Aller au contenu
Vendredi 6 novembre 2026Édité par Adrenaline MagazineRechercherMon compte
Dominique Perret : "L'éducation des freeriders est un enjeu trés important" (Interview)
Dominique Perret en session ski freeride

Dominique Perret : "L'éducation des freeriders est un enjeu trés important" (Interview)

Interview · Snow

Dominique Perret : "L'éducation des freeriders est un enjeu trés important" (Interview)

Par Nico Arquin · 6 novembre 2026 · 8 min de lecture

Co-fondateur de WEMountain, un programme de formation sur la sécurité en montagne, Dominique Perret porte un regard avisé sur les nécessités d'éducation des riders. Le Suisse, pionnier du ski freeride, s'est confié à notre micro.

Précurseur du ski hors-piste, Dominique Perret (63 ans) a été nommé meilleur skieur freeride du siècle en 2000, aux Board Awards. Le Suisse compte notamment à son actif le record du monde de saut de falaise à ski en 1990. Il a co-fondé WEMountain, programme de formation sur la sécurité en montagne. Dominique Perret a discuté freeride et formation avec Ride or Die !

Dominique, qu'est-ce qui fait la beauté du freeride et de la montagne à tes yeux ?

J'ai la chance d'être né avec une passion pour le ski et pour la liberté. Cela a toujours drivé ma vie. Aller dans le freeride m'a permis de découvrir le ski sans contraintes, et de découvrir de nouvelles montagnes. Cet esprit de liberté a vraiment dirigé toute ma vie, depuis longtemps.

La montagne est un élement extrêmement vaste, qui permet de se réveler en tant qu'athlète et en tant qu'humain. C'est un environnement riche, dans lequel tu peux énormément progresser au fil des années. C'est ce qui fait que passé 60 ans, j'ai toujours autant envie de continuer à skier, car je n'arrête pas de me découvrir et de découvrir de nouveaux endroits.

Quels sont les spots que tu recommandes ?

On me demande souvent quelle est la meilleure station, mais j'ai vraiment de la peine à le dire.

Cela dépend toujours du contexte. Skies-tu avec tes enfants, avec tes amis, pour toi, est-ce que tu t'engages ? Je dis souvent que le ski c'est comme la nourriture, parfois tu vas dans un restaurant gastronomique, parfois tu prends un sandwich et il n'y a rien de meilleur. J'ai la chance de skier à Verbier, d'y avoir fait une grande partie de ma carrière. En ski de station, je n'ai pour l'instant pas vu mieux.

Dominique Perret en session ski freeride

En parlant de Verbier, on pense forcément à l'Xtreme de Verbier, mythique compétition du Freeride World Tour. Que représente cette épreuve pour toi ?

Dans ma carrière, j'ai pris une route qui était de ne pas faire de compétition. Pour moi, le freeride que j'aimais pratiquer était d'aller skier là où personne n'avait posé ses spatules. Cela me donnait la liberté de ne pas vouloir être jugé ou noté. C'était un choix personnel. Entre-temps, le freeride est aussi devenu un sport de compétition, qui s'est organisé et structuré avec le Freeride World Tour, l'Xtreme de Verbier. Je trouve que c'est trés intéressant de voir qu'un même sport peut vivre dans la compétition, ou carrément en dehors de la compétition. Il y a un choix à faire et c'est une richesse extraordinaire. Ce que je trouve trés bien avec le Freeride World Tour, c'est qu'il est heureusement placé entre de bonnes mains. Les gens qui gèrent ce circuit ont une bonne philosophie, ils sont trés conscients de la dangerosité et du risque. Ils sont trés précautionneux vis-à-vis de ça. Depuis quelques années, nous travaillons ensemble. Les dirigeants du Freeride World Tour se sont rendus compte que les nouveaux athlètes viennent parfois du ski de compétition, du freestyle, de plein d'environnements différents.

Ce sont souvent des skieurs trés forts, mais ils n'ont pas forcément tous des connaissances de montagne trés approfondies, quand ils vont aller s'entraîner ou quand ils font des films. Il y a donc un réel besoin d'avoir un standard international de formation pour ces jeunes. Je dois vraiment remercier Lolo Besse et Nicolas Hale-Woods, car ils ont tout de suite souhaité que la plupart des jeunes soient formés et qu'ils aient des certifications. Pour un sport qui va devenir olympique, c'est normal, et je pense qu'il faut désormais que nous descendions dans les divisions.

Il faut réussir à former tous ces jeunes, pour leur donner une vraie éducation et qu'ils aient un vrai respect de la montagne, ainsi que de meilleures connaissances d'eux-mêmes.

Comment as-tu d'ailleurs accueilli l'entrée du freeride au programme olympique des J.O 2030 ?

A mes yeux, les choses sont assez simples. Soit tu décides de ne pas faire de compétition et tu fais des films, des expéditions, etc. Soit tu t'engages dans la compétition, et alors là il faut y aller à fond ! Cela veut dire Championnats du monde, Freeride World Tour et Jeux Olympiques. Il n'y a pas photo, il ne faut pas hésiter. Quand tu vois le niveau des athlètes aujourd"hui, je trouve trés bien qu'il y ait des structures derrière eux. Cela permettra aux jeunes d'avoir des entraîneurs, et des vraies formations. Ils pourront être beaucoup mieux sponsorisés, et pourront augmenter leur niveau de performance. Je pense que c'est complètement nécessaire si on veut aller dans la compétition.

Dominique Perret en session ski freeride

Tu as cofondé WEMountain, un programme de formation sur la sécurité en montagne. Peux-tu nous rappeler ce qui t'as conduit à lancer WEMountain ?

Quand j'ai arrêté à plus de 50 ans, après 28 saisons professionnelles, j'ai fait le compte des amis que j'avais perdu en cours de route. Je suis arrivé au nombre de 30 copains morts dans des avalanches. Je me suis alors rendu compte qu'il manquait vraiment un programme international et avancé.

Cela m'a donné envie de mettre quelque chose en place. J'ai eu la chance, durant ces 28 saisons, de rencontrer énormément de monde autour de la "planète blanche". Ces experts du monde entier ont des méthodes différentes, et je me suis dit que j'allais prendre le meilleur de chacun.

L'enjeu est trés important. Il est, d'une part, de sauver des vies et de réduire les accidents. Il est aussi de préserver notre espace de liberté. En effet, plus il y a d'accidents, plus on aura d'interdictions et de régulations. Cela va trés vite... Le seul moyen d'éviter ces obligations, c'est d'amener de l'éducation. J'ai l'impression que certains jeunes n'ont pas encore compris l'impact que cela peut avoir. On doit savoir ce que l'on fait, on ne peut pas y aller à l'improviste.

Je pense que c'est un vrai message à faire passer auprès des jeunes riders. Je suis content de voir que tous les champions du Freeride World Tour sont devenus nos Safety Angels, nos ambassadeurs. Ils ont tout à fait compris qu'ils voulaient être reconnus comme des pros, pas comme de simples skieurs qui rident vite et qui sautent des falaises. C'est extrêmement encourageant de voir que les jeunes générations se rendent compte qu'il y a des manquements.

Quelles sont aujourd'hui les spécificités de la méthode WEMountain ?

On est beaucoup sur de la prévention, 80% du cours est axé là-dessus. A savoir comment ne pas finir dans une avalanche, alors que la majorité des cours aujourd'hui sont surtout consacrés au sauvetage (DVA, sonde, pelle, recherche). On se différencie aussi par les facteurs humains. On a travaillé avec des docteurs, des psychologues, des nutritionnistes, des spécialistes du sommeil et de la gestion des risques. On est vraiment allés trés loin dans le fait de savoir comment éviter les risques. Il y a un chiffre impressionnant : dans 90% des cas, c'est le skieur ou un membre du groupe qui a déclenché l'avalanche. Ce n'est donc pas la faute à la neige ou autre, mais vraiment à de mauvaises décisions. A savoir à des facteurs humains : mental, émotions, perceptions, motivations, énergie,sommeil, alimentation, hydratation, vieilles blessures, maladies, matériel pas adapté...

Il y a 25 éléments à connaître et ils sont tous aussi importants. L'accident ainsi d'une accumulation de petites choses; Trés souvent, on n'en parle pas quand on parle des risques en montagne.

Mon passé de skieur pro m'a aussi aidé à développer un programme pour le grand public, qui prend en compte les mêmes choses que pour un athlète.

On a un cours pour les pratiquants occasionnels, et un cours plus poussé, pour les gens qui ont déjà de bonnes connaissances et veulent aller plus loin.

On s'adresse plutôt à une clientèle un peu avancée, qui a déjà son DVA, sonde, pelle.

Dominique Perret en session ski freeride

Quels sont les principaux dangers que tu identifies en montagne, pour les pratiquants ?

Le plus grand danger, c'est soi-même, c'est certain. On a donc beaucoup travaillé sur les facteurs humains. Ensuite, ce sont des facteurs environnementaux (visibilité, température, vent, topographie, nivologie...). Même ce qui semble anodin, par exemple tu t'es mal habillé et tu as trop froid ou trop chaud, va influer sur la concentration. Tu vas alors oublier de regarder les choses importantes, et t'éloigner des bonnes décisions.

Comment convaincre un bon skieur, qui pratique le hors-piste depuis des années sans accident, qu’il a encore besoin de se former ?

Je crois que la montagne, comme la mer, s'apprend toute la vie. Mais il est important d'avoir de vraies méthodes d'apprentissage. Il est bon aussi de ne pas rester sur des choses que l'on a apprises il y a dix ou quinze ans, et qui sont obsolètes. C'est intéressant de rester à niveau.

Comment éviter qu’un pratiquant fraîchement formé soit tenté de prendre davantage de risques, parce qu'il se sentirait à tort suffisamment compétent ?

Je te remercie vraiment de poser cette question, c'est en effet la première question que l'on s'est posés en réfléchissant au programme. Nous nous sommes adressés à des gens qui sont des spécialistes de l'éducation, dont le métier est de faire apprendre aux gens. Nous avons posés un constat au départ, nous voulions qu'à la fin de notre cours, le pratiquant soit plus prudent. Nous voulions qu'il se rende compte de tout ce qu'il ne sait pas, plutôt que de tout ce qu'il a appris. Certains cours sont trés mal faits et donnent un effet de sur- confiance, au lieu que le pratiquant se dise qu'il ne connaît pas grand-chose.

On veut ouvrir des portes, montrer tout ce qu'il faudrait savoir et inciter la personne à skier de manière beaucoup plus safe. Quand les marques te vendent un DVA, une sonde, une pelle, ils appellent ça du matériel de sécurité. C'est complètement faux, c'est du matériel de sauvetage.

Ce n'est pas parce que tu as du matériel ou que tu as fait un cours que tu vas être en sécurité. En revanche, notre cours va te servir à être plus prudent.

Dominique Perret en session ski freeride

Qu’est-ce qui retient encore les pratiquants de se former à la sécurité en montagne, de manière générale ?

C'est une deuxième trés bonne question ! Déjà, les gens achètent un DVA, une sonde, une pelle et ont l'impression d'acheter de la sécurité. Ils se disent : "j'ai dépensé 600, 800, 1 000€, je suis tranquille." En fait, pas du tout ! La formation n'est pas simple à faire comprendre, car ce n'est pas physique, c'est du savoir. Grâce aux champions, grâce aux jeunes qui vont dire : "maintenant tu te formes, on ne veut pas avoir des boulets sur la montagne, et que tu foutes les autres en danger", on débloque des choses.

Il faut apprendre à se comporter avant de consommer. Cela prend du temps, mais ça rentre dans les têtes.

Quel message aimerais-tu transmettre aujourd’hui à la nouvelle génération de riders ?

Cette magnifique liberté que l'on a aujourd"hui n'est pas garantie. C'est dans la responsabilité de chacun de se rendre compte qu'il faut faire un effort, et se former. En se formant, tu auras plus de plaisir, de liberté et de sécurité. Il n'y a vraiment que du positif à se former !

Photos : Dominique Perret

Dominique Perret
Écrit parNico ArquinDirecteur général et rédacteur

Gravitant dans l'univers des sports extrêmes depuis 2009, Nicolas est un vrai amoureux des mots et du ride. Raffolant particulièrement des interviews (plus de 500 à son actif depuis 2014), Nicolas a trouvé dans le journalisme son vrai terrain de jeu !

Tous ses articles →
À retrouver dans votre compte, sur tous vos appareils

À lire ensuite

← Retour à la une