Oscar Mandin : « Le freeride est un beau sport, qui mérite plus de visibilité » (Interview)
Agé de 29 ans, Oscar Mandin a débuté le ski dés son plus jeune âge. Une étape logique pour le natif de Morzine-Avoriaz. Après un passé dans l’alpin et le freestyle, Oscar a posé ses spatules dans la discipline du freeride. Un sport qu’il adore, lui qui a terminé 4e des premiers championnats du monde FIS de freeride, début 2026. Déterminé à être présent aux Jeux Olympiques 2030, le Haut-Savoyard compte bien continuer à construire ses lignes.
Découvrez tout de suite l’interview Ride or Die d’Oscar Mandin, skieur freeride français !
-Oscar, peux-tu te présenter en quelques phrases à nos lecteurs ?
Je suis Oscar Mandin, j’ai 29 ans, je viens de Morzine-Avoriaz. Je suis freerider professionnel et je skie depuis que j’ai 2 ans 1/2 – 3 ans.
-Dans quelles circonstances as-tu découvert le ski ?
Le ski est une passion familiale, étant de Morzine ma mère s’y est mise naturellement. Mon père a skié beaucoup plus tard, mais mes parents m’ont mis sur les skis trés jeune.
En grandissant à Morzine, c’était assez logique de débuter le ski à cet âge-là !
-A quel moment cette pratique est-elle devenue une passion pour toi ?
Je pense que cela nous a été inculqué, à mon frangin et moi, par mon père. Nous skiions tout le temps ensemble, tous les trois. J’ai fréquenté différents clubs, avec différents copains. J’ai toujours adoré skier. Je faisais aussi beaucoup de hockey sur glace quand j’étais jeune, ces deux passions rythmaient mon année. A 13 ans j’ai dû choisir entre ski et hockey, car je ne pouvais plus pratiquer les deux à fond. J’ai choisi le ski, car c’est ce que je préférais ! Cela a été une passion assez tôt dans ma vie, je ne me rappelle pas de moments où je n’avais pas envie d’aller rider.

Crédit photo @freerideworldtour/@JeremyBernard
-Tu as grandi avec le ski alpin et le freestyle, qu’est-ce que ces années t’ont appris ?
J’ai commencé naturellement par l’alpin car mes parents m’ont initié à cela. J’ai arrêté quans j’avais une dizaine d’années. J’ai toujours aimé les sauts, j’ai donc rejoint un club de freestyle à 10 ans.
Je faisais du freestyle et du ski de bosses, puis je me concentré sur le freestyle à 13-14 ans.
Je me suis alors rompu une première fois les ligaments croisés du genou à 13 ans, puis je me suis fait à nouveau les croisés à 16 ans. Mon chirurgien de l’époque m’a alors dit que le freestyle était beaucoup trop traumatisant pour les genoux, car la neige était dure. Je lui ai donc parlé du freeride. Il a regardé ses statistiques et m’a répondu qu’il avait pratiqué beaucoup moins d’opérations de freeriders, par rapport aux freestyleurs. Il m’a dit : « si tu veux faire du freeride, fais-le, ce sera mieux pour tes genoux. » Mon frangin avait déjà fait la transition freestyle-freeride, je l’ai donc suivi. A 17 ans, pendant que je passais mon bac, j’ai essayé cette discipline pendant une saison. Cela m’a plu et, à mes 18 ans, je m’y suis mis à fond !
-A 19 ans, alors que tu évolues sur le circuit Freeride World Tour Qualifier, tu es hospitalisé durant six semaines. Comment as-tu vécu cette période ?
C’était juste avant mon 20e anniversaire, en juin, et ça n’avait rien à voir avec le ski. J’ai eu une appendicite qui a explosé dans le ventre, et j’ai fait une péritonite aiguë. C’était assez grave, et j’ai connu plein de complications suite à l’opération. Je suis effectivement resté six semaines à l’hôpital, j’ai perdu beaucoup de poids. A l’époque, mon médecin m’avait dit que je ne serais sûrement pas capable de skier, l’hiver d’après, aussi bien que je le voudrais. Ca a résonné comme un objectif à atteindre : être sur pieds pour l’hiver. C’est à cet âge que j’ai vraiment commencé une préparation physique poussée, en me penchant aussi sur la nutrition. Mon préparateur physique, Eddy Paluch, m’avait aidé à ce niveau-là. Il m’avait fait un programme trés détaillé, que j’avais suivi à la lettre. Six mois aprés, j’étais remis sur pieds et prêt à attaquer la saison de ski.

Crédit photo @freerideworldtour/@JeremyBernard
-Qu’as-tu ressenti à ta première compétition dans l’élite du Freeride World Tour, en 2023 ?
Beaucoup de gratitude et de joie, j’avais réalisé un objectif que je m’étais fixé depuis longtemps. J’ai mis du temps à l’atteindre. Je me souviens de mon premier départ, j’avais ce petit sourire dans la porte, en mode : »ça y est, je prends enfin mon premier départ de Coupe du monde ! » Je me rappelle que c’est la compétition où j’ai ressenti le moins de pression. J’avais atteint mon objectif de vie, et ce jour-là, ce n’était que du plaisir. J’ai d’ailleurs terminé deuxième, cela a un peu donné le ton pour la suite ! J’étais alors plus attendu et ce n’est forcément plus la même pression…
-Tu as signé d’ailleurs deux podiums pour ta première saison. T’attendais-tu à une acclimatation aussi rapide ?
En fait, j’avais fait beaucoup d’années sur le circuit B, les Challengers. Je suis arrivé au top de ma forme sur le pro tour, j’avais emmagasiné beaucoup d’expérience de mes années passées sur le circuit B. Personnellement, je ne m’attendais pas à ce que ça se passe aussi bien, mais je savais que j’étais capable de rivaliser avec les meilleurs.
–Quelle est d’ailleurs ta relation avec les autres riders ?
Trés trés bonne, nous sommes une petite famille. Dans notre sport, tu te bats contre la montagne et ce qui décide de ton classement, c’est ta performance, qui est jugée. On n’est donc pas vraiment en concurrence directe, si je puis dire. Nous ne nous battons pas contre un chrono. On propose une création, une ligne, et les juges décident si notre proposition est meilleure ou moins bonne que celle de l’autre. Il y a vraiment une bonne ambiance entre nous. Quand on voit quelqu’un descendre, on n’a surtout pas envie qu’il se fasse mal ou qu’il lui arrive quelque chose sur la face. C’est ce que j’adore dans ce sport, il n’y a pas d’animosité entre nous.

Crédit photo @freerideworldtour/@JeremyBernard
-Avec le recul, quel regard portes-tu sur ta quatrième place aux premiers championnats du monde de freeride, en 2026 ?
A chaud, j’étais quand même frustré et déçu, car je passe trés prés de la médaille. Comme je l’ai dit, c’est un sport à jugement. Quand le jugement n’est pas de ton côté, il faut l’accepter. Je pense que cela ne sert à rien de trop ruminer une 4e place, même quand on se sent frustré de la notation. Il faut regarder de l’avant, être 4e mondial est une performance dont je me souviendrai toute ma vie.
-Aujourd’hui, qu’est-ce qui te plaît le plus dans le ski freeride ?
Je pense que c’est la liberté et l’adrénaline, le pouvoir de créer sa propre voie.
-Comment construis-tu justement ta ligne, quand tu observes une face avant la compétition ?
Souvent, on n’imagine pas notre ligne de A à Z tout de suite. Cela peut arriver que devant une face, on ait une illumination et que l’on voie une ligne directement, que l’on retient pour notre run. Quand j’ai besoin de créer une ligne, je vais avant tout observer les endroits où je pourrai faire des figures, comme un gros backflip ou un 360°. Je vais ensuite essayer de construire ma ligne autour de ça.

Crédit photo Open Faces/Moritz Ablinger
–As-tu déjà renoncé à un saut ou une figure durant un run, et qu’est-ce qui a fait pencher la balance ?
Bien sûr, je pense que cela nous est tous arrivé. Il faut savoir que l’on repère la face avec des jumelles, même si on a maintenant la chance de pouvoir s’appuyer sur des images de drone.
Cela maximise la sécurité, le choix de ligne et le repérage. C’est vrai que parfois on arrive devant un saut et le terrain n’est pas du tout comme on le pensait. Il peut y avoir des cailloux sur le take-off (décollage, en français), ce qui rend la zone impraticable et on doit la contourner. On fera plutôt, souvent, un refus de figure. Cela m’est déjà arrivé, il y avait des cailloux qui m’empêchaient de me lancer comme je le voulais. Je devais passer au-dessus des cailloux, et faire un saut droit au lieu d’une figure. On travaille justement vraiment sur le repérage et les photos dont on peut disposer, pour éviter au maximum ce genre de situations.
–Quelle préparation physique et mentale suis-tu, pour arriver au départ d’une compétition avec confiance ?
Depuis 2017 et mes soucis de santé, la préparation physique fait partie de ma vie. Je réattaque au mois de mai, jusqu’à décembre. Heureusement qu’il y a maintenant un stage au Chili l’été, pour couper un peu ! Je travaille désormais avec un ami d’enfance, Fabien Bourgeois, qui est hockeyeur professionnel. J’ai une vraie relation de confiance avec lui. La préparation physique est vraiment trés importante même si, pour notre sport, cela ne va pas forcément nous aider à être meilleurs. Cela ne va pas m’aider à faire un backflip par exemple, ça requiert des qualités différentes.
Par contre cela va m’aider à mieux tenir mes runs, à avoir plus d’explosivité, à faire de plus gros sauts et à être meilleur à la réception.
Grâce à la préparation physique, on va également se fabriquer une carapace musculaire qui nous aidera à prévenir les blessures. Les chutes font en effet partie de notre sport.
Concernant la préparation mentale, j’en ai fait pendant longtemps. Maintenant je n’ai plus de préparateur mental à proprement parler. J’ai sélectionné dans mon entourage certaines personnes, avec qui j’aime bien discuter et faire le point sur certaines choses (le stress, la peur, les angoisses…).
-Quel est justement ton rapport à la peur ?
Tant que la peur est là, c’est que je suis sain d’esprit. Le jour où quelqu’un est en haut d’une face de freeride et qu’il n’a pas peur, c’est qu’il est fou. La peur nous « drive », elle nous permet de prendre les bonnes décisions et de faire attention à tout. Je pense que c’est trés important d’avoir peur quand on fait du freeride. Si on n’a pas peur, on fait n’importe quoi et c’est là où les accidents peuvent survenir. On voit la peur négativement, mais c’est important aussi de voir le côté positif. La peur va nous permettre de tout bien contrôler et de prendre le maximum d’informations, pour éviter les accidents et les erreurs.

Crédit photo Open Faces / Moritz Ablinger
-Comment accueilles-tu l’entrée du freeride aux Jeux Olympiques 2030 ? Cela fait désormais partie de tes objectifs sportifs ?
Je l’ai bien accueillie, je suis content car cela va donner l’occasion à des jeunes d’intégrer des sections de freeride, qui vont se développer de plus en plus. Je me suis fait tout seul, il n’y avait aucune section aux alentours, aucun club de freeride. Cela se monte actuellement près de chez moi, et je donne volontiers un coup de main. Des enfants trés jeunes vont désormais avoir accès à une formation et à des éléments de sécurité, que cela soit le DVA, la pelle et la sonde. Ils vont être amenés à repérer des faces, à comprendre comment on analyse, et ainsi de suite. Je trouve donc ça top, et cela va nous amener une bonne visibilité. Notre sport est un beau sport, qui mérite d’être plus vu que ce qu’il est. Cela nous donne aussi une crédibilité dans le monde du sport, pour que l’on ne pense pas que l’on est des fous, mais des vrais athlètes qui s’entraînent.
Les J.O. 2030 sont désormais, bien sûr, mon objectif principal pour les prochaines années.
-Quelles sont tes ambitions pour la prochaine saison ?
L’an dernier la saison a été trés compliquée, il n’y a eu que deux compétitions sur le circuit pro Freeride World Tour. Les choses ne se sont pas trés bien passées pour moi, je n’ai pas passé le cut. Je suis donc relégué la saison prochaine sur le circuit B. L’objectif sera de perdre le moins de temps possible sur ce circuit, et retrouver ma place sur le pro tour le plus rapidement possible.
-Quelle place occupent aujourd’hui les projets vidéo dans ta vie de skieur ?
Les projets vidéos sont un élément trés important pour les freerideurs, car notre sport est trés visuel. Je devrais attaquer un nouveau projet vidéo l’hiver prochain, sur deux ans. J’ai envie de retourner devant ou derrière la caméra, et faire du contenu plus élaboré que de simples vidéos pour les réseaux sociaux.
-Aurais-tu un message pour les jeunes riders qui rêvent d’accéder au Freeride World Tour ?
Le plus important à mes yeux est de se faire plaisir, c’est la base, et de ne pas se mettre la pression.
Il faut aussi toujours avoir le sourire quand on skie. Au final, même si on fait de la compétition, de la vidéo etc, cela reste juste du ski. La motivation et la détermination sont des points clés, mais n’oubliez pas le plaisir !
Pour en savoir plus sur Oscar Mandin : https://www.instagram.com/oscarmandin/
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Crédit photo de Une : Open Faces/Moritz Ablinger


