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Immersion au cœur d’une vague artificielle, entre technique et sensations

Apprendre à surfer loin de la mer, c’est possible ! À Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône), entre Marseille et Aix-en-Provence, Nicki Surf permet aux petits comme aux grands de découvrir la glisse sur une vague artificielle, sans avoir à rejoindre le littoral. Depuis le 2 janvier 2019, le complexe accueille les curieux et les amateurs venus tenter l’expérience.

Junior Himpe, 37 ans, créateur et coresponsable de Nicki Surf, a eu cette idée lors d’un voyage à l’étranger. « J’ai vu ça aux États-Unis dans les années 2010, révèle-t-il. J’ai beaucoup aimé le concept et je me suis dit “pourquoi pas le faire en France ?” Quand j’ai regardé, ça n’existait pas encore chez nous. J’ai vu le prix de la machine et j’ai laissé tomber. C’est ensuite resté dans un coin de ma tête et j’ai fait en sorte de pouvoir le faire. »

Nicki Surf a ouvert ses portes en 2019, à Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône).

Pour concrétiser ce projet, il a fallu s’appuyer sur un mécanisme permettant de reproduire un courant constant dans un bassin. Le principe est assez simple : l’eau circule en circuit fermé et deux turbines électriques la propulsent pour créer le courant nécessaire à la pratique. La vitesse de l’eau se règle grâce à des variateurs, tandis que l’inclinaison du bassin est ajustée lors de l’installation. Avec ses 10 mètres de largeur et ses 6 mètres de longueur, le bassin offre une belle surface de glisse. Si la réglementation autorise jusqu’à dix personnes en simultané, Nicki Surf a fait le choix de limiter les sessions à six personnes, pour que chacun puisse profiter pleinement de son expérience.

Cette installation fonctionne grâce à un système « 100 % électrique ». Pour Junior Himpe, l’enjeu consiste à réduire son impact énergétique sans compromettre l’amusement. « Nous n’utilisons que de l’électricité verte et nous sommes en train d’installer des panneaux solaires pour atténuer notre consommation d’électricité. Il faut limiter nos consommations sans que les clients soient impactés. C’est ça le vrai combat », souligne le coresponsable de Nicki Surf.

« Ça s’appelle le flowboard »

Une fois au bord du bassin, ce sont surtout les sensations qui retiennent l’attention. Mégane L., 32 ans, a fait le déplacement depuis le Var pour célébrer l’anniversaire d’une amie. Elle découvre une activité dont elle ne connaissait pas les subtilités : « Je m’attendais à ce que ce soit beaucoup plus difficile, beaucoup moins stable, et finalement ça allait. Je n’ai jamais fait de surf sur une vague réelle mais je pense quand même que c’est assez différent d’une vague artificielle », témoigne-t-elle.

« Tout se fait au niveau des chevilles et des jambes alors que pour le surf en mer, c’est vraiment au niveau du bassin que tout l’équilibre se fait » — Lily-Jeanne Abautret

Cette différence se joue notamment dans la manière de gérer sa vitesse et de placer son corps sur la planche. « Sur une vague naturelle, un surfeur démarre à l’arrêt, explique Titouan Lalande, 20 ans, alternant et moniteur en formation pour apprendre à accompagner les pratiquants. Il doit donc ramer avec les bras, puis se mettre debout. Une fois debout, il faut pencher le poids du corps vers l’avant et bien prendre appui sur le pied avant. En surf, c’est essentiel pour avancer et prendre la vitesse de la vague. Ici, c’est tout l’inverse : la vitesse est déjà fournie par les turbines et le surfeur cherche constamment à se freiner avec le pied arrière. Cela s’explique notamment par le fait que sa vitesse par rapport à un point fixe du hangar est quasiment nulle. Sur une vague naturelle, en revanche, il doit avancer par rapport au fond marin et prendre de la vitesse. Ici, il n’a pas besoin de la générer lui-même puisque ce sont les pompes qui créent le courant. »

La glisse sur vague artificielle possède ses propres spécificités, à commencer par le nom de la discipline. « Ça s’appelle le flowboard, précise Lily-Jeanne Abautret, 21 ans, qui fréquente Nicki Surf depuis quatre ans. On appelle ça surf parce que c’est plus courant mais le vrai sport avec ces planches-là c’est du flowboard. Ça va plutôt ressembler à du wake ou à du snow. Tout se fait au niveau des chevilles et des jambes alors que pour le surf en mer c’est vraiment au niveau du bassin que tout l’équilibre se fait », ajoute celle qui a déjà surfé sur les vagues naturelles de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), Hossegor (Landes), Marseille ou encore Carro (Bouches-du-Rhône).

Le flowboard ressemble plus à du wake ou du snow qu’à du surf. Crédit photo : Lily-Jeanne Abautret

« Pour les enfants, c’est complètement différent »

Pour Rachel, qui vient tout juste d’avoir 9 ans, la vague artificielle fait partie du programme de son anniversaire. Elle connaît déjà le lieu et aime y revenir pour retrouver les sensations de glisse. « Ça fait longtemps que j’y vais et j’aime bien surfer. Comme parfois l’eau est fraîche, je me suis dit que ça allait un peu nous rafraîchir », confie-t-elle. Au fil des séances, elle a gagné en assurance, même si les premières tentatives lui ont laissé quelques appréhensions. « Je sens que j’ai progressé depuis la première fois. J’ai moins peur et je reste plus longtemps sur la planche. Au début, je n’avais plus l’habitude alors j’avais un peu peur. Ensuite, le moniteur m’a lâché les mains et ça me rappelait que je l’avais déjà fait plein de fois », raconte Rachel.

Les plus jeunes ont l’occasion de découvrir la vague sous forme de jeux.

Pour convaincre ses amis de se jeter à l’eau, la petite fille s’appuie sur sa propre expérience. « Je leur ai dit “ça va aller ! moi aussi au début j’avais peur. Le moniteur sera avec toi !” Et pour ceux qui n’y arrivent pas du tout debout, on peut juste regarder, tremper les pieds dans l’eau ou se mettre à plat ventre sur la planche pour faire comme un toboggan ! »

Avec les enfants, l’approche n’est justement pas la même. Les moniteurs adaptent les séances aux plus jeunes en privilégiant le plaisir plutôt qu’un apprentissage purement technique. « Pour les enfants, c’est complètement différent, indique Martin Bazelaire, moniteur en alternance. Lorsqu’ils viennent faire des anniversaires, on ne va pas rester 35 minutes en bodyboard, on va plutôt leur faire découvrir la vague sous forme de jeu. Et c’est ce qu’ils aiment ! »

« Quand je vois une journée comme aujourd’hui, avec tous ces enfants, je me dis que nous avons pris la bonne voie. » — Junior Himpe

En dehors du bassin, le complexe dispose d’un bar, d’une table de ping-pong et d’autres jeux de loisirs, qui en font un lieu de vie autant qu’un espace de glisse. « Quand je vois une journée comme aujourd’hui, avec tous ces enfants, je me dis que nous avons pris la bonne voie », se réjouit Junior Himpe en se remémorant l’ambiance qu’il avait découverte aux États-Unis.

Après Bouc-Bel-Air, l’aventure pourrait se poursuivre dans le Var. Un projet d’ouverture à Toulon est en préparation, avec l’ambition de faire découvrir cette pratique à un nouveau public. De quoi prolonger le pari de Nicki Surf : rendre la glisse accessible loin des littoraux.

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