Articles

Notre top 10 des aventuriers contemporains

Ils ont traversé des océans à la rame, marché pendant des mois ou affronté les environnements les plus hostiles de la planète. Voici le top 10 des aventuriers contemporains proposé par la rédaction de Ride or Die ! Pour établir ce classement, nous avons surtout retenu trois critères : la polyvalence des missions, leur récurrence et l’impact laissé par ces expéditions.

Mentions spéciales

Ils auraient pu figurer dans ce classement, mais pour des raisons différentes, ces quatre-là restent à la porte du top 10. En revanche, leur absence ne signifie pas que leurs exploits sont moins impressionnants.

Tout d’abord, Reinhold Messner. L’Italien est le premier homme à avoir gravi les quatorze sommets de plus de 8 000 mètres, tous situés dans les chaînes de l’Himalaya et du Karakoram (entre le Népal, la Chine, l’Inde et le Pakistan), exploit accompli en 1986. Il réalise ces ascensions sans oxygène supplémentaire et multiplie les premières en haute montagne. Son œuvre est immense, mais elle reste avant tout celle d’un alpiniste.

Karl Bushby, lui, est l’homme d’un projet tellement démesuré qu’il pourrait presque justifier à lui seul une carrière entière. Depuis 1998, il poursuit son projet Goliath, une circumnavigation pédestre du monde qu’il a réalisée sans utiliser de moyen de transport et sans rentrer chez lui avant l’arrivée. Son expédition a pris fin mardi 6 octobre 2026, près de trois décennies après son départ et 58 000 km de marche. Son ampleur est hors norme, mais elle pose une limite évidente au regard de nos critères : pour entrer dans ce classement, il faut aussi démontrer une capacité à multiplier les missions et les terrains de jeu.

Enfin, Jason Lewis aussi a lui aussi consacré treize années de sa vie à un seul projet d’envergure, et pas des moindres : Expédition 360. Parti de Greenwich (Royaume-Uni) le 12 juillet 1994, le Britannique boucle  la première circumnavigation individuelle du globe réalisée sans assistance motorisée ni voile, le 6 octobre 2007. Au total, il parcourt environ 74 800 km à pied, à vélo, en rollers, en kayak, à la nage, à la rame et à bord de son bateau à pédales : Moksha.

10 — Levison Wood

Entre 2013 et 2017, il marche sur toute la longueur du Nil, soit environ 6 800 km, avant de traverser l’Himalaya à pied puis de parcourir l’Amérique centrale, dont le Darién Gap, une immense zone marécageuse située entre la Colombie et le Panama. Il poursuit avec d’autres expéditions dans la péninsule Arabique, le Caucase et auprès de populations et d’espèces menacées.

Son influence dépasse largement les kilomètres parcourus. Ses expéditions ont donné naissance à plusieurs séries télévisées internationales et à onze best-sellers. Levison Wood combine ainsi exploration et narration. Sa capacité à retourner régulièrement sur le terrain en racontant ses voyages lui donne une vraie stature d’explorateur contemporain.

9 — Matthieu Tordeur

Matthieu Tordeur a trouvé une manière plutôt radicale de découvrir l’Antarctique : partir seul vers le pôle Sud, sans assistance ni ravitaillement. En 2018-2019, il parcourt environ 1 150 km en 51 jours, à ski, tout en tirant derrière lui son matériel et ses vivres. Il devient le premier Français à atteindre le pôle Sud en solitaire, sans assistance ni ravitaillement. Mais son parcours ne se résume pas à cette expédition polaire. L’aventurier multiplie les projets à vélo, à la voile, dans les déserts et sur les terrains polaires, auxquels il associe régulièrement une dimension scientifique ou écologique.

C’est justement cette capacité à passer de l’expédition sportive à la transmission qui rend son profil particulièrement intéressant. Sa carrière reste toutefois encore jeune à l’échelle d’une vie d’aventurier, avec un volume d’expéditions majeures qui continue d’augmenter.

8 — Loury Lag

Désert, glace, jungle, océan. L’aventurier français semble avoir décidé que tant qu’à partir, autant varier les plaisirs. Son parcours comprend notamment des expéditions en Amazonie, une traversée autonome du Sahara marocain et une traversée du Vatnajökull, une calotte glaciaire au sud-est de l’Islande. Il développe également des aventures nautiques et des projets mêlant exploration et survie.

Le projet Résilience ajoute une dimension particulière à son parcours : pendant deux ans, Loury Lag accompagne Martin Petit, une personne en situation de handicap, dans des environnements extrêmes afin d’interroger les limites physiques et mentales. Cette diversité fait de lui l’un des profils les plus représentatifs de la nouvelle génération d’aventuriers français.

7 — Colin Angus

Entre 2004 et 2006, le Canadien réalise, avec Julie Wafaei (devenue Angus après leur mariage en 2007), une circumnavigation à propulsion humaine de 43 000 km en 720 jours. Leur itinéraire combine rame sur les océans Pacifique et Atlantique, vélo et marche à travers seize pays, dont une traversée de la Sibérie en hiver.

Colin Angus ne s’arrête toutefois pas à ce tour du monde. Il poursuit avec plusieurs aventures fluviales et nautiques, notamment sur le Ienisseï (Russie) et l’Amazone (Amérique du Sud), tout en développant une activité d’auteur et de documentariste. Son parcours coche donc plusieurs cases essentielles : autonomie, endurance, variété des moyens de déplacement et répétition des expéditions. Son envie de repousser les limites humaines lui offre la septième place.

6 — Renata Chlumska

Seule femme de ce classement, la Suédoise devient d’abord la première femme suédoise et tchèque à atteindre le sommet de l’Everest (8 848 m). Mais c’est son expédition autour des États-Unis qui résume le mieux son approche : entre 2005 et 2006, elle fait le tour des 48 États contigus américains en combinant kayak, vélo et marche. L’aventure dure 439 jours et représente plus de 18 000 kilomètres parcourus à la seule force humaine.

Elle complète ensuite son parcours avec les Seven Summits (les sept sommets), c’est-à-dire les points culminants de chaque continent, qu’elle achève en 2014. Renata Chlumska ne se définit pas par une seule spécialité : montagne, eau, vélo, marche et autonomie se retrouvent dans son parcours, avec une continuité au fil des années.

5 — Jean-Louis Étienne

Médecin, explorateur et scientifique, le Français construit depuis plusieurs décennies une carrière autour d’expéditions aussi nombreuses que variées. Après des expéditions en Himalaya, en Patagonie (sud de l’Argentine et du Chili) et au Groenland, il réalise en 1986 sa première grande aventure personnelle : il devient le premier homme à atteindre le pôle Nord en solitaire (avec assistance), en tirant son traîneau pendant 63 jours.

Deux ans plus tard, il traverse le Groenland du sud au nord. Puis, entre 1989 et 1990, il est co-leader de Transantarctica, une expédition internationale qui traverse l’Antarctique en traîneaux à chiens sur 6 300 km en sept mois. Il poursuit ensuite avec des expéditions au volcan Erebus (Antarctique) et plusieurs missions scientifiques dans les régions polaires.

Son aventure prend progressivement une dimension scientifique et environnementale. En 2002, il dérive pendant plusieurs mois sur la banquise arctique à bord du Polar Observer pour étudier le réchauffement climatique. En 2005, il dirige une expédition scientifique sur l’île de Clipperton afin d’établir un inventaire de sa biodiversité. En 2010, il réussit enfin la première traversée de l’océan Arctique en ballon. Même si son nombre de missions est moins impressionnant que son compatriote Loury Lag, Jean-Louis Étienne a eu un impact gigantesque sur la recherche scientifique.

4 — Erden Eruç

Erden Eruç est probablement le nom de ce classement que le grand public connaît le moins. Entre 2007 et 2012, il réalise la première circumnavigation en solitaire à la seule force humaine, parcourant 66 299 km en combinant rame, kayak, vélo et marche. Son expédition dure cinq ans, onze jours, douze heures et vingt-deux minutes. Guinness World Records reconnaît officiellement cette performance comme la première circumnavigation solo du globe à propulsion humaine.

Cette aventure n’est pourtant pas son seul fait d’armes. Erden Eruç devient notamment le premier homme à ramer seul de l’Australie jusqu’à l’Afrique continentale à travers l’océan Indien et établit plusieurs autres records liés à la propulsion humaine. Son parcours compte également des milliers de kilomètres parcourus à la rame sur les océans. Il représente une forme d’aventure poussée jusqu’à l’autonomie absolue. La durée, la difficulté et le caractère pionnier de ses expéditions lui donnent une place de choix dans ce top 10.

3 — Børge Ousland

En 1994, le Norvégien devient le premier homme à rejoindre le pôle Nord depuis la terre, seul et sans assistance extérieure, après 52 jours à ski depuis l’archipel de Severnaya Zemlya (au nord de la Sibérie). Trois ans plus tard, il réalise un autre exploit historique avec la première traversée en solitaire et sans assistance de l’Antarctique : 2 999 km à ski.

Ces deux aventures suffiraient déjà à remplir une carrière. Børge Ousland continue pourtant à multiplier les expéditions polaires pendant plusieurs décennies. En 2019-2020, il traverse notamment l’océan Arctique en hiver, sur une banquise en perpétuel mouvement et dans l’obscurité polaire.

Ses expéditions donnent également lieu à des observations sur l’évolution des régions polaires et à un important travail de sensibilisation. Cette combinaison de prouesses pionnières, de longévité et d’expertise des environnements polaires résume parfaitement la place de Børge Ousland sur le podium. Jean-Louis Étienne considère d’ailleurs qu’il est « le plus authentique des aventuriers de l’extrême », en ajoutant que, sans lui, « Mike Horn ne serait certainement pas revenu vivant de son expédition au pôle Nord. »

2 — Ranulph Fiennes

Depuis ses premières grandes expéditions jusqu’à ses aventures à un âge où beaucoup se contenteraient d’une retraite paisible, le Britannique a accumulé plus de trente expéditions dans certaines des régions les plus difficiles du globe.

La plus emblématique reste la Transglobe Expedition, menée de 1979 à 1982 avec Charles Burton. Leur objectif est simple à énoncer et beaucoup moins à réaliser : effectuer la première circumnavigation longitudinale de la Terre en passant par les deux pôles et en utilisant des moyens de transport de surface. L’expédition parcourt plus de 83 000 km et devient l’une des grandes explorations du XXe siècle.

Ranulph Fiennes ne s’arrête évidemment pas là. Son parcours l’emmène dans les régions polaires, sur l’Everest et au cœur de nombreuses expéditions de longue durée. Il continue même à repousser ses limites physiques bien après avoir acquis le statut de légende : en 2009, à 65 ans, il devient notamment le plus vieil homme à atteindre le sommet de l’Everest à l’époque. Depuis 2013, ce record est détenu par l’alpiniste Yūichirō Miura, arrivé au sommet à l’âge de 80 ans.

Cette longévité exceptionnelle, ajoutée à un volume d’expéditions difficilement comparable, fait de Ranulph Fiennes l’une des figures les plus complètes de l’exploration moderne.

1 — Mike Horn

Vous l’attendiez, comment penser à l’exploration contemporaine sans que le nom de Mike Horn ne soit évoqué ! Depuis près de trente ans, le Sud-Africain d’adoption suisse accumule les expéditions sensationnelles.

En 1997, Mike Horn traverse l’Amérique du Sud avant de descendre les quelque 7 000 km de l’Amazone en hydrospeed. Deux ans plus tard, il entreprend le tour du monde en suivant l’équateur, sans transport motorisé. Pendant 18 mois et environ 40 000 km, il alterne marche, vélo, kayak et navigation. Puis vient Arktos, une circumnavigation du cercle arctique de 20 000 km réalisée en deux ans et trois mois, toujours sans moyen de transport motorisé.

Son parcours ne s’arrête pas avec ces premières grandes aventures. Mike Horn poursuit avec des expéditions jusqu’à traverser l’océan Arctique pendant l’hiver 2019-2020. C’est cette capacité à changer complètement de terrain, de discipline et de type de difficulté qui fait la différence. Horn ne s’est jamais construit autour d’un exploit signature : il a fait de l’aventure multidisciplinaire sa spécialité. Sur près de trois décennies, il a accumulé les expéditions, repoussé les limites dans des environnements radicalement différents et contribué à populariser une certaine idée de l’aventurier moderne. Une première place amplement méritée !

Ce classement n’est pas une science exacte car il est très difficile de comparer chaque exploit. L’aventure, ce n’est pas seulement parcourir des milliers de kilomètres, c’est aussi repousser ses propres limites, sortir de sa zone de confort. Il ne vous reste plus qu’à trouver votre prochain défi !

À lire aussi : Les riders et leurs peurs, Partie 1 : Interview de Marine Hunter, l’audace face aux vagues

À lire aussi : Les riders et leurs peurs, Partie 2 : Témoignage de Cindy Laplace, préparateur mental