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Les riders et leurs peurs, Partie 3 – Clément Roseyro : « C’est normal d’avoir peur en surf »

Agé de 27 ans, le waterman Clément Roseyro est une pointure du surf de grosses vagues. Le Français entretient un lien étroit avec le spot de Praia do Norte (Portugal), où il a remporté en décembre 2025 le Nazaré Big Wave Challenge, avant de récidiver en équipe en 2026. Le big wave riding est une discipline dangereuse, où le risque peut vite survenir.
Lucide, Clément Roseyro s’est exprimé au micro de Ride or Die sur son rapport à la peur.
Le surfeur français a ainsi confié qu’il est tout à fait normal d’avoir peur dans le surf.
Découvrez notre interview de Clément Roseyro !

–Clément, peux-tu me raconter une session où tu as ressenti une peur particulièrement forte ? À quel moment est-elle apparue ?

Quand j’étais tout petit, vers 12-13 ans, je participais à une compétition organisée par mon club, le Anglet Surf Club. Le matin il n’y avait pas de vagues, mais la houle a grossi de plus en plus pendant la journée. Je me suis mis à l’eau, j’ai pris une mauvaise série dans la gueule, cela m’a fait super peur. C’était la première fois que je suis sorti en pleurs de l’eau, c’était un peu traumatisant.
J’ai donc vécu mes premiers moments de peur tout jeune.

–Aujourd’hui, y a t-il des moments où tu as peur, par rapport à la taille de la vague, la chute potentielle, le temps passé sous l’eau ?

Oui forcément, si l’on a pas peur c’est que l’on est débile, surtout dans le surf de grosses vagues. C’est normal d’avoir peur, les vagues cela reste impressionnant. La nature sera toujours plus forte que l’humain, même si l’on essaie de pousser ses limites.

Clément Roseyro dans les grosses vagues

–T’est-il déjà arrivé de renoncer à une vague ou de décider de ne pas te mettre à l’eau ?
Si oui, pour quelles raisons?

Oui, plein de fois ! On m’a surnommé « Little cojones » quand j’étais jeune, car j’avais décidé de ne pas aller à l’eau, un jour où je trouvais les vagues un peu trop dangereuses. Ne me demande pas pourquoi, cela me faisait flipper ce jour-là, alors que je n’aurais peut-être pas eu peur la veille. Parfois tu es un peu fatigué, tu vois la mauvaise vague et ça te fait peur. Je pense qu’il faut s’écouter, si on n’a pas envie d’aller dans l’eau, ça ne sert à rien de se forcer.
Si l’on souhaite repousser ses limites, c’est important d’être accompagné pour ne pas trop avoir peur. Sinon, il faut savoir dire non !

–Avant une grosse session, que fais-tu concrètement pour te préparer mentalement ?

A Nazaré, je ne vais pas trop voir le spot avant, car la mer et les vagues me font vraiment flipper. Je préfère donc y aller directement avec le jetski. C’est ma façon de voir les choses, même si en temps normal le mieux est de bien analyser les vagues, l’endroit où l’on va se mettre à l’eau, comment on va réagir s’il y a un problème… Je connais assez bien la vague de Nazaré, et elle est tellement dangereuse que parfois je préfère ne pas aller faire des repérages. J’ai d’ailleurs fait de la sophrologie quand j’étais plus jeune, pour essayer de visualiser un petit peu les vagues.

Clément Roseyro en pleine ride à Nazaré

–La connaissance du spot, des conditions et des procédures de sécurité change-t-elle ta façon de vivre la peur ?

Techniquement, plus on connaît le spot et moins on a peur. Je pense que c’est important de bien connaître les endroits où l’on va rider, connaître les courants, et y aller petit à petit.

–Quand tu décides de prendre une vague qui t’intimide, qu’est-ce qui te permet de rester focus malgré la peur ?

En faisant les choses étape par étape, et en se disant que la peur ne mènera pas à grand-chose. Elle peut cependant t’éviter de faire des bêtises, par exemple d’aller sur une vague potentiellement trop dangereuse. Je dirais qu’il faut connaître sa peur et ses limites de peur. Cela dépend ensuite des personnes. Certains ont peur et tétanisent, ce qui n’est alors pas productif du tout. D’autres ont peur mais vont être encore plus concentrés, pour pouvoir réussir.

Clément Roseyro

–Qu’est-ce qui te donne envie de retourner à l’eau après une grosse frayeur ?

Le surf, c’est tellement bien que tu retournes simplement surfer ! Mais quand c’est trés gros, et que l’on a atteint ses limites, il ne faut peut-être pas insister. A un moment donné on peut se faire surprendre, alors que l’on est déjà fatigué. C’est donc important de prendre le temps, et de ne pas trop insister non plus.

–Ton rapport au risque et à la mort a-t-il changé avec l’expérience ou après un événement précis ?

Je n’ai jamais vu trop notre sport comme étant si proche des limites. C’est bien de ne pas trop y penser. Il y a quand même eu deux ou trois accidents à Nazaré, qui font dire que cela reste un sport dangereux. Honnêtement, je n’y pense pas trop en temps normal. J’ai toujours cette phrase de mon père qui me dit : « ce n’est que de l’eau ! »

Clément Roseyro en session surf de gros

–Quels conseils pourrais-tu donner à des riders pour les aider à apprivoiser leur peur ?

A mes yeux, l’avantage du surf et des vagues, c’est que lorsque les sessions sont un peu grosses, l’océan ne va normalement pas te laisser passer la barre et aller au large. Si tu as passé la barre, c’est que soit tu as eu beaucoup de chance, soit tu as le mérite et l’audace d’avoir essayé. Dans les sports à vent tels que le kite, il y a des mecs qui n’ont rien à faire sur le spot, qui n’ont pas du tout conscience de la taille des vagues. Ils vont pourtant kiter ces grosses vagues, alors qu’ils ne sont pas à l’abri d’un problème de matériel ou d’une défaillance. Ils peuvent alors se retrouver à nager dans des conditions bien trop grosses pour eux. J’ai vu pas mal de situations comme ça…

L’avis de Cédric Dumont, pionnier de la wingsuit

La peur est importante dans les action sports. C’est grâce à elle que l’on est en vie ! La peur primaire est une question de survie. Ce qui m’intéresse dans ce que je fais, c’est de réussir à la gérer. Il ne faut pas la supprimer ou l’ignorer, car cela devient de la connerie et de l’inconscience. Il faut réussir à passer à l’action malgré cette peur, et à la rationnaliser. Ma bonne préparation, ma gestion des émotions, mes compétences me serviront à ce moment-là. Quand quelqu’un me dit : « je ferais bien ce que tu fais car je n’ai peur de rien », je lui réponds : « ne le fais pas, tu vas mourir. » Quand on échange avec des gens qui pratiquent des activités à risque, la première chose qui revient est liée au fait de réussir à gérer cette peur. La peur nous fait prendre conscience que l’on fait quelque chose de dangereux, avec des conséquences assez graves. Il est donc nécessaire d’avoir une bonne préparation. A un moment donné cependant, on va passer à l’action malgré la peur. Cela s’appelle le courage.

Clément Roseyro

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Nico Arquin

Naviguant dans l'univers des sports extrêmes et sports de glisse depuis 2009, je me passionne pour les riders et les contacts humains. J'aime transmettre de belles histoires, grâce à la magie du contact humain. Merci de nous retrouver sur Ride or Die !