absenter sur des longues périodes… Je n’ai vraiment aucun problème à ce niveau.
Je réalise ma chance, car certains potes sont obligés de poser deux semaines sans solde, ou ne peuvent carrément pas venir à certaines Coupes du monde.
Coté perso, mon chéri – qui fait du skate et du roller – est super compréhensif, il vient d’ailleurs parfois avec moi. Il me soutient, tout comme ma famille qui m’entoure beaucoup.
Je mentirais donc si je disais que les choses étaient difficiles pour moi.
Cela a été très dur quand j’étais à l’école, mais maintenant que je suis diplômée, rien de tout ça.
Si je le fais, tout le monde peut le faire – Armelle Tisler
–Tu as déjà une belle communauté sur Instagram. Quelle place occupent les réseaux sociaux dans ta vie de rideuse : est-ce avant tout un plaisir, un moyen de faire connaître le roller, ou aussi quelque chose d’important pour construire ta carrière ?
Un peu de tout ça ! Quand j’ai commencé à mettre des vidéos sur Instagram, j’étais contente de pouvoir montrer mes progrès à la communauté de riders, et de découvrir aussi des vidéos d’autres gens. Mon compte a grandi et j’ai maintenant une belle communauté.
A mes yeux, le plus important est qu’il y ait des filles, et surtout des jeunes filles, qui voient mon contenu. J’ai envie qu’elles se disent : « oui, c’est possible! Je vais m’entraîner, faire des compètes, voyager… »
J’aurais aimé avoir un modèle plus jeune, comme cela a été le cas plus tard avec Manon Derrien, une rideuse de Bordeaux que je suivais.
Elle ne fait plus de roller maintenant mais elle a voyagé partout, elle a fait des Tours au Japon, au Mexique, en Chine. Elle était très très forte (double championne du monde de roller freestyle, ndlr). Cela me faisait rêver !
Sur Instagram, il y a cet aspect de partage, de dire que si je le fais, tout le monde peut le faire. J’aime montrer les coulisses des compétitions et suivre aussi les autres riders.
Il y a aussi, forcément, un aspect pro, pour les contrats et les sponsorings.
C’est beaucoup plus crédible d’avoir 33 000 abonnés sur Instagram, quand tu as un sponsor ou que des marques viennent te voir pour faire un Réel en crosspost avec eux…
C’est certain que cela m’aide beaucoup.

Crédit photo Théo Kiné @t.shoot
–De quoi es-tu la plus fière jusqu’à présent ?
Il y a énormément de choses dont je suis très fière.
Si je dois sélectionner, je dirais que je suis très fière de toujours autant aimer le roller en tant que loisir.
J’avais très peur de perdre la flamme, en commençant les compétitions.
Mes débuts ont été compliqués, j’étais jeune et je m’énervais facilement.
J’étais déçue de moi-même si je ne réussissais pas les choses, etc.
J’avais peur de ne m’entraîner que pour la performance, alors qu’à la base je fais du roller car j’aime ce sport ! A chaque fois que j’enfile mes rollers, je m’amuse.
Je suis également très fière de mon titre de championne d’Europe en 2022.
Je pense que c’était le plus beau jour de ma vie, je n’y croyais pas !
J’avais déjà fait vice-championne d’Europe l’année d’avant, mais je n’avais jamais gagné une aussi grosse compétition. Je me suis dit : « Wow ! » , j’étais énormément fière de moi.
Faire du roller le plus longtemps possible – Armelle Tisler
Quels sont tes prochains objectifs et tes rêves sportifs ?
A court terme, je souhaite vraiment faire une prépa optimale pour les World Games 2026, qui auront lieu en octobre. J’espère arriver là-bas et faire les meilleurs runs de ma vie ! Je ne peux pas le prévoir, mais c’est ce que j’espère (sourire).
A long terme, compétition ou pas, j’aimerais durer dans le temps et faire du roller le plus longtemps possible. Ce sont des questions que je me pose, maintenant que j’ai 25 ans et plus 15 ans. Moi qui ait connu les blessures, l’objectif de ma vie serait de m’amuser au skatepark jusqu’à mes 50 ans, ou carrément en faire avec mes gosses…
-Tu te vois devenir coach ?
Non, et c’est vrai que c’est hyper paradoxal. Les gens me disent que quand je ne ferai plus de compéte, je pourrai être coach ou m’inscrire dans la vie fédérale. Mais ce n’est pas quelque chose qui me plaît. Ce qui me plaît, c’est faire du roller. J’ai été prof de roller pendant un an, ça a été une expérience vraiment riche mais je ne souhaite pas la renouveler. Je ne suis passée par un club, et donner des cours enlevait à mes yeux ce côté charmant de la discipline. Ce n’est pas une reconversion que je me vois faire.
–Quel message aimerais-tu faire passer aux jeunes qui voudraient se lancer dans le roller et, pourquoi pas, dans la compétition ?
Toujours sourire car la vie est plus belle quand on sourit ! Je leurs dirais de ne surtout pas se mettre dans des circuits de compétitions si cela ne nous rend pas heureux. Si on est à chaque fois déçu de sa performance, si on y va avec les larmes aux yeux, si on ne dort pas la nuit suivante car on s’en veut… Il ne faut pas y aller. Si le cœur est ouvert à faire de la compétition dans la bienveillance et dans la joie, il faut par contre foncer ! Il faut se dire que c’est possible, quelque soit son sexe et son âge. Que l’on commence le roller à 2 ans ou même à 40 ans, il faut juste foncer… et faire ce qui nous plaît !
Suivez Armelle Tisler sur son compte Instagram : https://www.instagram.com/armelle_tisler/
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Crédit photo de Une : Théo Kiné


