Les riders et leurs peurs, Partie 2 : Témoignage de Cindy Laplace, préparateur mental
Dans le cadre de leur pratique, les riders doivent trés régulièrement faire face à la peur.
Une émotion lourde à gérer, qui peut permettre de dépasser ses limites, mais qui peut aussi devenir rapidement paralysante pour l’athlète. Celui-ci devra donc faire en sorte de bien connaître ses peurs, afin de les surmonter.
Quelle est justement la bonne manière de combattre la peur et de l’apprivoiser ?
La préparation mentale s’inscrit parmi les réponses efficaces pour traiter cette problématique. En proposant au sportif de réfléchir sur sa peur et en l’accompagnant à gérer cette peur, le préparateur mental sera un réel atout pour l’athlète. Cindy Laplace, préparateur mental diplômée d’un Master II et forte d’une dizaine d’années d’expérience, nous a apporté son regard sur cette thémathique de la peur chez le sportif.
-Cindy, comment définirais-tu la préparation mentale, et que peut-elle réellement apporter à un sportif ?
Selon sa définition officielle, la préparation mentale est un entraînement qui vise à développer et optimiser les habiletés mentales individuelles et collectives. Il s’agit de la confiance en soi, de la gestion des émotions, de la concentration, la motivation, ou encore de l’engagement.
L’objectif est le bien-être du sportif, qui doit évoluer en autonomie. Il ne doit pas dépendre du préparateur mental, qui agirait alors comme un espèce de gourou.
J’ai tendance à dire aux sportifs : aujourd »hui tu entraînes ton corps, tu fais de la préparation physique, eh bien tu dois aussi entraîner ta tête. Pourquoi ? Pour être meilleur, mais aussi pour ta santé mentale.
Les athlètes doivent prendre plaisir dans leur pratique et exploiter pleinement leur potentiel.
Quand ils ont terminé leur carrière, ils doivent avoir le moins de regrets possibles et être capables de passer à autre chose. C’est important qu’à l’arrêt de leur pratique sportive, les athlètes soient en accord avec leur parcours. La préparation mentale leur permet aussi bien de mieux vivre leur carrière active, que leur fin de carrière et l’aprés-sport.
Identifier les besoins du sportif, le coeur de la préparation mentale
-Quels sont les outils efficaces pour renforcer la confiance en soi chez un sportif, grâce à la préparation mentale ?
La préparation mentale est un entraînement, je peux te donner des outils tels que l’imagerie/visualisation. Cependant, si le manque de confiance en eux – en tant que sportifs – vient d’un entraîneur rabaissant, d’un manque de résultats, d’un manque de légitimité suite à un changement de discipline, cela change la donne.
Il faut avant tout comprendre pourquoi la personne n’a pas confiance en elle. La confiance en soi peut être articulée autour de la valorisation des expériences, bonnes ou mauvaises.
Il faut faire attention à la comparaison aux autres, qui peut influencer l’athlète.
Ce que le sportif pense de lui-même aura aussi un impact.
Le coeur de la préparation mentale est en fait d’identifier les besoins du sportif, et de mettre en place un entraînement dans la durée, qui permette de rendre la confiance en soi solide.
Les entraîneurs peuvent d’ailleurs avoir tendance à dire que le sportif manque de confiance, même quand ce n’est pas le cas. Il faut tester, mettre en place des choses, les valider avec le préparateur mental.
Le préparateur mental peut d’ailleurs être en lien avec l’entraîneur, à condition que le sportif valide cela et que la confidentialité soit respectée.

-Quelles sont les peurs les plus fréquentes, à tes yeux, chez les sportifs pratiquant des disciplines à risques ?
Je vais te faire une réponse issue du terrain. Bien souvent, il y a la peur de la blessure, d’être à l’arrêt dans sa carrière et de perdre ses sponsors. Je citerais aussi la peur de ne pas pouvoir vivre son rêve. Il y a également la peur de mourir, davantage évoquée dans des disciplines où malheureusement chaque année il y a des décès, comme en ski de descente par exemple. La peur est une émotion, elle te bloque ou te stoppe.
Les athlètes vont parfois jouer avec cette peur – Cindy Laplace
-Dans quelle mesure la peur peut-elle être utile au sportif, notamment lorsqu’il pratique une discipline exposée ou engagée ?
Cela met des garde-fous, cela va les protéger et les garder en sécurité. Les athlètes vont parfois jouer avec cette peur, qui va leur faire découvrir de nouvelles sensations et valider de nouvelles figures. Je pense au kitesurf Big Air, où les riders évoluent à une dizaine de mètres de hauteur. S’ils se ratent, ils font face à un mur de béton en retombant dans l’eau… Le travail en tant que préparateur mental est long, cela ne se fait pas en une seule séance. Le sportif doit réussir à placer sa peur sur un curseur. Est-elle acceptable, raisonnable, pour pouvoir éviter de se mettre en danger ? L’objectif est toutefois de dominer sa peur, pour pouvoir s’engager un peu plus. La peur est nécessaire, mais il faut déterminer la part sur laquelle on peut travailler, qui serait limitante pour la performance.
Cela dit, il faut préserver sa santé. Si le sportif se fait les croisés, doit passer par une opération chirurgicale et perd 8 mois… Il pourra retrouver son niveau, mais retrouvera t-il tous ses sponsors ?
Il y a plein de choses autour de la peur. On peut essayer de la diminuer, de l’anticiper, de la dompter, également de la mettre à distance…
On va discuter avec le sportif pour identifier le sujet de la peur – Cindy Laplace
-Comment la préparation mentale aide-t-elle à faire face à une peur qui devient paralysante ?
On a plusieurs outils, mais on va discuter avec le sportif pour identifier le sujet de la peur, et savoir si elle est légitime ou non. S’il y a un risque de grosse chute, on va essayer d’imaginer les postures à adopter pour que le sportif se sécurise. Il y a aussi les techniques de régulation de stress, la relaxation, la cohérence cardiaque, l’hypnose… J’ai eu le cas d’athlètes qui, suite à des décés dans leur famille, faisaient des angoisses en lien avec la mort, et cela se répercutait sur leurs performances. L’hypnose arrive à remettre à leur place ce type d’angoisses. Si ça résiste, c’est qu’il faut creuser avec un psychologue.
Grâce à ces techniques, le sportif va travailler sur sa peur, la comprendre et faire en sorte qu’elle prenne moins de place. Il y aussi le switch, qui en un claquement de doigts va te permettre de redescendre, et de retrouver une émotion plus neutre que la peur, qui potentiellement te paralyse.

-Quel discours tiendrais-tu aux sportifs confrontés à cette peur, pour l’apprivoiser ?
Je ne leur tiendrais pas de discours, je les questionnerais : « Où places-tu ta peur ? As-tu l’impression qu’elle t’aide ou qu’elle te dessert ? Réussis-tu à gérer ou non ta peur » ? Je leur dirais de réfléchir à la place que prend cette peur dans leur carrière. Si ce n’est que ponctuel et que le sportif arrive à passer au-dessus, c’est OK. Par contre, si cela revient régulièrement pendant les grandes échéances, que cela freine le sportif dans sa progression et qu’il le perçoit… Il doit alors évidemment travailler sur sa peur.
-Après une grave chute, une blessure ou une expérience négative marquante qui a généré de la peur, comment la préparation mentale peut-elle aider à reconstruire progressivement la confiance ?
On a des protocoles, nous faisons un debriefing. Nous pouvons aussi poser des questions plus précises, pour savoir si la chute ou la blessure peut marquer le sportif, et si cela lui arrive régulièrement. Quand tu es blessé, l’idéal est de bien bosser mentalement sur sa blessure, et d’investir sur sa période de blessure (en bossant ses projets, par exemple sa communication, ses relations presse, etc). Quand ils reviennent, l’objectif est qu’ils soient presque en meilleure forme qu’avant. J’ai une athlète qui pratique une discipline de glisse, elle n’a mis qu’une demi-journée à retrouver ses sensations sur l’eau.
La peur nous protège mais elle nous malmène aussi – Cindy Laplace
-Qu’est-ce que le fait de surmonter une peur peut changer dans le comportement ou l’état d’esprit d’un sportif ?
Tu augmentes ta confiance en soi, et c’est grisant ! La peur nous protège mais elle nous malmène aussi. Si le sportif arrive à passer enfin la figure sur laquelle il s’entraînait, c’est un bel accomplissement. Je dirais aux sportifs de bien s’entourer et de bosser sur leurs peurs, car ils en verront forcément les bénéfices.
Quelque chose à ajouter ?
La thématique de la peur est trop importante pour la gérer tout seul. Evitez de demander à l’IA, entourez-vous de professionnels compétents. Il vaut mieux faire quatre séances sur la gestion de la peur et arrêter après, que d’essayer de faire ça tout seul. Vous allez perdre du temps, de l’énergie et potentiellement vous mettre en danger. C’est trop risqué. Aujourd’hui personne n’irait sur l’eau avec une voile, sans s’échauffer et avoir fait un minimum de préparation physique, et en ayant oublié de dormir les trois nuits précédentes.
La même métaphore s’applique sur le mental. Votre tête encore aussi importante que votre corps, voire plus ; vous devez vraiment en prendre soin et la mettre entre de bonnes mains.

L’avis de David Champon, rider BMX freestyle :
Honnêtement, j’ai toujours peur avant d’essayer un nouveau trick et c’est humain. La peur ne disparaît jamais, elle change de forme avec les années. Après des années de chutes, d’expérience et plus de 700 shows, j’ai appris que la confiance ne vient pas de l’absence de danger, mais de la préparation : je ne sors jamais une figure en public sans l’avoir répétée des dizaines de fois. C’est cette maîtrise du geste qui transforme la peur en moteur plutôt qu’en frein.
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Crédit photo de Une : Sophie Stacino

