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Isabeau Courdurier : « Tu peux être maman et continuer à performer » (Interview)


Référence du VTT Enduro, Isabeau Courdurier compte de nombreuses victoires en Coupe du monde et un titre de championne du monde obtenu en 2024. Un formidable palmarès, et un second chapitre de sa vie débuté en 2026. La VTTiste de 31 ans avait en effet mis sa carrière entre parenthèses pour devenir maman. De retour aux affaires, la Française a notamment pris part à l’étape UCI World Cup de Morillon, en août dernier. Isabeau Courdurier regoûte aujourd’hui pleinement aux plaisirs du vélo et des compétitions. Avec une nouvelle manière de voir les choses…
Isabeau Courdurier s’est confiée en interview à Ride or Die !

-Isabeau, pourrais-tu te présenter en quelques phrases à nos lecteurs ?

Je m’appelle Isabeau, je suis passionnée de VTT Enduro. J’ai la chance de faire ce beau métier ! Au-delà de ça, je suis jeune maman.

-En 2025, tu as choisi de mettre ta carrière entre parenthèses pour fonder une famille. Comment cette décision a-t-elle mûri en toi ? S’est-elle imposée naturellement ou a-t-elle demandé une réflexion ?

J’avais toujours eu cette volonté là. C’est un plan qui a mûri à partir de 2021. L’idée était de consacrer encore quelques années au haut niveau, puis de faire une pause pour essayer d’avoir un bébé, avec toujours en tête l’idée de reprendre ensuite. C’est quelque chose qui s’est construit au fil des années, mais il y a toujours eu une volonté de devenir mère.

J’ai dû me rédéfinir en dehors de la compétition – Isabeau Courdurier

-Quel a été le plus grand défi à relever durant ton absence des paddocks ?

Je dirais que mon plus grand défi a eu lieu juste avant déjà (sourire). En 2024 l’Enduro est passé sous pavillon UCI, avec un maillot de champion du monde, le maillot arc-en-ciel. Concrètement, j’avais une chance de réaliser le challenge avant de faire cette pause maternité. C’était donc le grand défi d’avant le break ! Si on doit parler de la période où j’étais absente des paddocks, le plus grand challenge s’est porté au niveau de l’identité. Savoir qui j’étais, si je restais Isabeau l’athlète… J’ai dû me rédéfinir en dehors de la compétition. Quand ça rythme ta vie depuis des années, tout mettre en pause a été assez difficile à gérer. Cela m’a cependant permis d’ouvrir les yeux sur pas mal de choses. Je me suis rendue compte que je n’existais pas juste au travers d’un résultat. Je me suis reconnectée à ma passion, en faisant du vélo vraiment pour le plaisir, sans grands objectifs. Je faisais de toutes petites balades en étant enceinte, parfois juste quelques kilomètres. J’ai retrouvé ce plaisir que j’avais pu avoir en étant enfant, et en débutant le vélo.

Isabeau Courdurier lors de la World Cup de Morillon – Crédit photo Rick Schubert

– Comment t’es-tu préparée à ce retour à la compétition ?

Je me suis beaucoup posée beaucoup de questions, sur le fait de savoir si j’avais encore ma place, si c’était possible, comment cela allait être perçu…
La question de la discipline est aussi arrivée. J’ai fait le choix de m’engager en descente, où j’avais zéro palmarès et où je n’étais personne, pour ma reprise après le bébé. Participer à une Coupe du monde était un trés gros challenge, je ne m’étais fixée aucune attente.

-Quand tu t’es retrouvée de nouveau au départ d’une course, quel sentiment a dominé ?

Lorsque tu te retrouves au départ d’une Coupe du monde de DH, 7 mois après l’accouchement, le premier sentiment est : « qu’est-ce que je fous là ? » (rires).
Le sentiment qui a tout de suite pris le relais a été beaucoup de fierté. C’est encore finalement peu fréquent de revenir au sport après une grossesse, dans une discipline qui engage comme la descente ou l’enduro.

Isabeau Courdurier lors de la World Cup de Morillon – Crédit photo Rick Schubert

Un nouveau chapitre s’ouvre, complètement différent – Isabeau Courdurier

-Avant ta pause, tu étais la championne du monde en titre et l’une des références de l’enduro. À ton retour, as-tu eu le sentiment de reprendre le fil de ton ancienne carrière ou d’en commencer une nouvelle ?

Je parle toujours du fait que ma carrière est constituée de deux chapitres. Il y a le premier chapitre, axé sur la performance et le trés trés haut niveau. Tu dédies toute ta vie à ça. Aujourd’hui, un nouveau chapitre s’ouvre, complètement différent. Il est tout aussi beau mais pas axé sur les mêmes choses.
Certaines athlètes prennent le parti de vouloir reprendre exactement de la même façon, et d’être focus sur les performances et les compétitions.
Moi ce n’est pas mon cas, mon choix est d’amener le bébé de partout, sur toutes les compétitions et de m’occuper de lui le plus possible. Je vois cela comme un nouveau chapitre, avec une aventure familiale. Je dis toujours que je suis maman le matin, puis je mets la casquette de raceuse, je fais ma course, et je redeviens maman de retour au paddock. C’est comme si j’étais deux personnes en même temps, chacune avec son temps et sa place dans la journée.


-Ton rapport à la performance et tes exigences ont-t-il d’ailleurs changés depuis que tu es devenue maman ?

Cela a été un gros travail d’accepter, dans un premier temps, que ton rapport à la performance change. Quand cela fait des années que tu te dédies à ton sport, nuit et jour, c’est un peu difficile de se dire : « aujourd’hui, je ne vais pas m’entraîner« . Dans un quotidien de maman, ce genre de journée se produit assez souvent…
J’ai mis du temps avant de le comprendre, mais aujourd’hui j’accepte pleinement que mon rapport à la performance ait évolué. Le challenge est complètement différent. Que ce soit sur de l’enduro ou de la descente, j’apprends à performer avec une responsabilité monstrueuse, qui est celle d’être parent. Il y a également toute une logistique qui se met en place avec le fait d’être maman, et qui change ce rapport à la performance.

Isabeau Courdurier lors de la World Cup de Morillon – Crédit photo Rick Schubert


-Le fait de devenir maman a-t-il justement modifié ton rapport au risque et à l’engagement lorsque tu roules à haute vitesse ?

Cela n’a pas changé beaucoup de choses à ce niveau. Par contre, je ne fais plus rien « à vue ». Auparavant, je me serais engagée dans un passage technique sans forcément le voir avant. Dorénavant, je prends toujours le temps de reconnaître, et de ne pas me lancer à l’aveugle. Je dirais donc que c’est plutôt mon rapport au risque inutile qui a changé.

-Comment parviens-tu aujourd’hui à concilier les exigences du sport de haut niveau avec ta nouvelle vie de famille ?

C’est beaucoup de logistique et d’organisation, il faut un gros support. J’ai la chance d’avoir Cédric, mon mari, à mes côtés et ma mère qui est trés présente pour me soutenir. Elle vient en effet sur les compétitions avec nous. Le deuxième impératif, c’est d’être trés flexible, par rapport aux horaires d’entraînement notamment. J’ai trouvé une coach, Cécile Ravanel, qui a énormément gagné en enduro. Elle m’apporte beaucoup en termes de gestion, d’organisation, de flexibilité, qui sont nécessaires à un projet comme le mien.

Isabeau Courdurier lors de la World Cup de Morillon – Crédit photo Rick Schubert

-Où en es-tu aujourd’hui dans tes sensations de pilote ?

Je dirais que je suis revenue à 90% de mes sensations et de mes capacités ; les 10% restants reviendront une fois que j’aurai passé plus de temps sur le vélo. Si tu cumules grossesse et les mois post-partum, cela fait quasiment un an et demi de pause de vélo et de vitesse. Avant de vraiment envoyer sur le vélo, cela prend donc du temps pour remettre les choses en place. Surtout quand tu vas chercher l’excellence et l’engagement !

Pour mon retour, mon approche a été de ne pas me mettre d’attentes – Isabeau Courdurier



-Dans une interview à Vojomag en mars 2026, tu expliquais que tu revenais dans la peau d’une « outsider ». Quelques mois plus tard, tu es toujours dans le même état d’esprit ?

Sur la partie descente, clairement oui, il faut que les choses se construisent. Sur la partie enduro, oui également car j’ai refait ma première Coupe du monde le week-end dernier. C’est encore frais !
En enduro, j’ai plus vite retrouvé mes automatismes et mon rythme. Mon approche a été de ne pas me mettre d’attentes, de me dire : « j’y vais et je fais ce que j’ai à faire ».

Isabeau Courdurier – Crédit photo Collective Agency

-Cette reprise t’a-t-elle confrontée à des difficultés propres aux sportives devenues mères ? Et si oui, lesquelles ?

Je me suis confrontée à une grosse difficulté quand je suis revenue en enduro, ça a été la pression que je me suis mise sur les épaules. J’avais beau revenir en ne voulant pas me mettre la pression, au final cela a été plus fort que moi. Notamment par rapport à mon statut… Il a fallu gérer cela, ça a été mon plus gros challenge de la reprise.

Dans l’esprit des gens, carrière sportive et bébé ne sont pas forcément comptaibles – Isabeau Courdurier

-À travers ton retour, as-tu le sentiment de contribuer à faire évoluer le regard porté sur la maternité dans le sport de haut niveau ?

Je ne sais pas si je contribue à le faire évoluer, mais j’espère. Il y a encore du travail à ce niveau-là. Je prends l’exemple du moment où j’ai annoncé que je souhaitais fonder une famille. On m’a tout de suite souhaité bonne retraite, alors que je n’avais pas spécialement prononcé ce mot (sourire). Je pense que cela montre bien que dans l’esprit des gens, carrière sportive et bébé ne sont pas forcément compatibles.
Si je peux, à ma petite échelle, faire évoluer les mentalités notamment auprès des plus jeunes, c’est super.


Isabeau Courdurier à Morillon – Crédit photo Rick Schubert

-Tu as choisi d’explorer davantage la descente en compétition, en plus de poursuivre l’enduro. Qu’est-ce que chacune de ces disciplines t’apporte aujourd’hui ?

La descente m’a vraiment appris à me challenger et à sortir de ma zone de confort. A la base, la discipline est déjà challengeante, mais quand tu viens d’être jeune maman, on est encore sur un « step » d’un autre niveau !
Cela m’a poussé à faire la part des choses, à y aller et à me faire confiance.
Concernant l’enduro, cette discipline me permet de me prouver à moi-même qu’aujourd »hui, tu peux être maman et continuer à performer sur tes acquis.
Je trouve que cela est hyper intéressant.
Dans les deux cas, cela m’apporte beaucoup.

-Qu’aimerais-tu que ce nouveau chapitre de ta carrière te réserve ?

Du partage ! Dans ma première partie de ma carrière, j’étais assez seule. Désormais j’espère partager lors des évènements, et mettre le plus de monde possible sur un vélo, notamment les femmes. J’organise d’ailleurs un évènement aux 2 Alpes pour les femmes, au mois de juillet 2027.

-Quels objectifs sportifs t’es-tu fixés ?

A trés court terme, le championnat du Monde d’enduro, en octobre en Italie.
A moyen terme, le championnat du Monde d’enduro qui aura lieu en septembre 2027 au Mont-Blanc.
Il aura une saveur vraiment trés spéciale !

A long terme, je ne sais pas trop ce que l’avenir me réserve, mais j’imagine que ce sera toujours des défis sur un vélo !


– Quelque chose à ajouter à cette interview ?

Je pense aux plus petites, qui découvrent ou vont découvrir le vélo. Je ne pensais pas être professionnelle et pourtant je le suis, et j’ai construit une carrière sportive. Je voudrais dire aux jeunes qu’il n’y a vraiment pas de limites à ce que l’on peut faire !

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Crédits photos : Rick Schubert et Collective Agency

Isabeau Courdurier – Crédit Collective Agency

Nico Arquin

Naviguant dans l'univers des sports extrêmes et sports de glisse depuis 2009, je me passionne pour les riders et les contacts humains. J'aime transmettre de belles histoires, grâce à la magie du contact humain. Merci de nous retrouver sur Ride or Die !