Interview : Antoine Albeau, légende du windsurf et ambassadeur Ride or Die
Légende du windsurf avec 27 couronnes de champion du monde à son actif, Antoine Albeau (54 ans) continue à être actif sur la planète glisse. S’il s’est retiré en 2022 du circuit Coupe du monde PWA, il s’aligne encore sur d’autres compétitions.
Sportif français le plus titré de l’histoire, le « Colosse de l’Ile de Ré » a pratiqué toutes les disciplines du windsurf. Slalom, vagues, freestyle, ou encore vitesse.
Il a dépassé à plusieurs reprises les 53 nœuds de vitesse moyenne sur 500m, en Namibie, frôlant la barre des 100km/h.
Antoine Albeau a également obtenu, en 2023 et 2025, ses deux dernières couronnes de champion du monde dans la discipline de la vitesse. Il concourait alors au Prince of Speed, organisé à La Palme (Occitanie).
Un évènement sur lequel il a signé plusieurs records du monde.
Récent 4e du fameux Défi Wind de Gruissan, édition 2026, en catégorie Unlimited (mix des supports foil/aileron), le Rétais a montré de quel bois il se chauffait.
Antoine Albeau a d’ailleurs accepté d’être le premier ambassadeur de Ride or Die, et on l’en remercie chaleureusement !
On vous propose aujourd’hui l’interview windsurf d’Antoine Albeau !
-Antoine, quand tu regardes l’époque de tes débuts et le windsurf d’aujourd’hui, qu’est-ce qui t’impressionne le plus ?
A mes yeux, le foil est la plus grosse évolution que j’ai vécue dans ma carrière. En Coupe du monde, je n’ai pas connu le passage des mâts fibre ou alu au mâts carbone, par exemple. Je l’ai connu dans des compétitions régionales, quand j’étais tout petit. Idem pour les premiers wishbones en carbone, c’est arrivé avant mes débuts en Coupe du monde.
-Quand tu as débuté, qu’est-ce qui faisait rêver les windsurfeurs ? Et qu’est-ce qui les fait encore rêver aujourd’hui, selon toi ?
D’aller sur l’eau, de pouvoir planer et glisser sur l’eau. A chaque fois que je repars au planing, cela me procure toujours des sensations incroyables. On reste amoureux de cet esprit de liberté, et on aime retrouver d’autres passionnés. Les gens ne vont pas sur les spots où il n’y a personne, ils vont toujours sur des spots bondés.
Le windsurf, c’est cette population de riders qui sont là, qui se retrouvent et qui partagent un moment de liberté.
Vidéo : Un nouveau sacre mondial pour Antoine Albeau, au Prince of Speed 2025
-Y a-t-il des choses qui ne sont plus possibles aujourd’hui en windsurf, quand on compare les époques ?
Non, je ne crois pas. C’est peut-être ça qui est incroyable, c’est qu’il n’y a pas de restrictions de vitesse ou autre (sourire).
-Y a-t-il une époque du windsurf que tu considères comme particulièrement mémorable ?
On peut dire qu’aux débuts du windsurf, c’était la folie car il y avait pas mal d’argent. Quand la Coupe du monde a été ouverte aux prototypes et que j’ai intégré la compétition, tous les top riders arrivaient à chaque évènement avec des sacs gonflés de nouvelles planches. Ils avaient au moins 10 nouvelles boards chacun, à chaque épreuve ! Après cela a changé, nous sommes passés en planches de production, avec des jauges en quantité. J’étais un peu contre, car j’avais la possibilité d’avoir des protos.
Au final cela a été bénéfique pour le windsurf et sa dynamique, même si on a perdu pas mal de shapers.

–As-tu retrouvé, dans toutes les décennies, la même intensité dans les confrontations avec les riders ?
J’ai dominé durant un certain nombre d’années. Au début je me battais avec Björn (Dunkerbeck, 42 titres mondiaux en Coupe du monde PWA, ndlr). Il y avait ensuite des compétiteurs comme Micah Buzianis, Finian Maynard, Arnon Dagan, Ross Williams…
Une nouvelle génération de windsurfeurs est ensuite arrivée. A une époque, il y avait énormément de Français sur la Coupe du monde, on s’est retrouvés à faire des finales avec 7 ou 8 Français ! C’était juste incroyable…
Après, il y a eu moins de riders tricolores mais Pierre Mortefon est arrivé (quadruple champion du monde PWA, ndlr), Matteo Iachino a commencé à percer…
Je dirais qu’il y a eu trois époques marquantes à mes yeux, trois décennies.
– Selon toi, qu’est-ce qui rend le windsurf unique parmi les sports de glisse ?
On est seul sur le support, et tu peux aller quasiment là où tu veux. On en revient à cet esprit de liberté. Tu n’as pas besoin d’un autre pote pour faire avancer ta planche. Tu n’es pas forcé de partir d’une plage, tu peux partir d’un port ou d’une marina, ou d’une plage super étroite. Tu peux aller dans les vagues, tu peux aller presque partout dès que le vent souffle un peu.
Vidéo : Antoine Albeau dans la tempête Herminia, en 2025
-Comment imagines-tu le windsurf dans dix ou quinze ans ?
A ne plus trop toucher l’eau, je pense (sourire). C’est ce qu’on essaie de faire avec le projet Zephir. Quand ce moment arrivera, cela va servir aussi aux autres supports et on aura une grosse avancée technologique.
-Le foil, la wing et les nouvelles pratiques attirent beaucoup de pratiquants. Vois-tu cela comme une concurrence ou comme une chance pour le windsurf ?
Cela peut être les deux. Le kite a fait du mal au windsurf, la wing fait aujourd’hui vraiment du mal au windsurf et au kite. Beaucoup de kitesurfeurs, de windsurfeurs et de surfeurs font désormais du wingfoil. Si tu viens sur l’Ile de Ré en hiver, ou automne/printemps, tu n’as quasiment que des wingers. Tu peux avoir 50 wings, 2 windsurfeurs et 1 kiteur à l’eau sur des spots connus, assez profonds pour le foil et accessibles. En Afrique du Sud par contre, tu ne vois pas beaucoup de wingers. Il y a de nombreux shore breaks, la discipline est alors difficile. Je pense que tout va dépendre du spot. Tu verras encore du windsurf et du kite dans un bon nombre d’endroits.
-Tu as réalisé depuis tes débuts une carrière exceptionnelle. Qu’est-ce qui te motive encore à prendre le départ d’une compétition ou à partir naviguer ?
Je pense que c’est l’amour du windsurf, l’amour du sport. La promotion du windsurf, mais aussi des autres sports de glisse, est primordiale à mes yeux. Si un mec me dit : « Antoine, je fais du kite », je lui répondrai « c’est parfait, tu vas sur l’eau, tu peux t’éclater et prendre du bon temps ! ». J’ai pratiqué tous les sports. Quand le kite est arrivé, je ne faisais que ça en rentrant chez moi. Je ne touchais pas ma board de windsurf. Il faut profiter de ces sensations-là de glisse, peu importe le support.
Aller dans l’eau, jouer avec les vagues, utiliser le vent…
Les mecs font du downwind en stand up paddle, c’est génial aussi !
Dans le sud de la France, il y a une communauté glisse qui est impressionnante, et je trouve ça super bien. Donc arrêter, pff… Si j’arrête la compétition, je continuerai à naviguer pour mon plaisir personnel. Je veux cependant essayer de rester à niveau. Je suis sur le projet Zéphir, donc je veux continuer à naviguer.
Le Défi Wind 2026 m’a fait un bien fou, on a pu naviguer aussi aux Antoine Albeau Series et je serai au Raid La Tranche-Ile de Ré dans quelques jours. Je veux continuer à rester là. Et quand je me retrouve avec des riders de la Coupe du monde, je suis ravi d’être encore capable de titiller les premiers. Je pense qu’ils apprécient aussi ma présence.
Je n’ai plus le même niveau qu’auparavant, c’est désormais difficile de gagner mais je pense que les autres riders me considèrent toujours comme un windsurfeur de haut niveau.

-Si tu devais retenir 3 moments marquants de ta carrière, tu penses à quoi là immédiatement ?
Le premier moment marquant qui me vient, c’était en 1992 quand j’ai gagné une finale devant Björn, à Aruba. Je n’ai pas gagné la Coupe du monde, seulement une finale. Mais à ce moment-là, Björn gagnait toutes les manches de chaque étape. J’ai été le premier à le détrôner sur une manche. C’était incroyable, il était l’homme à abattre ! C’était ma première année sur la Coupe du monde, j’avais 20 ans. J’avançais vraiment bien, je crois que j’avais fait 5e sur l’évènement…
Un autre moment marquant est lorsque j’ai battu le record du monde de vitesse absolu à la voile, en mars 2008 sur le canal des Saintes-Maries-de-la-Mer. J’ai établi 49,09 nœuds (91,90Km/h) de vitesse moyenne sur 500m.
Ensuite, je dirais mes 10 ou 11 ans durant lesquels ma plus mauvaise place sur une manche de Coupe du monde était 2e. Je gagnais tout… Je pense aussi, forcément, à mes records du monde de vitesse lors du Lüderitz Speed Challenge, en Namibie, dans des conditions apocalyptiques.
Vidéo : Le record du monde de vitesse en windsurf d’Antoine Albeau, lors du Lüderitz Speed Challenge 2024
-Quels sont les projets qui t’enthousiasment le plus aujourd’hui ?
En première position, le projet Zéphir, monté avec Marc (Amerigo, ndlr) vers la fin de ma carrière sportive en Coupe du monde. C’est un super projet, très humain, on fait des choses que personne n’a encore fait dans le windsurf, ou dans les milieux de sports marins.
Je suis très attaché aussi aux Antoine Albeau Series, que je développe avec Paola. On essaie de promouvoir cet évènement au mieux. Ma priorité, quand on a monté cet évènement, était de mettre du prize money. Il y a tellement d’évènements où tu traverses l’Europe, tu gagnes la manche et on te donne un chèque de 100€… Je trouve ça vraiment ridicule, et cela m’est arrivé plein de fois. Lors de la One Hour Classic, au Lac de Garde, où les mecs se cassent les jambes, la première place est récompensée de 300€. Aux Antoine Albeau Series, la première place windsurf ramène 1 300€, idem en wing. Et ensuite, il y a au moins 20 000€ de lots donnés ! Je souhaite donc redonner aux riders, pour les remercier. J’aimerais que les autres évènements prennent modèle sur nous.
-Quelle importance occupe dans ta vie la transmission aux jeunes générations ?
La transmission, je l’ai vécue directement, avec des aînés. Des riders avec qui j’ai sympathisé sur la Coupe du monde, tels que Jean-Luc Vasse (un des Top riders dans les années 80). J’ai voyagé tout le temps avec lui, il m’a beaucoup appris. J’ai également bien sympathisé avec le Suisse Mario Ballabio, et avec Jean Bouldoires (shaper chez AHD) et Jérôme Bouldoires. Sur la Coupe du monde, j’ai vu arriver Cédric Bordes et Julien Quentel. J’étais déjà à un super niveau, et la transmission s’est faite avec eux. C’est un processus qui se fait machinalement, naturellement. Tu t’entraînes avec eux, donc tu leur apprends à naviguer, à tester… Je transmets désormais à Pierre Schmitz, qui est avec moi dans le projet Zéphir (Pierre a battu début juin 2026 deux records du monde de vitesse en wingfoil, à La Palme, ndlr). Il faisait du windsurf au début, il est désormais passé à la wing car cela correspond mieux à son gabarit. On discute souvent, on navigue souvent ensemble. Il transmettra peut-être à mon fils Alani, qui commence déjà à bien naviguer (sourire).
– Quelque chose à ajouter ?
Profitez de la mer, profitez du vent, sur n’importe quel support !
Il faut passer du temps sur l’eau, c’est l’un des seuls endroits où on a peu de limites.
On arrive même à naviguer dans de grosses dépressions, on va chercher de grosses vagues etc. Je remercie tous mes partenaires, qui me suivent depuis de nombreuses années. Je pense à l’Ile de Ré, la Charente-Maritime, ou le Camping 17 qui me soutient depuis plus de 10 ans. Grâce à des partenaires comme ceux-ci, j’ai pu faire ma carrière. Sans eux, c’est super dur… Encore merci à eux, donc !
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Crédits photos : Bartek


