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Entretien avec Wilfried Panatier de Pratikable

Entretien réalisé le 15 février 2026

Vous connaissez probablement le WCMX, le BMX version fauteuil roulant, car on en voit de plus en plus souvent sur les évènements et sur les réseaux. Et bien si ce sport se développe autant, c’est grâce aux actions et aux initiatives de certaines personnes et notamment en France avec l’association Pratikable.
Car oui, on peut faire du freestyle avec un fauteuil à la place d’un vélo. Il y a toujours deux roues principales et un type passionné aux commandes. Le plus connu est incontestablement Wheelz (Aaron Fotheringham), qui passe des doubles back flip en WCMX et c’est surtout l’homme qui a créé et popularisé la pratique du Wheel Chair Moto Cross à travers le monde grâce à ses shows aux X Games et au Nitro Circus en particulier. Le freestyle en fauteuil a même son réseau de compétitions internationales et sa propre fédération aujourd’hui. 
Certains riders ont perdu l’usage d’une jambe, d’un bras ou même la vue suite à un accident ou une maladie mais souhaitent continuer à pratiquer leur passion pour le ride et c’est là que Wilfried et Léo entrent en jeu et trouvent des solutions pour concrétiser le rêve de ces riders en situation de handicap.
L’asso Pratikable existe depuis bientôt dix ans, c’est pourquoi je me suis permis de poser quelques questions au président pour qu’il nous parle de ses projets et du bilan de ces dernières années.

Quelques mots pour te présenter ?
Je m’appelle Wilfried Panatier, président et fondateur de l’association PRATIKABLE, passionné de sport de glisse et militant pour le droit aux sensations pour toutes et tous !

Commençons par l’origine de l’association Pratikable, comment avez-vous eu cette idée, d’où vient ce projet ?
Ce projet est directement lié à mon histoire perso. En 2007, je suis devenu tétraplégique après m’être fait exploser les cervicales dans un accident de surf. Quasiment un an et demi après, à la fin de ma convalescence, j’ai repris des études de communication/infographie et c’est dans le cadre d’un projet d’école que j’ai commencé à m’intéresser à ce qui pouvait exister à la croisée de deux mondes qui me définissaient, celui du handicap et celui des sports à sensations. Et comme un journaliste amateur, j’ai commencé mes recherches à droite à gauche avec comme objectif premier de parler de ces disciplines adaptées réellement engagées que je pouvais dénicher, comme un média, car ça paraissait hallucinant qu’on ne les mette pas plus en avant pour parler d’inclusion et de handicap à la place d’initiatives plus barbantes sur le sujet. PRATIKABLE est donc née comme un média sur lequel je publiais régulièrement des articles sur mon temps libre et quelques années plus tard, pour joindre le geste à la parole et devenir acteur du changement, PRATIKABLE est devenu l’association telle que nous la connaissons en 2016.

Peux-tu nous présenter l’équipe ? Qui fait quoi ?
La base repose tout d’abord sur le binôme indéfectible que je forme avec Léo Bricout, vice -président de PRATIKABLE, avec qui je codéveloppement le moindre projet depuis presque 10 ans, nous nous sommes rencontrés à peu près un an après la création de l’asso. Actuellement nous avons Élise notre secrétaire, qui complète le bureau et Ben qui vient à son tour compléter le conseil d’administration. Depuis quelques mois nous avons aussi des petits jeunes motivés avec qui on travaille pour essayer de re développer certains projets sur le terrain.

Quels sont les projets des années précédentes dont tu es le plus fier ?
Avec le recul, je pense que de façon générale, c’est surtout le fait d’avoir importé un sport en France à travers le WCMX, de le structurer pour pouvoir le développer et lui apporter un socle le plus solide possible qui puisse être les fondations de quelque chose que nous continuons de bâtir tous les jours. Et cela a des répercussions à tellement de niveau que ce soit pour les pratiquants, des infrastructures de loisirs, l’impact de ces pratiques pour parler d’inclusion, de handicap ou encore de mobilité réduite, de militer pour le droit à la sensation, cultiver le dépassement de soi… Et je pourrais continuer comme ça encore longtemps tellement les ramifications de ce que cela implique touche énormément d’aspect sociaux et sociétaux de façon positive, foncièrement valorisante et capacitaire.

Photo de Blake Simpson

Comment ça se passe aujourd’hui concrètement au sein de l’assoce niveau organisation ?
On essaie de créer des groupes de travail pour essayer d’impliquer un maximum de monde qui souhaite donner du temps et de l’énergie pour nos projets. De plus, ça permet que chacun puisse donner du temps là où il a envie de le faire étant donné que nous sommes tous bénévoles. La difficulté est toujours de réussir à fédérer et garder du monde le plus impliquer possible pour que les projets se concrétisent. D’ailleurs on est en perpétuelle recherche de personnes qui souhaitent faire partie d’un projet vraiment cool donc à bon entendeur !

Existe-t-il des actions pour le para-BMX en France à part Pratikable aujourd’hui ?
Dans notre objectif de pouvoir faire évoluer les pratiques de la glisse urbaine adaptée qui regroupe finalement toutes les pratiques que l’on peut retrouver dans les skateparks et pumptracks en les adaptant, si l’occasion se présente de pouvoir développer des choses en lien avec le BMX pourquoi pas. Nous avons déjà croisé à plusieurs reprises des personnes impliquées dans cette communauté de para BMX à l’international mais c’est vrai qu’au sein de PRATIKABLE pour l’instant, le sujet ne s’est pas concrétisé même si, bien évidemment, demain nous sommes en capacité de pouvoir faire des choses autour de cette pratique de façon qualitative, nous le ferons.

Quelques mots sur le WCMX ? Quelle est son évolution en France ?
Ces dernières années les choses ont pas mal évolué notamment avec le concours de la Fédération Française Handisport de qui l’association est affiliée depuis 2023. Autant sur le terrain, nous n’avons pas pu être présents autant que l’on aurait voulu, mais nous avons beaucoup travaillé dans l’ombre pour continuer de structurer la pratique pour mieux la développer sur le territoire. C’est pour cela que depuis environ un an, on peut prendre une licence WCMX à la FFH car celle-ci est reconnue comme une pratique à part entière maintenant au même titre que l’on peut prendre une licence tennis ou foot. Ce qui a constitué une grande avancée dans la représentation de la pratique sur le territoire. Et le grand chantier actuel c’est que nous sommes en train de développer une ingénierie de formation pour pouvoir devenir à l’avenir « Accompagnateur glisse urbaine » pour les clubs et les comités qui souhaitent encadrer ce type de pratique à l’avenir. Cette formation va se déployer pour la première fois sur le territoire au mois de septembre 2026. Ce qui m’est une formidable occasion de pouvoir essaimer la pratique en région.

J’ai vu passer le formidable projet de wheelpark avec Toyota l’été dernier. Comment avez-vous été impliqué dans ce projet ?
Je pense que le projet duquel on a été à l’initiative et qui est devenu une histoire incroyable, c’est celle du Toyota Wheel Park. Les prémices remontent à il y a quelques années, justement Ben, dont je parlais précédemment, est rentré à l’époque en contact avec nous à travers sa société de marketing de marque pour le compte de Toyota France. Nous étions déjà pas mal identifiés comme des spécialistes de la glisse urbaine adaptée (c’est encore plus le cas maintenant) et Toyota France avait comme projet de réaliser un skatepark inclusif sur Paris. C’était la première fois qu’on avait à faire à des grandes entités comme Toyota qui faisait appel à nous pour notre expertise. Et après de longs mois d’échanges, de réunions et de travail, vu les budgets et les objectifs, le projet a évolué sur nos conseils d’un skatepark en dur sédentaire vers un skatepark modulaire et transportable en vue de réaliser une tournée française de plusieurs dates en marge des J.O.P de Paris 2024. Au final, le Toyota Wheel Park, c’est 2 tournées en 2024 puis 2025 pour la tournée Héritage, le tout sur une trentaine de dates dans toute la France avec des moments exceptionnels riches en partage qui nous a rassemblé toutes et tous autour d’une même passion. Ce skatepark est une première mondiale qui a permis de vivre des moments incroyables ou les notions de handicap et de mobilité réduite s’effacent pour laisser place à de la pratique, à la découverte et au partage.

photo Ellarides

Selon toi, quelle part de riders en situation de handicap existe en France ?
Difficile à dire comme ça dans la mesure ou encore pour beaucoup, la pratique reste parfois marginale et quasi inconnu du grand public. Parfois c’est presque des sports de niche dans un sport de niche donc des microcosmes pas du tout médiatisés ou mis en avant. C’est pour cela qu’on travaille beaucoup en amont pour structurer le WCMX, développer le nombre de licenciés auprès de la FFH et après plus facilement pouvoir être crédible chiffre à l’appui pour convaincre des collectivités, des institutions ou des financiers potentiels. Ce qui est dingue dans ce milieu c’est qu’en France, on a des athlètes fabuleux, quasiment personne ne le sait mais on a des athlètes en situation de handicap qui ont participé aux X Games d’hiver (dont un médaillé d’or), on a toujours été super performant en wakeboard assis, le para skate était représenté lors de la Street League de Paris entre autres. Les choses vont dans le bon sens mais forcément ça prend du temps pour que la société et les infrastructures se mettent aussi à la page pour pouvoir accueillir toujours plus de riders en situation de handicap et à mobilité réduite. Et puis quand on parle de handicap, ça veut tout dire et rien dire tellement le spectre est super large. Dans ce cas-là, il vaut mieux réfléchir en capacité et incapacité et voir en face les moyens de compensation qui peuvent être mis en place, un sujet passionnant mais on peut en parler toute la journée.

Qu’est-ce qui est fait pour ces personnes pour qu’elles continuent à exercer leur passion ?
Avec Léo c’est des sujets qui nous passionnent et pour lesquels on a à cœur de trouver des solutions. C’est dans cet objectif qu’en 2024 on a créé notre société MOBIL’iKi avec notamment un domaine dans lequel nous sommes précurseurs, accompagner les collectivités et les fabricants pour rendre les infrastructures de loisirs urbains (skatepark et pumptrack) plus inclusif à la pratique à mobilité réduite. La question plus générale c’est de se dire, comment on peut réfléchir autour de notions telles que la conception universelle pour maximiser la participation sociale et toujours plus rassemblés autour des sports et des loisirs, quel que soit son niveau de contrainte. À partir du moment où l’on essaie de voir les choses sous cet angle, on arrive à trouver des solutions bien souvent qui réussissent à contenter tout le monde, tant que c’est fait en bonne intelligence et avec les parties prenantes. Mais là aussi c’est encore une question presque philosophique, derrière c’est quel est le modèle de société vers lequel on veut tendre, je reste convaincu que voir les choses sous un angle universel permet de rester ouvert d’esprit.

Le WCMX au FISE ou aux X-Games, c’est pour quand selon toi ?
Le FISE, ça devait se faire il y a quelques années mais c’est resté un rendez-vous manqué, pour les X Games, il y avait des disciplines para sportives qui ont été arrêtées mais peut-être ce n’est que parties remises. Après, là aussi on a beaucoup travaillé sur ce sujet, le haut niveau c’est une chose qui permet de tirer vers le haut et de mettre un phare sur une discipline mais c’est une infime partie de ce que représente la pratique. Nous, l’essentiel de ce que l’on fait, cela reste de l’initiation et de la découverte pour le plus grand nombre. On travaille toute l’année pour des néo pratiquants et aussi auprès du grand public. Le haut niveau reste important mais ce n’est pas l’essentiel dans l’objectif de développement d’une pratique et pour que tout cela se pérennise à long terme. Mais avec PRATIKABLE on reste conscient que ce sont des opportunités. En septembre 2024, pour la première fois nous avons emmené un rider français (Djet1) à Bulle en Suisse pour une étape des World WCMX Series (équivalent d’une coupe du monde), et il a fini sixième pour sa première participation.

Quels sont les projets à moyen et long terme pour Pratikable ?
Une année chargée puisque cette année nous fêtons les 10 ans de l’association, avec en préparation dans les tuyaux un événement d’envergure (on espère) à l’horizon du mois d’octobre sur Bordeaux (berceau historique de l’association). Comme évoqué précédemment on a toute la partie formation « Accompagnateur glisse urbaine » qui est en train de se développer et avec toujours l’objectif de faire évoluer la pratique. Nous continuons à essayer de développer au maximum des ateliers découvertes en fonction des événements et des opportunités. À long terme, le champ des possibles reste ouvert, en gardant en ligne de mire la réalisation de projets en faveur des pratiques et des pratiquants. On part du principe que tant que les choses sont en accord avec nos valeurs et notre vision, alors c’est possible.

De quoi avez-vous besoin aujourd’hui pour évoluer ?
Comme souvent, le nerf de la guerre reste les financements et les moyens humains. Et nous avons besoin des deux. Mais au-delà de simples subventions, on a à cœur de réaliser de réels partenariats avec les entités qui souhaitent nous soutenir. Car derrière, l’impact et la valeur ajoutée est énorme et on veut pouvoir montrer à quel point cela fait bouger les lignes et instaure un réel changement de paradigme autour de l’inclusion et du handicap grâce aux sensations. Donc la moindre aide à ce niveau-là sera la bienvenue à titre d’exemple, chaque année nous devons trouver 12 000 € rien que pour pallier à nos charges fixes. Et avec ça on n’a pas commencé à développer des projets. Donc après c’est une histoire de palier, en fonction des parties prenantes, on peut déployer tel ou tel projet en espérant pouvoir en faire le maximum. Et bien évidemment chaque bénévole qui voudra s’impliquer permettra aussi de pouvoir encadrer, former et accompagner toujours plus de personnes et faire un effet boule de neige.

Comment peut-on vous aider ?
Parler de PRATIKABLE est déjà un super début, le plus compliqué et de faire au quotidien de la pédagogie pour expliquer et montrer à quel point ce projet associatif a de l’importance et de l’impact. Ensuite pour tous ceux qui veulent nous soutenir à leur niveau ils peuvent le faire ici : https://www.helloasso.com/associations/pratikable/formulaires/1
Et enfin, pour toutes celles et ceux qui souhaitent discuter, échanger et retrouver notre communauté sur Discord pour avoir des infos pratiques et répondre à leurs interrogations, c’est par ici : https://discord.gg/7vYxkwXW

Qui veux-tu remercier ?
Tout d’abord une dédicace à mon ami et binôme de toujours Léo sans qui toute cette aventure n’aurait été possible. On a tellement philosophé pendant des heures et des heures sur tous les sujets gravitant autour de PRATIKABLE que l’on a pu créer un concept et quelque chose d’unique en son genre pour lequel on vient régulièrement nous chercher. Bien sûr, toutes celles et ceux qui continuent à nous soutenir, qui croient foncièrement à ce superbe projet associatif et aux futurs arrivants !

Un dernier mot, un message à faire passer ?
Je terminerai par notre slogan qui résume assez bien l’état d’esprit PRATIKABLE : Ride as you are !

Plus d’infos sur Pratikable sur ce lien : www.pratikable.com

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Manu Massabova

BMX Pro Rider depuis 1986. Rédacteur spécialisé dans les sports extrêmes depuis 1999.