Sam Favret : "La Nuit de la Glisse reconnecte le grand public à la nature" (Interview)
Champion de ski freeride, le Chamoniard Sam Favret fait son grand retour au casting de La Nuit de la Glisse, dont le film 2026 s'intitule THE CALL. Sam Favret nous embarque dans les coulisses de La Nuit de La Glisse, un évènement qui le fait vibrer !
Film documentaire de référence consacré aux sports extrêmes et sports de glisse, La Nuit de la Glisse a été créée en 1979. L'évènement, organisé sous forme de projection annuelle dans les cinémas européens avec Thierry Donard derrière la caméra, immortalise les performances de riders de divers horizons. L'opus 2026 se nomme THE CALL, avec au casting une dizaine d'athlètes. Les projections auront lieu les 20 et 22 novembre prochains (une tournée d'avant-premières étant en cours).
Assister à La Nuit de la Glisse, c'est vivre une expérience unique, en particulier si l'on est passionné de sports outdoor et d'action sports. Parmi les athlètes qui ont participé à La Nuit de la Glisse 2026, on retrouve une figure bien connue du monde du ride. A savoir Sam Favret, champion de ski freeride et guide de haute montagne. Le Chamoniard nous a entraîné dans les coulisses de La Nuit de la Glisse... Interview !
Sam, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?
Moi c'est Sam Favret, j'ai 38 ans, je suis originaire de Chamonix. Je suis skieur professionnel depuis une vingtaine d'années maintenant. Je suis passé par la case ski alpin pendant une dizaine d'années. Ma carrière de freeskier a ensuite débuté plutôt dans le freestyle, puis dans un deuxième temps j'ai évolué dans le freeride et la haute montagne. Je suis également guide de haute montagne et moniteur de ski. J'enseigne trés peu, et je travaille en tant que guide principalement en été, ou en hiver sur des tournages. Je gère alors la sécurité.
De quelle manière se sont faits ta découverte et ton apprentissage du ski freeride ?
Comme je le disais, je viens de l'alpin, j'ai switché vers le freestyle à 16 ans. J'ai eu mes premiers sponsors à 16-17 ans dans le freeski. Venant de Chamonix, j'ai quand même toujours eu une âme de freerider, traînant dans les hors-pistes. Mon amour pour le freeride s'est déclenché aux alentours de 19-20 ans. Je faisais du freestyle à fond depuis quelques années, mon meilleur pote était passionné d'image. On a eu une première caméra, on a commencé à faire nos petites vidéos et de fil en aiguille, on a cherché à créer du contenu autre part que dans les parks. Naturellement, je suis revenu vers un terrain un peu plus vierge, grâce aussi au terrain de jeu qui m'entoure à la maison, à Chamonix. C'est donc un move qui s'est fait assez naturellement, l'image m'ayant beaucoup amené vers ce terrain de jeu.
Qu'est-ce qui te plaît le plus encore aujourd"hui dans la pratique du freeride ?
Le freeride est un mot assez large, cela englobe la montagne en général. Je pense que ce qui me plaît, c'est cette sensation de liberté, le partage avec les amis et avec mes clients que j'accompagne en montagne. Que cela soit dans ma carrière de skieur ou dans mon métier de guide, je retrouve toujours cette passion de la montagne et des grands espaces.
Tu collabores depuis de nombreuses années avec La Nuit de la Glisse. Te souviens-tu comment s'est faite ta première collaboration avec Thierry Donard et son équipe ?
Oui, je pense que c'est l'année où j'ai gagné le Linecatcher, en 2013. Ca a été une année phare de ma carrière. On a dû commencer à discuter en 2012, et à filmer l'année suivante. Je tournais aussi, à côté de ça, avec l'équipe de PVS. Je ne sais plus exactement comment on s'est rencontrés avec Thierry, mais il est venu vers moi. Je pense que mon nom commençait à circuler dans la vallée. Thierry était dans un moment où il avait peut-être besoin d'amener un peu de fraîcheur, un peu de nouveauté dans son film, avec un jeune freerider au background freestyle.
En tant qu'enfant de Chamonix, La Nuit de la Glisse m'a toujours parlé - Sam Favret
La Nuit de la Glisse est un rendez-vous iconique pour les passionnés de sensations fortes. Qu’est-ce que les tournages avec La Nuit de la Glisse t’ont apporté dans ta vie de skieur ?
La Nuit de la Glisse est une grosse production, qui mixe différents sports extrêmes. En tant qu'enfant de Chamonix, ce film m'a toujours parlé. Il y a tous les grands noms, toutes disciplines confondues des sports extrêmes, qui sont passés devant les caméras de Thierry Donard. C'était pour moi un honneur de faire aussi partie de cette équipe. Même si j'avais déjà la vision de ce que je voulais faire en terme d'image, cela m'a permis de me professionnaliser un peu plus sur le côté production et tournage de film. J'étais encore jeune quand je suis rentré dans l'équipe, cela m'a donné pas mal de maturité à ce niveau-là. Cela a été surtout de belles années de partage avec différentes générations, différentes personnes de mondes et de milieux différents. La Nuit de la Glisse, ça a été des rencontres et des partages assez riches !
On tournait avec l'hélico à l'époque, cela donnait envie de vivre le ski sous un angle différent.
On n'a cependant pas trop fait "les Américains", en y passant des journées et des journées.
Venant de Chamonix, l'hélico n'était d'ailleurs pas dans ma culture.
Cela faisait rêver à l'époque, aujourd"hui un peu moins.
Il n'y avait alors que La Nuit de la Glisse qui pouvait profiter de ce genre de tournage, en France.
Tu es encore présent pour le nouveau film, THE CALL. Sans tout dévoiler, où nous emmènes-tu dans THE CALL ?
J'ai bossé avec Thierry quelques années devant la caméra, puis je suis parti sur d'autres projets, avec ma boîte de production à l'époque et d'autres boîtes de production. J'étais sorti un peu de la production de La Nuit de la Glisse. Cela fait cependant quelques années que je suis revenu de l'autre côté de la caméra, en tant que guide de haute montagne. Je m'occupe de gérer toute la sécurité des tournages de La Nuit de la Glisse, sur la partie haute montagne.
Cette année, je fais mon grand retour avec eux, devant l'écran. Cela fait quelques années que l'on parle avec Thierry de faire un beau segment sur moi, autour de Chamonix.
Cela fait en effet 15 ans que je crée du contenu dans ces belles montagnes.
L'idée pour cette Nuit de la Glisse 2026 a été de reprendre beaucoup d'archives, des images d'époque tournées par Thierry, certaines de mes images mais aussi des images exclusives de l'hiver dernier. On en a donc fait un vrai beau segment, sur ce qui me passionne à Chamonix et ce que je vais y chercher là-haut. Cela représente mon ski, ma vision et le terrain de jeu sur lequel j'évolue.
Cela m'a fait plaisir de voir les gens enthousiasmés par les images - Sam Favret
Qu'as-tu d'ailleurs ressenti en revenant au casting de La Nuit de la Glisse ?
Cela a été une fierté ! J'ai vu le film à Biarritz lors de l'avant-première, il y a une petite semaine.
Je m'étais un peu retiré des festivals depuis au moins deux ou trois ans. J'en avais eu un peu ras-le-bol, car j'avais enchaîné pendant presque quinze ans. J'avais fait festivals sur festivals tous les automnes, cela m'avait un peu fatigué et j'avais aussi, peut-être, une perte de motivation pour les projets vidéo. J'avais aussi d'autres projets professionnels en parallèle, je passais mon guide...
Il y a eu beaucoup de choses qui se sont accumulées, et qui ont fait que j'ai mis un peu les gros projets de côté. Cela m'a donc fait plaisir de tourner à nouveau, avec l'équipe de La Nuit de la glisse.
J'ai pu montrer quelque chose qui me faisait plaisir, un beau segment qui représente vraiment mon ski. Il a été trés apprécié lors des quelques premières que l'on a fait depuis Biarritz, avec que des bons retours. Le film est globalement un joli film. Cela m'a fait plaisir de remonter sur la scène et de voir les gens enthousiasmés par les images, avec des étoiles plein les yeux et des rêves plein la tête. C'est aussi pour ça que l'on fait ces images. On les fait certes pour nous, car on prend du plaisir et que l'on n'est pas là pour la fame. Mais c'est aussi cool de voir que cela touche les gens. Cela m'avait presque manqué.
Comment se passe une journée de tournage sur La Nuit de la Glisse ?
Tout dépend des tournages et de ce que l'on va filmer. Certaines années, il pouvait y avoir beaucoup de monde, avec l'hélico enclenché pour ramener des caméramen en montagne. Ces journées demandaient alors beaucoup de logistique. Depuis quelques années, avec l'arrivée du drone notamment, on évolue avec de plus petites équipes.
Au printemps dernier, on a fait une super belle pente à Chamonix, la pointe Eales, qui est l'une des pentes phares du segment dans cette Nuit de la Glisse 2026. C'est une pente que j'ai déjà skiée une dizaine de fois. J'attendais qu'il y ait des conditions de rêve, et cette année toutes les planètes se sont alignées. J'ai réussi à la skier dans les conditions que je souhaitais avoir.
Je suis parti d'Argentières avec une petite équipe, deux pilotes de drone et une personne pour nous aider à porter. J'ai décidé de grimper cette montagne tout seul pour en faire des images exclusives, et pour vivre un petit moment privilégié. Ce n'est pas dans mes habitudes de profiter de la montagne tout seul, je me suis fait mon petit ego trip (sourire).
Sur des tournages de haute montagne, on privilégie aujourd'hui les drones car c'est beaucoup plus simple en termes de logistique. Il fallait optimiser le timing, je n'avais pas le droit de perdre du temps, j'ai donc décidé ce jour-là de partir avec une équipe restreinte.
Il peut y avoir plus de monde lors des tournages, avec des cadreurs et des photographes.
J'ai cependant l'habitude, depuis plusieurs années, de composer des équipes réduites car on est plus efficaces qu'en grand nombre, surtout en montagne.
Y a t-il encore des moments où tu doutes devant une face, où tu connais de l'appréhension ?
Oui il y a toujours des moments où il y a de l'appréhension, et de la peur de s'engager.
Avec le temps, j'arrive mieux à cerner les créneaux, les endroits que j'ai envie de skier, en attendant le bon moment pour le faire. Je m'enlève donc beaucoup de doutes en amont, de par mon expérience et l'historique de l'hiver. Je suis sur le terrain quasiment tous les jours, j'ai donc une bonne idée des conditions. Tous les doutes ne sont cependant pas enlevés, il n'y a pas de risque zéro en montagne.
Il y a toujours une petite peur au fond de nous, qui nous dit qu'une "couille" peut arriver à n'importe quel moment. Quand j'ai tourné au printemps sur la pointe Eales à Chamonix, j'étais quand même assez sûr des conditions ce jour-là.
Le seul truc qui pouvait me faire peur, c'est de ne pas respecter l'horaire que je m'étais fixé et d'arriver trop tard, avec un soleil qui aurait pu affecter la neige rapidement, et qu'elle commence à couler dans la face. Cela a d'ailleurs été le cas une demi-heure après mon passage.
Il y a toujours un peu de peur, mais on la dompte aussi. La peur est aussi un moteur pour faire les bons choix, pour prendre les bonnes décisions, quitte à renoncer parfois.
La Nuit de la Glisse peut donner vie à de nouvelles passions - Sam Favret
Qu’aimerais-tu que les spectateurs ressentent en quittant la salle après THE CALL ?
On sort un peu les gens de leur quotidien quand ils viennent voir ce film. Cela donne envie d'être en pleine nature, sans forcément aller faire ce que l'on fait. Ce film peut aussi donner envie d'aller skier, de faire du surf ou de l'apnée, du snowboard... Cela peut finalement donner vie à des nouvelles passions pour certains, cela peut tout simplement faire rêver d'autres personnes.
Même si elles ne se mettront pas forcément à faire des sports extrêmes, la Nuit de la Glisse les reconnecte à la nature. Les spectateurs seront connectés au moment présent, dans un état de flow durant les passages les plus forts du film.
La montagne a été une école de vie pour moi. Si j'arrive à transmettre au grand public ce que l'on vit là-haut, ces émotions, à travers l'image, on a tout gagné.
C'est aussi pour ça que l'on fait ces images et que l'on va les présenter dans des festivals. Donner envie à des gamins de faire ce que l'on fait et ouvrir des rêves, voilà ce qui nous motive.
Cela apporte des moments nostalgiques pour certains, qui connaissent le ski ou la montagne notamment.
La Nuit de la Glisse est par ailleurs transgénérationnelle, on voit toutes les tranches d'âge dans le public, avec par exemple des anciens qui viennent avec leur petit-fils.
Elle réveille des choses chez tout le monde, et c'est ça que je trouve super enrichissant !
Photos : La Nuit de La Glisse/NDG2026




