Gulf Kitesurfing Paradise : L’histoire d’une communauté née d’un drame
Fondateur de Gulf Kitesurfing Paradise (GKP), Dimitri Pasquazzo a décidé de créer, suite à un malheureux drame, la première structure IKO au Bahreïn. Une école de kitesurf destinée à encadrer, structurer et sécuriser la pratique. Gulf Kitesurfing Paradise s’est depuis développée en Arabie Saoudite, à Oman et au Qatar. Une belle manière de propager « la bonne parole », à savoir la passion du kitesurf !
Découvrez notre interview Ride or Die de Dimitri Pasquazzo, gérant de Gulf Kitesurfing Paradise…
-Dimitri, pourriez-vous vous présenter en quelques phrases à nos lecteurs ? Quel est votre parcours ?
Je suis ingénieur électronique de formation, spécialisé en IoT, diplômé de L’Institut Gramme (Liège en Belgique) puis d’un MBA à la Solvay Business School à Bruxelles. J’ai commencé ma carrière chez Siemens à Paris avant de partir m’installer dans le Golfe il y a une quinzaine d’années. Depuis, j’accompagne des entreprises technologiques étrangères dans leur implantation dans la région. Le kitesurf, le parapente et le paramotoring sont venus s’ajouter à cette vie professionnelle, comme une passion qui a fini par devenir un véritable second métier avec Gulf Kitesurfing Paradise.
-Comment est née l’idée de créer la première structure IKO au Bahreïn ? Quels besoins aviez-vous identifiés sur place ?
L’idée n’est pas née d’un plan marketing, mais d’un drame. Mohannan Aldosari, l’un des rares instructeurs présents sur place, est décédé dans un accident de watersport. Du jour au lendemain, le Bahreïn s’est retrouvé sans aucun instructeur qualifié. Or la pratique, elle, continuait : de plus en plus de débutants se lançaient sur l’eau sans encadrement réel. On a vu monter le nombre de blessés, avec des riders qui finissaient emmêlés dans les filets métalliques des pêcheurs sur le spot de Nurana. Il fallait structurer tout ça, et vite.
-Dans quel état se trouvait le kitesurf local lorsque vous êtes arrivé ?
Un sport en pleine expansion mais sans aucun cadre. Pas de vraie école, pas de norme de sécurité partagée, un unique spot très fréquenté (Nurana) où se mélangeaient débutants livrés à eux-mêmes et riders confirmés, avec les filets de pêche comme obstacle omniprésent. C’était le terrain parfait pour l’accident.

-Le développement d’une formation locale semblait en effet répondre à un véritable enjeu de sécurité. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Suite à l’accident de Mohannan, les autorités locales ont interdit les côtes rocheuses aux jet skis et kitesurfeurs.
C’était même l’unique raison d’être du projet au départ : sécuriser la pratique du kitesurf. Sans instructeur formé, sans certification IKO, chacun apprenait « sur le tas », en copiant les autres ou en regardant des vidéos. Créer une structure IKO reconnue, c’était donner un cadre : progression pédagogique, matériel adapté, sécurité en mer, connaissance des dangers locaux comme les filets ou les zones de navigation commerciale. Ce n’était pas un argument marketing, c’était une nécessité après ce qui était arrivé à Mohannan.
-Vous avez formé plusieurs des premiers instructeurs locaux. Que représente cette étape pour vous ? Cela devait être un moment particulier…
C’est probablement ce dont je suis le plus fier dans toute cette aventure. Voir des riders saoudiens, kuweiti et bahreini, souvent d’anciens élèves, devenir eux-mêmes instructeurs certifiés, c’est la meilleure réponse qu’on pouvait apporter à la situation qui a tout déclenché. Le Bahreïn ne dépend plus d’une poignée de personnes : il y a désormais une vraie chaîne de transmission.
-Vous avez développé vos activités en Arabie Saoudite et au Qatar. Vos élèves viennent d’ailleurs de toute la péninsule arabique pour apprendre le kite. Selon vous, qu’est-ce qui attire les pratiquants vers Gulf Kitesurfing Paradise ?
Le sérieux du cadre, d’abord : normes IKO, instructeurs certifiés, matériel entretenu. Ensuite les conditions elles-mêmes : le Golfe offre des spots très accessibles, une eau presque chaude toute l’année et des vents réguliers sur certaines périodes, notamment ceux autour de Masirah, Oman pendant la saison des Moussons (les fameux « Trade Winds » de mai à septembre). Enfin, la communauté : GKP est aujourd’hui considérée comme la plus grande communauté de sports extrêmes du Moyen-Orient (ses membres sont principalement des Saoudiens & Bahreinites). Cela crée un vrai esprit de groupe au-delà du simple cours.

–Quel est le profil des personnes qui viennent apprendre le kitesurf chez vous ? Débutants, sportifs confirmés ?
Les deux, à parts assez égales. Beaucoup de purs débutants, expatriés ou locaux, qui découvrent le sport et veulent apprendre dans un cadre sécurisé après avoir entendu parler des accidents des débuts. Et de plus en plus de riders confirmés venus d’Arabie Saoudite, du Qatar ou d’ailleurs dans la région, qui cherchent des spots moins connus et des trips organisés, comme nos séjours en chalet à Oman, nos tentes au Qatar.
-Enseigne-t-on le kitesurf de la même manière dans le Golfe qu’en Europe ?
Les fondamentaux pédagogiques IKO restent les mêmes. Ce qui change, c’est le contexte : la chaleur impose d’adapter les horaires de cours, respecter les alertes du gouvernement (liées au conflit actuel du Golfe) et les zones de pêche demandent une lecture différente du spot. Le rapport culturel au sport nautique est encore récent ici, donc on passe plus de temps à rassurer et à expliquer le pourquoi des règles de sécurité.

-À quoi ressemble une semaine type dans vos kite camps ?
Un mélange de cours progressifs le matin, quand le vent est le plus stable, et de temps libre l’après-midi pour rider en autonomie une fois le niveau acquis. On y ajoute souvent une sortie kite vers des spots isolés, des reefs à quelques kilomètres de la côte ou les vagues sont espacées d’un vingtaine de secondes et permettent de prendre une vitesse telle que tous les records sautent ! Parfois une session parapente ou paramoteur pour ceux qui veulent découvrir autre chose, et des moments de vie de groupe qui font la réputation de la communauté GKP.
-Combien de temps séjournent en moyenne les stagiaires ?
En moyenne, on est plutôt sur des séjours d’une semaine, avec un noyau de riders confirmés qui reviennent pour les trips saisonniers.
-Savez-vous combien d’élèves sont passés par chez vous ?
Plusieurs centaines depuis la création de la structure, un chiffre qui continue de grandir avec l’ouverture des activités Kite Camp en Oman, Arabie Saoudite et au Qatar.
-Et concernant votre staff ? Combien comptez-vous d’instructeurs ?
L’équipe s’est étoffée au fil des années, en grande partie grâce aux premiers élèves devenus eux-mêmes instructeurs certifiés IKO, ce qui pour moi reste la meilleure preuve que le modèle fonctionne.

-Que mettez-vous en place en termes de sécurité, pour que vos élèves apprennent sans danger le kitesurf ?
C’est le cœur du projet depuis le premier jour. Certification IKO pour tous les instructeurs, matériel régulièrement contrôlé, briefing systématique sur les dangers locaux, notamment les filets de pêche qui ont blessé des riders avant la création de GKP, et un encadrement strict des zones de navigation. La sécurité n’est pas une option chez nous, c’est littéralement la raison pour laquelle GKP existe.
-Vous proposez aussi des activités comme le parapente et le paramoteur. Y a-t-il également un engouement pour ces sports, au Moyen-Orient ?
Oui, et il grandit vite. Ce sont des disciplines encore peu connues dans la région, ce qui en fait une découverte forte pour beaucoup, aussi bien locaux qu’expatriés en quête de nouvelles sensations dans un environnement qui s’y prête particulièrement bien.
-Quelle est votre plus grande fierté jusqu’à présent, dans le cadre de Gulf Kitesurfing Paradise ?
Avoir transformé un drame, la disparition de Mohannan Aldosari et l’absence totale d’encadrement qui a suivi, en une structure qui forme aujourd’hui ses propres instructeurs et qui a considérablement réduit les accidents sur les spots locaux.
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-Concrètement, comment contribuez-vous au développement du kitesurf au Bahreïn et plus largement dans la région ?
En formant des instructeurs locaux qui essaiment ensuite dans toute la péninsule, en structurant l’accès aux spots pour limiter les risques, et en développant des séjours qui font connaître des destinations comme Oman bien au-delà du Bahreïn.
-Quels sont vos objectifs à court, moyen et long terme pour Gulf Kitesurfing Paradise ?
À court terme, continuer à développer la saison des vents à Oman dans ce lagon unique de sable blanc style Maldives et consolider nos activités en Arabie Saoudite et au Qatar. À moyen terme, renforcer notre flotte de supports nautiques pour sécuriser davantage les sorties. À plus long terme, faire de GKP une référence incontournable du sport nautique et de l’aventure paramoteur dans tout le Golfe, spécifiquement en Arabie Saoudite où les sites de Neom/Tabuk sont fabuleux (que ce soit en paramoteur ou kitesurf).
-Avez-vous une anecdote ou un souvenir qui résume bien l’aventure Gulf Kitesurfing Paradise ?
Ce qui résume tout, c’est ce contraste : d’un côté, le souvenir douloureux de Mohannan et de ces débutants livrés à eux-mêmes qui finissaient pris dans les filets de pêcheurs à Nurana ; de l’autre, aujourd’hui, une communauté organisée, des instructeurs formés localement, et des élèves qui viennent de toute la péninsule arabique pour apprendre en sécurité. C’est cette transformation qui donne tout son sens à GKP.
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Crédits photos : Gulf Kitesurfing Paradise



