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Enzo Nilo : « J’espère que l’esprit du freeride et cette liberté qui le caractérise seront préservés » (Interview)
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Enzo Nilo : « J’espère que l’esprit du freeride et cette liberté qui le caractérise seront préservés » (Interview)

Photo Jérémy Bernard
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Enzo Nilo : « J’espère que l’esprit du freeride et cette liberté qui le caractérise seront préservés » (Interview)

Par Thomas Davaud · 20 octobre 2026 · 8 min de lecture

Rider français spécialisé en freeride, Enzo Nilo s’est construit au fil des années une place parmi les meilleurs de sa discipline. Le Savoyard a notamment terminé quatrième du Freeride World Tour en 2025 et 2026. Entre recherche de performance, résilience et passion pour la montagne, il revient sur son parcours, les exigences du haut niveau et sa vision de l’avenir du freeride, à l’approche de son entrée aux Jeux olympiques de 2030. 

À quel moment as-tu compris que tu voulais devenir snowboarder professionnel ?

J’ai commencé avec mon père, qui était moniteur de ski. Avant, je faisais du ski alpin. J’ai testé le snow pour m’évader et j’ai vraiment accroché. Dès l’âge de 10 ans, en regardant des vidéos, je savais que je voulais faire ça. Même à l’école, sur les fiches où l’on nous demandait quel métier on voulait faire plus tard, je mettais toujours « snowboardeur professionnel ». Puis les choses se sont mises en place petit à petit.  De fil en aiguille, j’ai intégré le Pôle France et j’ai commencé à faire des compétitions, d’abord en freestyle. En 2019, je me suis finalement dirigé vers le freeride qui est une approche plus pure, c’est à dire qu’on n’a pas besoin de snowpark pour s’exprimer.

« Je n’ai jamais abandonné malgré les blessures et les difficultés. » — Enzo Nilo

Quel a été le plus gros défi que tu as rencontré en passant du statut de jeune rider à celui de professionnel ? 

Je suis devenu professionnel assez tôt. Mon plus grand défi a donc été de rester compétitif au plus haut niveau, car la concurrence est de plus en plus importante. Il y a forcément des déceptions et des échecs. Je pense que l’une de mes forces, c’est la résilience : je n’ai jamais abandonné malgré les blessures et les difficultés. C’est ce qui me permet d’être encore là aujourd’hui. Je continue malgré les épreuves et je poursuivrai tant que j’en aurai la volonté et que ça fonctionnera.

Le freeride ne nécessite pas de snowpark. Crédit photo : Jérémy Bernard

Tu as terminé quatrième du classement général du Freeride World Tour en 2025, même chose en 2026. Qu’est-ce qui t’a manqué pour atteindre le podium ? 

En freeride, ce sont parfois des détails qui font la différence. Je pense que j’ai le niveau, mais l’année dernière, quelques petites erreurs dans mes runs m’ont empêché d’aller chercher les premières places. Pour moi, tout se joue sur ces détails. En 2025, ce qui m’a manqué, c’est surtout la régularité, même si j’avais remporté des étapes. Il y a aussi eu moins de compétitions que d’habitude, quatre au lieu de six, donc la moindre erreur avait davantage de conséquences. En 2026, j’ai été régulier, mais il m’a manqué quelque chose pour aller chercher la première place. Mes runs étaient suffisamment engagés pour performer mais je n’étais pas assez précis dans leur réalisation. Par exemple, mes réceptions n’étaient pas toujours parfaites, elles restaient parfois approximatives, et ça se ressent immédiatement. Le problème, c’est que tu n’as qu’une seule chance. Même si tu commets une erreur, tu dois continuer jusqu’en bas, car elle n’est pas forcément rédhibitoire. Tu peux parfois la compenser par une fin de run exceptionnelle. C’est aussi ce qui fait la beauté et la cruauté du freeride : parfois, les résultats dépendent de choses qui ne sont pas de ton fait. Un caillou peut se découvrir et te déséquilibrer, par exemple. D’autres fois, l’erreur vient de toi, comme lorsque tu es trop en arrière à la réception. Quand tout s’aligne, les choses peuvent aller très vite dans le bon sens. Mais dès que quelque chose se grippe, tu peux vraiment galérer.

Enzo Nilo a terminé quatrième du Freeride World Tour en 2025 et 2026. Crédit photo : Jérémy Bernard

Sur quels aspects de ton riding ou de ta préparation travailles-tu aujourd’hui pour passer au niveau supérieur ? 

J’essaie de visualiser mes runs pour identifier les points qui pourraient poser problème et je réfléchis, notamment avant la saison, à ce que je pourrais faire pour m’améliorer. Au quotidien, je m’entraîne sur de nouvelles figures pour être en pleine confiance avant les événements. Mais le travail le plus réfléchi concerne l’analyse des lignes. J’essaie de me préparer et de visualiser au maximum pour laisser le moins de place possible à l’improvisation, même si l’instinct joue aussi un rôle pendant le run. Il n’y a rien de plus frustrant que de rater une ligne parce qu’on ne l’a pas suffisamment préparée. Le problème, c’est qu’à force de réfléchir à trop de possibilités, on peut aussi perdre son instinct, et ça se voit dans le riding. J’essaie donc d’arriver à l’entraînement en confiance, que ce soit sur mes figures, mes lignes ou mes rails.

« On n’a qu’un seul run en compétition, ce serait dommage de le rater par manque d’anticipation. » — Enzo Nilo

En compétition, je prends le temps de bien réfléchir à ma ligne et d’anticiper. Il faut toujours prévoir des plans B ou C, au cas où quelque chose change sur la montagne ou qu’une barre rocheuse ne soit finalement pas exploitable. L’idée est de bien visualiser sa ligne et d’avoir plusieurs options pour pouvoir rebondir si la première ne fonctionne pas. On n’a qu’un seul run en compétition, ce serait dommage de le rater par manque d’anticipation. Préparer différents scénarios permet aussi d’être plus à l’aise mentalement et de réduire le stress. C’est en tout cas ce qui fonctionne pour moi !

Avant de descendre, les riders observent car ils n’ont le droit qu’à un seul run. Crédit photo : Jérémy Bernard

En dehors des compétitions, tu développes aussi des projets vidéo avec Victor De Le Rue et Camille Armand. Pourquoi est-ce important pour toi de raconter ton parcours à travers ces projets ?

Avec Freeride Fiasco, l’idée était surtout de créer une websérie pour montrer les coulisses du freeride. Les gens voient une descente, mais ils ne se rendent pas forcément compte de tout ce qu’il y a derrière et de ce qu’il faut faire pour y arriver. Il y a les conditions de neige, le tirage au sort et toutes les contraintes liées au fait de n’avoir qu’un seul run. Les gens ne savent pas forcément que nous passons aussi du temps à observer la montagne sans y descendre. Nous voulions donc expliquer notre quotidien et montrer comment les choses se passent sur le Freeride World Tour. Comme nous sommes amis depuis longtemps, avec Victor et Camille, ce projet avait du sens. Je trouve aussi que c’est une bonne manière de donner de la visibilité à notre sport et de montrer comment ça se passe réellement.

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Tu collabores avec des marques comme Rossignol. Qu’attends-tu aujourd’hui d’une marque qui t’accompagne ? 

Ça peut paraître un peu cliché, mais j’attends d’abord qu’une marque partage mes valeurs et me fournisse des produits performants. C’est la base. À notre niveau, nous avons aussi besoin d’un soutien financier pour financer nos saisons, nos déplacements et améliorer la qualité de nos entraînements. Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus accompagnés : il y a davantage de coachs, des préparateurs mentaux et parfois des kinés. Avec l’arrivée des Jeux olympiques, le sport se professionnalise encore plus, même si cette évolution a commencé il y a quelques années. Cette professionnalisation demande des moyens plus importants. 

L’objectif principal d’Enzo Nilo est de remporter le classement général du Freeride World Tour. Crédit photo : Julien Lange

Quel regard portes-tu sur l’évolution du freeride professionnel et son introduction aux Jeux olympiques de 2030 ? 

Depuis plusieurs années, l’objectif était clair : faire partie des Jeux olympiques. J’espère que cela apportera davantage de visibilité à notre sport, car je pense qu’il est tout aussi légitime que d’autres disciplines aux Jeux. Cette visibilité pourrait aussi nous apporter plus de moyens. J’espère simplement que l’esprit du freeride et cette liberté qui le caractérise seront préservés. Les personnes à la tête du Freeride World Tour restent aux commandes et conservent leur indépendance. Comme elles gèrent le circuit depuis ses débuts, j’ai confiance en leur capacité à préserver cet esprit. Le sport va forcément continuer à se professionnaliser et nous verrons comment les choses évoluent.

« Tant que mon corps suit, que je reste motivé et que je suis performant, je n’ai aucune raison de m’arrêter. » — Enzo Nilo

Aujourd’hui, tu as 33 ans. Si tu te projettes dans cinq ans, comment aimerais-tu que ta carrière ait évolué ? 

Dans cinq ans, j’aimerais avoir atteint mes objectifs et être allé au bout de cette aventure. Même si 33 ans peut paraître un âge avancé dans le sport, je ne me sens pas encore en fin de carrière. Tant que mon corps suit, que je reste motivé et que je suis performant, je n’ai aucune raison de m’arrêter. Pour l’instant, je me sens bien physiquement, je suis passionné par ce que je fais et je n’ai pas encore atteint mes objectifs. Dans cinq ans, je serai sûrement proche de la fin, mais tant que je ne suis pas blessé, que je prends du plaisir et que je suis motivé, je continuerai. Les Jeux olympiques de 2030 sont dans quatre ans, ce qui est encore loin pour se projeter. J’ai renégocié mes contrats pour deux années supplémentaires, donc je ferai un premier bilan en 2028. Je verrai alors si je suis toujours bien placé sur le circuit, si je suis encore motivé et si une participation aux Jeux est envisageable. À ce moment-là, je saurai mieux si j’ai une chance de me qualifier. Les Jeux restent dans un coin de ma tête, mais ils ne sont pas ce qui me motive au quotidien, car l’échéance est encore lointaine. Aujourd’hui, mon objectif principal est de remporter le classement général du Freeride World Tour. Je ferai le point en 2028 pour voir si je suis toujours dans la course et si je souhaite continuer.

« Il ne faut rien lâcher, car on ne gagne pas tout du jour au lendemain. » — Enzo Nilo

As-tu un message à faire passer à la nouvelle génération de riders ?

Je leur dirais de croire en leurs rêves et de persévérer pour atteindre leurs objectifs. Je sais que c’est difficile, notamment parce qu’il devient de plus en plus compliqué de trouver des financements. Mais s’ils sont passionnés et qu’ils rêvent d’accomplir quelque chose, ils doivent se donner les moyens d’y arriver. Il ne faut rien lâcher, car on ne gagne pas tout du jour au lendemain. Cela peut prendre des années. Je pense que ceux qui finissent par réussir sont soit très talentueux et parviennent à s’imposer rapidement, soit des personnes qui s’entraînent, se battent et font preuve de résilience.

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