La snowboardeuse Anna Martinez, en pleine ascension sur le FIS Freeride World Tour
A 25 ans, la Chamoniarde Anna Martinez a vécu une formidable saison sur le FIS Freeride World Tour 2026. Troisième du circuit mondial en 2024, 4e en 2025, la freerideuse s’est classée vice-championne du FWT 2026.
Une ascension qu’Anna Martinez vit avec humilité, mais qui ne l’empêche pas d’avoir de solides ambitions pour la suite. A savoir décrocher le titre sur le Freeride World Tour.
Ce serait une progression logique, et la snowboardeuse française – ancienne championne du monde chez les juniors – a déjà un plan de travail pour parvenir à ses fins.
Découvrez l’interview Ride or Die d’Anna Martinez, devenue ambassadrice de notre média et que l’on remercie chaleureusement pour cela !
– Anna, si tu regardes cette saison 2026 dans son ensemble, qu’est-ce qui te rend la plus fière ?
Je pense que c’est ma régularité, je n’ai fait que des deuxièmes places sur les épreuves. C’est frustrant car je n’ai donc pas décroché la victoire lors de ces évènements, mais je retiens vraiment cette belle constance.
-Sens-tu que tu as encore franchi un cap cette saison ? Si oui, à quel niveau ?
L’année dernière, j’ai un peu stagné et cette saison, j’ai réussi à bien me remettre dedans. J’avais la même motivation et le même mental qu’en 2024, il y a deux ans en arrière. Je sais désormais sur quel plan travailler pour l’année prochaine.
Je dois progresser sur mon engagement, progresser « dans la tête ». Je sais que physiquement je suis prête, techniquement aussi. Il me reste à optimiser vraiment ce qui concerne le mental.

– Et comment comptes-tu travailler ton mental, encore plus qu’auparavant ?
Je travaille depuis cinq ans avec une sophrologue, on va encore plus axer le travail là-dessus. Avec mon coach snowboard, nous allons également essayer de bosser en particulier sur le lâcher-prise. L’objectif sera d’être moins académique, de moins « suivre les consignes » et d’être un peu plus « free » pour le freeride (sourire).
– Peux-tu nous parler des différents aspects de ta préparation pour cette saison 2026 ?
As-tu mis en place de nouvelles choses par rapport à avant ?
Pas vraiment, c’était une sorte de continuité, avec des améliorations. J’ai essayé de beaucoup plus me recentrer sur moi. Le Freeride World Tour est une grande famille, on est toujours tous ensemble à faire la fête, pendant trois mois, comme dans une colonie de vacances. Cette saison, j’ai essayé de me focaliser sur moi, prendre beaucoup plus de temps seule, sans les copains autour.
-Comment ça se passe pour toi, quelques minutes avant le départ d’une compétition ?
J’ai en général une routine déjà bien mise en place. Je commence avec un échauffement articulaire. Afin de ne pas être trop active et de « redescendre », je fais ensuite des exercices spécifiques de respiration. Cela me permet de me mettre dans ma bulle. Je me place alors sur une plateforme à l’écart des autres riders. J’essaie de ne pas penser à ma ligne, car je la connais par cœur, je l’ai répétée en boucle. Ce n’est pas le moment d’y songer, deux minutes avant le départ. Je l’ai normalement automatisée. Je fais donc en sorte de faire le vide, de m’enlever le stress.
Anna Martinez au YETI Alaska Haines Pro, finale du FIS Freeride World Tour 2026
– Y a-t-il une compétition cette saison qui t’a particulièrement marquée et fait grandir, et pourquoi ?
Je dirais que j’ai été vraiment fière de ma performance à Val Thorens. J’ai senti que j’avais passé un petit cap au niveau du départ, j’avais bien travaillé ma ligne.
Hors performance, l’étape qui restera vraiment gravée en moi est l’Alaska.
Il s’agissait en effet de ma première fois là-bas, sur le Freeride World Tour.
-Qu’est-ce qui fait aujourd’hui la différence, selon toi, entre un bon ride et un run capable d’offrir la victoire sur une étape du Freeride World Tour ?
Je vais avoir une réponse différente que si tu m’avais posé la question 20 ans en arrière. Les riders ont aujourd’hui plus d’expertise, ils sont beaucoup plus dans l’analyse. Ils réfléchissent à leur ligne, pour la rendre sans danger. Ils n’y vont pas au pif. Avant, c’était beaucoup du « je teste », ils essayaient et si ça replaquait, tant mieux, sinon ce n’était pas grave. Aujourd’hui, on travaille tous notre ligne de façon hyper pointilleuse et intelligente. Il y a une vraie différence. Le freeride est donc devenu un vraie discipline d’expérience.
-Aujourd’hui, tu fais partie des favorites du Freeride World Tour, des rideuses les plus attendues. Est-ce que cela change ta manière d’aborder une compétition ?
Non, pas du tout. J’arrive vraiment à effectuer ce travail où je me recentre sur moi. J’arrive à m’échapper de toutes ces pressions extérieures, vis-à-vis des médias, des concurrentes…. Je parviens bien à me mettre dans ma bulle, et à ne pas penser au résultat. Quoiqu’il arrive, que je sois dernière ou première, cela ne changera rien.
Anna Martinez, deuxième du mythique XTREME Verbier 2026
-Qu’aimerais-tu que les gens retiennent de ton snowboard ?
D’une part, ma régularité, puisque c’est vraiment ce qui me satisfait le plus en tant qu’athlète. Et peut-être aussi qu’ils retiennent mon évolution, pour ceux qui me suivent depuis le début. Je n’en étais pas du tout là il y a cinq ans en arrière.
Je pense avoir ma place et je pense montrer que je me fais plaisir en freeride.
-Quel regard portes-tu aujourd’hui sur l’évolution du snowboard freeride féminin ? Y a-t-il des choses que tu aimerais voir évoluer dans les prochaines années ?
Déjà, je suis plutôt contente car il y a une belle évolution, par rapport à l’époque où j’ai commencé le freeride, en 2016. On est un peu plus de concurrentes, les filles ont beaucoup plus d’engagement et d’envie. Le niveau augmente d’année en année, et c’est vraiment hyper satisfaisant et challengeant en tant que compétitrice.
On attend cependant toutes un changement concernant le nombre de concurrentes. Nous ne sommes que 7 sur le Freeride World Tour, ce serait une bonne chose de pouvoir augmenter ce quota, qui n’évolue pas.
-Qu’est-ce qu’il faudrait pour que les choses changent à ce niveau-là ?
C’est la grande question, on essaie de faire un débat permanent depuis des années. Je ne saurais même pas te répondre. Nous n’avons pas de réelle réponse, au fait de savoir pourquoi il n’y a pas plus de nanas sur le Tour. C’est vraiment un débat très complexe, on se prend un peu un mur chaque année.

-Une fois la saison terminée, arrives-tu vraiment à couper mentalement du freeride et faire une pause, ou ton prochain hiver est-il déjà dans un coin de ta tête ?
Non, je fais vraiment une pause. L’été, j’adore ranger le snowboard au placard et faire plein d’autres choses, que je n’ai pas le temps de faire le reste de l’année.
Je ne parle quasiment pas du snowboard avec mon entourage, je rencontre en permanence des gens qui ne savent pas que je suis là-dedans… Cela fait un grand bien ! Oui, j’arrive vraiment à faire une pause. Je recherche clairement à avoir un manque du snowboard, pour avoir vraiment envie d’y retourner en septembre.
-Tu m’avais confié en avril 2025 que tu avais l’ambition de devenir championne sur le circuit FWT. Avec tes résultats, cet objectif est-il devenu encore plus concret ?
Oui, j’ai l’impression d’année en année que j’en suis capable. Je n’y arrive pas encore, mais je sens que ce n’est pas impossible. Je ne suis pas à la ramasse.
C’est ça qui me plaît aussi. Si j’avais été directement championne et que j’avais conservé ce titre, j’aurais été la plus heureuse mais il n’y aurait peut-être pas eu ce goût du challenge. Je me dis que je ne suis pas là pour rien, j’ai encore du travail. C’est ça que j’adore dans la compète, c’est aussi que ça ne soit pas facile.
Je sais les points à améliorer, je ne suis pas dans le flou, à me demander pourquoi je n’y arrive pas. Là, je sais sur quoi je vais travailler. Cela rend les choses super intéressantes.

-Qu’est-ce qui a changé chez toi, entre la jeune rideuse que j’avais interviewée en avril 2025 et la vice-championne que j’ai aujourd’hui en interview ?
Je ne pense pas que les choses aient spécialement évolué. J’aime bien le cap que je m’étais fixée depuis mon arrivée sur le Freeride World Tour. Pour l’instant, cela porte quand même bien ses fruits, même si je n’ai pas encore décroché le titre de championne. Ce sont juste des détails à peaufiner, et je dois juste renforcer tous les points que je me mets déjà en place depuis trois ans. A savoir rester dans ma bulle, assumer tous mes choix, aller là où je veux aller en tant que rideuse…
-De quelle manière te projettes-tu sur la saison 2027 ?
Je me répète mais je vise encore une régularité en termes de résultats, c’est sûr.
Ensuite, j’aimerais essayer d’avoir un mental légèrement différent. Je compte garder tout ce qui marche, avec une touche de lâcher-prise, un peu plus de feeling et de confiance en moi. Avec toute l’expérience que je possède et le bagage que j’ai, je dois me dire que ça fonctionne sans forcément être très académique et très carrée.
C’est aussi ça le freeride !
Bien sûr, j’aimerais aller chercher les premières places quoiqu’il arrive, me qualifier encore sur le cut pour disputer les finales. Retourner en Alaska, ce serait un deuxième rêve, et j’ai envie de refaire Verbier. C’est vraiment une continuité à chaque fois.
-Quelque chose à ajouter à cette interview ?
Je remercie tous ceux qui m’entourent, mon coach Greg du YRC (mon club), sans qui rien ne serait possible. Merci à mes sponsors, à mes proches. Comme tout athlète, on n’est pas là tout seul. On attend la confirmation imminente (ça a été le cas le 7 juillet, ndlr), mais le freeride sera aux Jeux Olympiques en 2030. C’est donc le gros objectif pour moi sur le long terme !

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Crédits photos : Morgan Bodet

