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Interview de Julien Veysseyre, premier amputé tibial finisher de l’UTMB


Fin août 2026, Julien Veysseyre a accompli une performance historique sur l’UTMB Mont-Blanc. Le Français est en effet devenu le premier amputé tibial à terminer dans les délais le mythique ultra-trail. Julien Veysseyre a bouclé les 174 kilomètres (dont 10 000 mètres de dénivelé positif) en 44h 16 minutes. Il a vécu une magnifique aventure collective, et a su aller au-delà de la douleur.
Le défi que s’est lancé Julien Veysseyre porte d’ailleurs un message. A savoir, montrer que les personnes en situation de handicap ont, elles aussi, leur place sur les épreuves les plus extrêmes.
Entré dans l’histoire de son sport, Julien Veysseyre a accepté de se confier à Ride or Die !

-Julien, peux-tu te présenter en quelques phrases à nos lecteurs ?

Moi c’est Julien Veysseyre, j’ai 39 ans, je suis papa de deux enfants et j’habite à Clermont-Ferrand. Je suis para athlète puisqu’amputé de la jambe droite en-dessous du genou, à l’âge de 18 ans suite à un accident du travail. Après un parcours en triathlon, j’évolue aujourd’hui en trail et plus particulièrement en ultra-trail.

-Dans quelles circonstances as-tu débuté l’ultra-trail ?

Le projet a débuté il y a 3 ans, quand j’ai souhaité basculer du triathlon au trail. L’aspect dépassement de soi, longue distance et mental m’a animé. L’un de mes oncles avait déjà participé à la Diagonale des Fous et au Tor des Géants, de gros ultra-trails. Je trouvais ça fascinant d’être capable de courir pendant autant de kilomètres. Cela m’a inspiré, et m’a donné envie d’accomplir moi aussi ce genre d’exploits.

-Qu’est-ce qui t’as poussé à t’attaquer à cette épreuve mythique de l’UTMB Mont-Blanc ?

J’ai voulu participer à l’UTMB parce que c’est l’UTMB. C’est l’une des épreuves les plus reconnues au monde, si ce n’est la plus reconnue. Les parcours sont sympa. Et quand on est Français et que l’on veut s’attaquer à un ultra mythique, celui-là n’est pas loin de la maison, à 3h30 de Clermont. Les autres monuments de la discipline, que ce soit la Diag’, la Hardrock ou la Western, sont à la Réunion et aux Etats-Unis. Cela nécessite plus de moyens et de déplacement.

Julien Veysseyre à l'UTMB Mont Blanc - Crédit photo Florine Tournier
Julien Veysseyre à l’UTMB Mont Blanc – Crédit photo Florine Tournier

– En quoi a consisté ta préparation et ton entraînement pour cette épreuve mythique ?

La préparation s’est faite depuis trois ans. Cela s’est matérialisé en hiver par environ 15h d’entraînement par semaine. Je ne travaille plus désormais, je me consacre entièrement à mon sport. A l’approche de l’UTMB, on est montés à jusqu’à 35h d’entraînement par semaine. J’ai notamment fait un gros bloc de trois semaines à Tignes, pour stimuler la production de globules rouges.

L’entraînement est composé de course à pied, il y a également pas mal de vélo. Je fais aussi pas mal de renforcement et de proprioception avec un kiné, pour compenser les déséquilibres.

-Quels enseignements avais-tu tiré de ces épreuves préparatoires, notamment la CCC (100km) courue en 2025 ?

C’était important pour moi de réaliser des points de passage, de passer des paliers pour gagner en confiance. Concernant les enseignements, j’avais couru l’an dernier avec une lame adaptée à la route. Je m’étais dit que cette année, je devais trouver une autre solution pour pouvoir disputer cet UTMB. J’ai donc trouvé en avril un pied qui correspondait, et qui m’offrait beaucoup plus de stabilité. Cela m’a permis d’aller au bout de cette aventure, non sans mal, mais j’ai réussi.

Julien Veysseyre à l'UTMB Mont Blanc - Crédit photo Florine Tournier
Julien Veysseyre à l’UTMB Mont Blanc – Crédit photo Florine Tournier

-Quand tu repenses à ces 44 h 16 de course à l’UTMB, quelle est la première image qui te revient ?

Quand je prends mes enfants dans les bras à Courmayeur, à la petite moitié du parcours.
J’étais vraiment à bout, je venais de passer des moments vraiment trés difficiles. J’avais beaucoup de douleurs, j’étais à deux doigts de l’abandon. Je pense que c’est l’image la plus forte de mon UTMB. En deuxième, je citerais forcément l’arrivée. C’était un moment salvateur, libératoire et l’aboutissement de plusieurs années de travail.


– Peux-tu revenir pour nous sur ce moment où tu as été proche d’abandonner ?

J’ai ressenti deux grosses douleurs, une dans la prothèse et sur le releveur, situé au-dessus du pied et qui sert donc à relever le pied. Ces douleurs étaient assez intenses, je ressentais aussi une grosse fatigue car la première nuit a été difficile. Quand je suis arrivé au 80e kilomètre à Courmayeur, je ne voyais pas comment il était possible de continuer la course dans ces conditions-là. S’il t’arrive ce genre de choses dans les 20-30 derniers kilomètres, tu peux faire quelque part le dos rond, et réussir à passer au-dessus de ces douleurs car l’arrivée approche. Mais dans mon cas, ces douleurs sont survenues trés tôt dans la course. Cela me semblait donc impossible d’aller plus loin. J’ai été remobilisé par les enfants et par le staff, et par le fait que derrière il y avait une portion plus courable. J’ai donc réussi à repartir, mais il y a des choses difficilement explicables. Oui cela vient du mental, je suis parvenu à ne pas abandonner et à mettre un pied devant l’autre quand tout était difficile. Cela me paraît quand même invraisemblable d’arriver au 80e kilomètre dans cet état de délabrement total, mécaniquement détruit, et au final de boucler encore 90 kilomètres et d’arriver au bout.

Julien Veysseyre à l'UTMB Mont Blanc - Crédit photo Florine Tournier
Julien Veysseyre à l’UTMB Mont Blanc – Crédit photo Florine Tournier

-Tu as déclaré que tu ne t’attendais pas à ce scénario du tout, qu’il fallait le vivre pour se rendre compte. Qu’est-ce qui a été le plus difficile à tes yeux dans cette course ?

Dans mon cas la première nuit, qui a été difficile à passer. Le format de la course et le dénivelé sont forcément durs. Mon releveur s’est également enflammé trés tôt. Je dirais que ce sont plus des faits de course qui ont rendu l’épreuve difficile, davantage que la course en elle-même. Je n’avais pas réglé certains problèmes liés à la prothèse, je savais que j’allais être embêté d’une manière ou d’une autre. Cet hiver nous allons retravailler avec mon prothétiste, pour trouver des solutions. Il y a eu aussi pas mal de dépense d’énergie en amont, dans tout ce qui est médias. On sait tous que quand tu veux performer, dans mon cas pendant 44h, il faut un maximum de fraîcheur mentale et physique. Le jeu médiatique avant la course n’a pas servi la performance. Au final c’est passé, mais j’essaierai de me préserver un peu mieux à l’avenir.

-Et qu’est-ce qui t’as le plus impressionné positivement dans cet UTMB Mont-Blanc ?

Ce que j’ai adoré, c’est que j’avais cinq guides et un gros staff avec moi (relation presse, agent, créateur de contenus, assistance…), ainsi que mes parents et mes enfants. Je retiens une formidable aventure collective, j’ai vraiment été poussé, notamment à Courmayeur où j’ai failli abandonner. Mon staff a été trés pro, tout le monde a bien rempli son rôle. Je dois vraiment cette réalisation au staff. Honnêtement s’ils n’avaient pas été présents, je n’aurais pas pu aller au bout. Tout compte dans ces moments de grande difficulté, je dois une fière chandelle au staff. Je retiendrai de cet UTMB cette aventure collective et cette énergie.

On s’attache souvent au résultat, mais c’est le fruit de travail et d’émotions partagées. Notre aventure en est une belle démonstration. Cela a été particulièrement chouette de bosser avec mes guides, qui étaient tous des amis. Leur rôle principal était de porter la prothèse, ils sont aussi restés à l’assistance et m’ont encouragé quand ça n’allait pas. Ils ont un rôle vraiment clé dans cette performance.

Julien Veysseyre à l'UTMB Mont Blanc - Crédit photo Florine Tournier
Julien Veysseyre à l’UTMB Mont Blanc – Crédit photo Florine Tournier

-Quelles sont les contraintes imposées par le fait de courir 174 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé positif avec une prothèse ?

Les contraintes principales sont de l’ordre de la stabilité ; il est plus difficile d’évoluer sur des terrains techniques comme on peut les trouver sur un trail, et particulièrement à l’UTMB. Il faut également faire attention aux blessures, il est trés facile de se blesser avec une prothèse. Il y a également la partie descente, qui est trés dure à maîtriser. La prothèse a tendance à s’emballer, il faut compenser avec la jambe valide et cela demande beaucoup d’énergie.

– De quoi es-tu le plus fier aujourd’hui, par rapport à cette aventure et de ton investissement dans ce projet ?

Je suis forcément fier d’avoir franchi la ligne d’arrivée, qui vient récompenser ces années de dur labeur. Je souhaitais véhiculer le message de ne pas se mettre de limites, et que l’on peut réaliser de belles choses après un accident de la vie. Je suis content car avec l’écho médiatique et le fait d’avoir terminé, cela sert mon message qui est diffusé au plus grand nombre. Je suis trés compétiteur et j’aime ça, mais il va falloir du temps pour que je réalise la portée de mon accomplissement sportif. Je suis également trés fier de cette aventure collective et de l’engouement qu’il y a eu autour du projet et de cette performance, sur les réseaux sociaux notamment.

Julien Veysseyre à l'UTMB Mont Blanc - Crédit photo Florine Tournier
Julien Veysseyre à l’UTMB Mont Blanc – Crédit photo Florine Tournier

-Tu es donc désormais le premier athlète amputé tibial à avoir terminé l’UTMB dans les délais. Tu penses que cette première va changer la manière dont est perçu le handicap dans les yeux des organisateurs, du public et des autres sportifs ?

Ce n’est pas moi qui révolutionne le regard que va porter la société et l’ensemble du monde sportif sur la chose. Ce genre de messages réguliers et des performances régulières, comme on peut en avoir aux Jeux, sont bénéfiques. Je suis une personne parmi tant d’autres, et j’appuie ces messages-là.

-Te projettes-tu dés maintenant vers d’autres objectifs sportifs ?

Oui c’est un peu ma particularité, j’ai toujours un coup d’avance sur ce que j’ambitionne. J’ai conscience que cet UTMB aurait pu être un échec. J’anticipe donc toujours, pour être stimulé par de nouveaux projets. Un film qui retrace mon histoire va sortir pendant l’hiver, je vais donc m’activer à en faire la promotion. Sportivement, je pars sur la Diagonale des Fous à la Réunion, faire les 70km de la Mascareignes. J’annoncerai là-bas la suite du projet, qui sera fait d’ultras et qui courra sur 3 ans.


– Quelque chose à ajouter ?

J’espère que mon histoire va inspirer les personnes à se mettre en mouvement, et à aller gravir leur propre Everest !

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Crédits photos ci-dessus : Florine Tournier
Crédits photos ci-dessous : UTMB

Julien Veysseyre à l'UTMB Mont Blanc - Crédit photo UTMB
Julien Veysseyre à l’UTMB Mont Blanc – Crédit photo UTMB
Julien Veysseyre à l'UTMB Mont Blanc - Crédit photo UTMB
Julien Veysseyre à l’UTMB Mont Blanc – Crédit photo UTMB

Nico Arquin

Naviguant dans l'univers des sports extrêmes et sports de glisse depuis 2009, je me passionne pour les riders et les contacts humains. J'aime transmettre de belles histoires, grâce à la magie du contact humain. Merci de nous retrouver sur Ride or Die !