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Interview d'Anthony Avella, passion roller freestyle
Un rider français, en roller freestyle park, aux World Skate Games 2026

Interview d'Anthony Avella, passion roller freestyle

Photo Alexis Imenez/FFRS
Interview · Roller

Interview d'Anthony Avella, passion roller freestyle

Par Nico Arquin · 24 octobre 2026 · 9 min de lecture

Anthony Avella est le sélectionneur de l'équipe de France de roller freestyle, en lice aux World Skate Games 2026. Le Toulonnais fait le point pour nous sur cette compétition, qui a souri aux riders tricolores.

Multiple champion du monde dans la discipline du skatecross, le Toulonnais Anthony Avella a été nommé début 2026 sélectionneur de l'équipe de France de roller freestyle. Quelques mois plus tard, en octobre à Asunçion, Anthony Avella a coaché les Bleus lors des World Skate Games 2026. Bilan pour la délégation tricolore de roller freestyle : trois titres mondiaux et cinq podiums, dont un triplé dans la discipline du park. Anthony Avella dresse le bilan pour Ride or Die de cette compétition organisée au Paraguay !

Anthony, peux-tu te présenter en quelques phrases à nos lecteurs ?

Je m'appelle Anthony Avella, 42 ans, ancien pro rider. Cela fait 30 ans que je fais du roller. Je suis directeur sportif de mon club, Metropole Glisse (M Glisse), et depuis cette année sélectionneur de l'équipe de France de roller freestyle.

Qu'as tu ressenti en devenant sélectionneur de cette équipe de France ?

J'ai ressenti une grande fierté. C'est un honneur, après ma carrière, de pouvoir poursuivre dans cette voie-là et d'apporter toutes les connaissances que j'ai pu acquérir. Je suis heureux de pouvoir servir des riders avec qui j'ai pu faire des compétitions, et de les accompagner en tant que coach. C'est vraiment exceptionnel !

Equipe de France de roller freestyle, aux World Skate Games 2026

Quelles étaient les ambitions de l'équipe de france de roller freestyle pour ces World Skate Games 2026 ?

Pour la délégation complète, au niveau de la Fédération, c'était de figurer dans le Top 3 des nations. Concernant le roller freestyle, nous visions un titre mondial dans quasiment toutes les disciplines (juniors et seniors, que ce soit chez les hommes ou les femmes). On ambitionnait la plus haute marche du podium. Nous avons parfois eu gain de cause, parfois non.

La notion de vie de groupe passe avant les résultats - Anthony Avella

Comment as-tu préparé tes athlètes à cette échéance, et sur quels aspects as-tu particulièrement insisté ?

Le fonctionnement est un peu similaire au football, les athlètes ont leur club et leurs propres entraîneurs. Ils s'entraînent de manière autonome aussi. Sur toute la préparation en amont, l'accompagnement se fait à distance. On gère toute la logistique de voyage. Sur place, une autre préparation démarre. On rentre dans la vie de groupe, dans le coeur du sujet. J'aborde également des sujets de préparation mentale, pour les riders qui ne sont pas "passés avec moi" encore. J'ai ainsi pris trois ou quatre riders en apparté, pour insister sur cet aspect-là. J'insiste beaucoup sur la notion de vie de groupe, je tiens beaucoup à ce que le groupe vive en harmonie et qu'il y ait une bonne ambiance. A mes yeux, cela passe avant les résultats. Après, il y a des objectifs clairs à poser avec chacun, en conservant la même dynamique. Cela se fait au fil du séjour. Il y a aussi l'analyse psychologique à effectuer à propos de chaque rider. J'avais 9 riders, 9 personnalités différentes. Il faut savoir jouer avec ces personnalités, pour faire ressortir le meilleur d'eux-mêmes au moment voulu.

Comment construis-tu d'ailleurs un esprit d’équipe entre des riders qui ont chacun leur personnalité et leur manière de pratiquer ?

Je m'appuie avant tout sur mon côté humain, sur ce que j'ai appris de mes voyages et de ce que je ressens sur le moment. Il y a des temps de pause où l'on va rigoler, vivre en groupe, faire des jeux de cartes, se raconter des blagues... Il y a des moments où l'on va être un peu plus sérieux, où l'on va poser des principes, travailler ensemble sur de l'écriture de runs, de l'analyse de skatepark.

Il y a des temps libres aussi. Je connais ce groupe depuis des années et j'ai 100% confiance en eux.

Je ne suis donc pas en train de surveiller ce qu'ils font là à ces moments-là, à être derrière eux.

Ils ont une certaine liberté chacun de leur côté, qu'ils apprécient aussi.

Cela leur permet de décompresser par rapport aux moments importants, et de ne pas rester tout le temps concentrés sur la compétition. A certains moments, on a besoin de lâcher.

Tous ces ingrédients-là, lorsqu'ils sont réunis, font que tout le monde se sent bien dans le groupe.

Si je décèle quelqu'un qui ne va pas bien, je vais adapter au cas par cas pour que cela ne se fasse pas ressentir au niveau du groupe. C'est donc une lecture et une analyse de chacun, pour faire en sorte que le groupe vive bien ensemble.

Un podium 100% français en roller freestyle park, aux World Skate Games 2026

La France est repartie du Paraguay avec 3 titres mondiaux et 5 médailles en roller freestyle. De quoi es-tu le plus fier concernant les performances de ton collectif ?

Ce dont je suis vraiment fier, c'est que tout le monde a été très à l'écoute des consignes que j'ai prodiguées. J'avais instauré une phrase assez simple, en disant aux riders – quand on a abordé la partie park – qu'ici, c'était chez nous. C'était notre terrain de jeu, on avait les clés du terrain et nous n'allions laisser personne décider des règles à notre place. J'ai vraiment insisté là-dessus, on en a même rigolé ensemble en faisant des petites photos remaniées avec l'IA. "Ici c'est chez nous et ce ne sera pas autrement", c'était vraiment notre leitmotiv.

Cette année, la Fédération avait fait des t-shirts personnalisés avec les noms de familles des riders au dos, pour leur entrée dans la compétition. Les voir de dos avec leurs noms inscrits a été une image trés marquante pour moi. J'en avais des frissons ! Je me suis dit : "Wow, je gère des athlètes à haut potentiel, ils sont magnifiques dans leurs tenues." C'était la fierté première, au-delà du résultat. La cerise sur le gâteau a été le triplé français sur le podium, en park. C'était quelque chose que j'avais vraiment mentalisé, avant la compétition. Je voyais un quadruplé français, on a finalement eu trois riders sur le podium. Cela n'a pas de prix, c'est exceptionnel !

Le triplé français, un sentiment indescriptible - Anthony Avella

Qu'as-tu ressenti sur le moment, toi qui étais aux premières loges de ce podium 100% français ?

J'ai ressenti beaucoup de joie, beaucoup d'émotions. La veille, avant les phases finales, j'avais fait un discours trés simple. J'avais lancé : "Vous êtes neuf sélectionnés et neuf finalistes. A mes yeux, la part du travail a été faite, il nous reste la dernière étape à boucler. Demain, je ne vais pas vous demander de vous transformer en une autre personne, d'aller chercher des trucs que vous n'avez jamais faits. Je vous demande simplement d'être vous, simplement vous et de faire confiance à votre feeling. Mesurez les risques et ressortez vraiment sans regrets à propos de ce qui va se passer, c'est le plus important." Je leur ai fait comprendre que certains seraient sur le podium et d'autres non. Chez les seniors hommes, ils avaient tous la possibilité d'être champions du monde. L'objectif était de remporter la victoire, en équipe.

Dans une interview d'aprés-compétition, Julien Cudot (multiple champion du monde de roller freestyle park, 3e à Asuncion, ndlr) a d'ailleurs déclaré que c'était l'une des premières fois où il était content d'être énervé. Il n'avait pas la place qu'il aurait souhaité, mais il était vraiment content pour ses deux autres potes sur le podium. Il était déçu de son résultat sportif – c'est normal pour un compétiteur -, mais en même temps il était rempli d'émotions et de joie. Comme nous tous, car notre collectif a gagné. C'est un sentiment qui est indescriptible. En tant que coach, je ne vis pas cette frustration que peut générer une deuxième ou une troisième place. Il y a eu de l'émotion en tout cas, Lenny Jourda (champion du monde 2026 en park, ndlr) n'a pas arrêté d'être en larmes...

C'était exceptionnel, ce sont des moments sportifs que l'on rêve tous de vivre et qu'il est important de bien garder en mémoire.

Un rider français aux World Skate Games 2026, en roller freestyle

Comment as-tu géré les moments plus difficiles vécus par certains athlètes ?

Il y a eu le cas la première semaine avec Nicolas Servy, engagé en roller street. Lors d'un échauffement, il a subi un gros trauma crânien. Il a perdu connaissance et est parti à l'hôpital, où les médecins lui ont fait deux IRM pour vérifier que tout allait bien. Heureusement, on avait un staff médical au top, ils ont parfaitement suivi les riders. Nico a réussi à participer la semaine suivante à la discipline du park. Quand on a eu les résultats finaux, il avait les larmes aux yeux mais était en même temps dégouté. Il m'a confié en avoir marre de finir toujours sixième. Je l'ai alors attrapé et je lui ai dit : "Nico, n'oublie pas, tu reviens des enfers. Normalement, tu n'aurais même pas dû mettre les rollers. Je te rappelle que tu as fait un trauma crânien la semaine dernière, tu t'es relevé et tu as quand même fait la compétition avec des douleurs au dos et aux cervicales. Tu es exceptionnel, tout le monde est fier de toi." Ces mots l'ont réconforté et il a compris qu'il revenait de loin.

Parfois, il est nécessaire de remettre en place un discours pour que le rider ne descende pas tout en bas, et de le valoriser pour ce qu'il a fait. C'est important de ne pas oublier les efforts qui ont été fournis, même s'il n'y a pas le résultat au bout.

Quels souvenirs garderas-tu en mémoire de cette compétition au Paraguay ?

J'en ai plein ! En interne, on a un petit truc que je ne peux pas répéter. Cela tient en trois lettres, mes riders comprendront : B.D.M ! C'esst comme cela que tout le monde se souviendra de ce séjour (sourire).

Roller freestyle aux World Skate Games 2026

Mes riders sont tous de vrais battants - Anthony Avella

Sur Instagram, tu as exprimé ton admiration pour chacun de tes riders. Qu’est-ce qui t’a particulièrement impressionné dans leur attitude et leur engagement pendant ces Mondiaux ?

Ils sont tous de vrais compétiteurs, avec un niveau exceptionnel. Ils sont tous de vrais battants. Je pense à Carla Pasquinelli (championne du monde en roller freestyle street, ndlr) qui s'est pris d' énormes chutes en première semaine. Personne ne l'a filmée mais j'ai assisté à cela en direct. Je ne sais franchement pas comment elle a fait pour reprendre la compétition. Quand tu vois des riders comme ça qui sont engagés, qui sont descendus dans les eaux profondes au niveau douleurs et chutes, et qui décrochent au final un titre... Comment ne pas être en admiration devant une telle combativité ? Ils ont tous ça en eux, ils sont trop beaux à voir.

Quelles sont désormais les prochaines échéances de l’équipe de France, et les prochains objectifs ?

On va attendre que le calendrier World Skate se mette à jour, un championnat du monde 2027 devrait être proposé. Les World Skate Games ont ensuite lieu tous les deux ans, avec toutes les disciplines représentées. Ils devraient se tenir en 2028 à Shanghai.

Nos objectifs vont être d'assurer la continuité des entraînements juniors, d'assurer plus de stages d'entraînement et de repérage. Le but est de mettre sur le devant de la scène les potentiels futurs riders, qui pourront nous représenter dans quelques années chez les seniors. Il est important qu'il y ait toujours un vivier de riders qui soit disponible pour le haut niveau.

Nous souhaitons aussi nous maintenir dans le Top du classement mondial, et conserver les plus hautes marches du podium.

Quelque chose à ajouter ?

Je remercie toutes les personnes qui sont impliquées auprès des athlètes que j'ai sélectionnés. Merci donc aux clubs, aux coachs, aux parents, aux familles, aux amis qui soutiennent les riders. C'est important que les athlètes aient un bon entourage ; moi, j'arrive en fin de processus, lors des sélections. Je tiens à mettre en avant les athlètes, car sans bon athlète il ne peut pas y avoir de bon coach. Ma priorité est l'athlète avant tout, c'est lui qui signe les résultats et qui doit en récolter toutes les récompenses et félicitations. Merci aussi à la Fédération, de nous permettre d'avoir une belle équipe de France et de briller au niveau mondial !

Photos : Alexis Imenez/FFRS

Écrit parNico ArquinDirecteur général et rédacteur

Gravitant dans l'univers des sports extrêmes depuis 2009, Nicolas est un vrai amoureux des mots et du ride. Raffolant particulièrement des interviews (plus de 500 à son actif depuis 2014), Nicolas a trouvé dans le journalisme son vrai terrain de jeu !

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