Interview : Victoria Chevallier, le ciel pour terrain de jeu
Victoria « Vicky » Chevallier baigne dans le milieu du parapente depuis sa plus tendre enfance. La Pyrénéenne a ainsi fait son premier vol en biplace, avec son père, à deux ans et demi. Depuis, la jeune femme de 21 ans a poursuivi son apprentissage, avec un premier vol en solo à 15 ans. Désormais double championne de France Juniors (2022/2026), Vicky Chevallier se prépare à faire le grand saut. A savoir son entrée sur le circuit Coupe du monde, la saison prochaine. Une belle consécration pour celle qui vit parapente, lorsque les compétitions battent leur plein.
Rencontre avec une nouvelle passionnée, Vicky Chevallier, en interview pour Ride or Die !
-Vicky, peux-tu te présenter en quelques phrases à nos lecteurs ?
Moi c’est Vicky, j’ai 21 ans, j’habite à Font-Romeu dans les Pyrénées. Cela fait 6 ans que je fais du parapente, et depuis 5 ans en compétition. Ma discipline est le parapente de distance.
-Quelle place occupe le parapente dans ta vie ?
C’est toute ma vie ! Papa a débuté le parapente quand maman était enceinte de moi, et j’ai grandi en étant plongée dans ce sport. Mon père a toujours volé en loisir. J’ai d’ailleurs fait mon premier vol en biplace à deux ans et demi. J’ai donc commencé assez tôt. J’ai grandi sur les décollages, les atterrissages au milieu des parapentes… Ce sport a donc toujours fait un peu partie de ma vie, jusqu’au jour où j’ai eu l’âge de pouvoir passer le stage d’initiation pour voler seule. J’étais alors âgée de 14 ans. Malheureusement, c’est tombé pendant le Covid et j’ai donc dû repousser d’un an. Suite à cela, je suis entrée au Pôle Espoirs. Au départ, je ne pensais même pas que l’on pouvait faire de la compétition en parapente ! J’ai découvert cet aspect-là grâce au Pôle… Aujourd’hui, le parapente fait encore plus partie de ma vie car c’est presque mon métier. J’y consacre beaucoup de temps et d’énergie.
– Tu as effectué ton premier vol en solo à Morzine, en 2015. Quels souvenirs et quelles sensations gardes-tu de ce moment ?
Je pensais que ça allait beaucoup plus me marquer que cela. Pour la plupart des gens, c’est LE vol dont ils se souviennent toute leur vie. De mon côté, je l’ai vécu comme un vol classique. Il n’y a pas eu une euphorie particulière. Je me l’étais tellement imaginé, que cela s’est déroulé trés naturellement. Ce n’est pas comme si cela m’avait fait ni chaud ni froid, j’avais hâte mais c’était juste une étape supplémentaire.

-Comment expliquerais-tu le parapente de distance à quelqu’un qui ne connaît pas cette discipline ?
De manière trés simple, on peut visualiser cela comme une course d’orientation, avec des balises GPS imaginaires dans le ciel. On doit les relier dans un ordre précis, du début à la fin. Celui qui franchit la ligne d’arrivée en premier gagne. Il y a plusieurs étapes, plusieurs manches consécutives. A la fin, c’est celui qui cumule les meilleurs temps et les meilleurs points qui remporte les compétitions.
-Qu’est-ce qui t’a attirée vers le vol de distance plutôt que vers une autre pratique du parapente ?
En termes de pratiques, soit il y a la distance, soit l’acrobatie, soit le marche et vol. Il y a également la précision de l’atterrissage, moins répandu. Le parapente de distance était un moyen pour moi de passer le plus de temps possible en l’air, de contempler des paysages, d’aller d »une montagne à l’autre en deux ou trois heures de temps… Le moyen de déplacement est quand même assez chouette (sourire) ! C’est une discipline incroyable. L’autre gros point est que je ne suis pas trop attirée par les acrobaties. J’aime les sensations fortes, mais ce n’est pas trop mon délire. Ce n’est pas quelque chose que je pratique, même encore maintenant en tant que pilote confirmée.

– Comment as-tu vécu ton titre de championne de France juniors 2026 ?
J’étais trés fière, c’est toujours chouette de gagner une compétition. Les conditions météo étaient assez compliquées sur place, c’était difficile de faire la course comme d’habitude. Le championnat était ouvert aux moins de 26 ans, nous ne sommes pas trés nombreux à participer. En comparaison d’avec les compétitions internationales où j’ai l’habitude de me rendre, l’enjeu était donc un peu réduit. Cela n’enlève pas la beauté de la victoire, d’autant que le niveau était assez élevé. Je garde cependant à l’esprit que ce n’était pas l’épreuve la plus importante de ma saison.
Je suis d’ailleurs plutôt trés satisfaite de mes performances à l’international. J’ai intégré l’an dernier le circuit pré-Coupe du monde et j’ai gagné une compète à Tenerife. Je suis vraiment contente de ce résultat. J’ai également changé de matériel, ce qui me permet de pouvoir vraiment faire la course avec les autres filles et les autres compétiteurs. Je suis confiante pour la suite, je prends mon temps pour progresser, en sécurité.
-Tu as déjà dépassé les 70 kilomètres en vol. Comment te prépares-tu, physiquement, techniquement et mentalement, pour parcourir de telles distances ?
C’est vrai que 70-80 kilomètres sont les distances moyennes que l’on a l’habitude de d’accomplir. On peut aller jusqu’à 200 kilomètres ou plus pour les longs vols. Pour pouvoir accumuler autant d’heures en l’air, on doit en passer par de la préparation physique. Je fais pas mal de course à pied et musculation en parallèle, notamment du gainage pour maintenir une position stable en l’air.
Quand je dis que je suis sportive de haut niveau en parapente, on se fiche presque de moi car les gens ne se rendent pas trop compte des charges et des impacts de cette pratique.
Je ne fais pas de l’athlétisme, je n’ai pas besoin d’avoir une grosse puissance musculaire.
Il faut une bonne endurance, mais ce n’est pas non plus extrême.
En parapente, la plus grosse partie va vraiment être le mental. J’étais suivie jusqu’à présent par un préparateur mental, j’ai stoppé depuis peu pour essayer de faire les choses par moi-même.
Je sais qu’il reste présent pour moi si j’en éprouve le besoin.
J’ai mis en place des routines et des exercices en l’air, si ça ne va pas.
Mais pour le moment, cela roule bien !

– Parmi tous les vols que tu as réalisés, lequel t’a le plus marquée, et pourquoi ?
Il y en a trop, c’est trop dur de choisir (sourire). Globalement j’ai envie de souligner les vols associés à la victoire. Il y a cette euphorie en fin de course, quand tu comprends que tu as gagné. C’est juste indescriptible, dans certains contextes surtout. Tu es alors trop fière.
En dehors de la compète, je pense à des vols avec les copains, où on ne se prend pas la tête. On vole tous ensemble en groupe, quelques heures…
-Comment gères-tu la pression et les prises de décision lorsque tu participes à une compétition ?
Par rapport aux prises de décision, j’ai verbalisé mon processus décisionnel en l’air. Il y a beaucoup de décisions instinctives, mais pour les décisions importantes je reviens à mon processus. Il y a un fil rouge à suivre, pour pouvoir prendre la meilleure décision.
J’ai l’impression de gérer la pression assez facilement, et de ne pas être trop confrontée à cette problématique. Je parviens assez bien à me détacher du résultat de la course, surtout en début de semaine. La pression arrive surtout quand il y a des enjeux de résultats, et des classements qui s’affinent, avec de bonnes places à prendre.
Si je me sens tendue, j’ai une routine au décollage : 5 minutes de cohérence cardiaque en amont, mais pas juste avant. Cela me permet de faire redescendre la pression.
Quand les enjeux semblent me dépasser, je me fais aussi de grosses séances le soir, mais globalement je gère assez bien la pression.

-Comment tu concilies les entraînements, les compétitions et tes études ou ta vie personnelle ?
C’est dur de tout concilier ! Je viens de finir mes études en juin dernier (avec une Licence STAPS). Mon statut de sportive de haut niveau à l’université m’a permis d’être dispensée d’assiduité, et donc pas pénalisée si je ratais des cours. Il n’y avait cependant pas non plus énormément d’aménagements. C’est un joli casse-tête organisationnel en termes d’emploi du temps, surtout en pleine saison. Généralement j’arrivais à bien m’avancer pendant la période hivernale, en termes de révisions et de travail. Cela fait effectivement de grosses saisons entre, comme tu l’as dit, la préparation physique et mentale, les entraînements purs, les études, la vie sociale…
Dans certaines périodes, je mets de côté certains aspects, principalement le social.
Quand ma saison s’achève, je n’ai d’ailleurs plus envie de parler de parapente, je le mets au placard et je renoue avec une vie classique, globalement.
-Bénéficies-tu aujourd’hui du soutien de sponsors ou d’autres partenaires, pour t’aider à construire ta carrière ?
Je bénéficie du soutien de quelques marques pour le matériel, pas de manière financière. Cela reste des aides minimes par rapport au budget d’une année entière de compétition.
Ma plus grosse aide demeure celle de la FFVL (Fédération Française de Vol Libre, ndlr), qui me soutient notamment concernant mes frais de déplacement en compétition.
La Ligue Régionale Occitanie m’aide énormément, ce sont vraiment eux qui m’aident à financer ma saison.
Je cherche en parallèle toujours des sponsors, mais le parapente est trés peu reconnu et les gens ne sont pas au courant qu’il y a des compétitions. Ce n’est pas un sport médiatisé, il n’est pas inscrit aux J.O., il n’y a pas de représentation à l’échelle nationale et internationale.
C’est donc difficile de demander leur confiance aux marques, alors qu’ils ne savent pas trop dans quoi ils s’engagent… A force de connaître du monde et de se faire un réseau, cela ouvre petit à petit des portes, mais cela prend du temps.

-En tant que jeune femme évoluant dans ce milieu, as-tu rencontré des difficultés particulières ou, au contraire, bénéficié d’une solidarité importante ?
C’est vrai que nous sommes trés trés minoritaires. Cela se passe plutôt bien avec les autres compétiteurs. La grosse problématique actuelle est relative aux instances internationales, qui ont récemment voté des lois pour nous exclure des classements des compétitions.
C’est assez aberrant, en 2026, de constater que les femmes ne pourront pas concourir pour leurs équipes nationales et rapporter des points. Je trouve ça fou, on fait un grand pas en arrière ! A part cela, je suis hyper soutenue par ma Fédération. Même hors compétition, elle essaie vraiment de mettre en avant les femmes et leur insertion dans le sport et le haut niveau. Je n’ai aucun souci avec les compétiteurs français, ils me soutiennent.
Quand on sort du haut niveau, c’est vrai que l’on se confronte toujours à des remarques en tant que femme. C’est omniprésent. Je n’y fais plus trop attention, mais là encore en 2026 c’est aberrant de recevoir ce type de remarques. J’ai fait une compétition de marche et vol ces derniers jours, et un mec nous a lancé : « je ne suis pas venu pour me faire doubler par des filles qui courent, vous n’avez pas intérêt à courir ! » Je pensais qu’il rigolait, mais il était vraiment sérieux. On a donc encore des réflexions de cons… Désolé pour le terme !
Je pense que l’on vit ça dans toutes les disciplines, en particulier celles où les femmes sont minoritaires.
-Y-a t-il des choses que tu aimerais améliorer dans ta pratique ?
Oui énormément, cela ne s’arrête jamais, même les plus grands champions ont encore des choses à apprendre. Le parapente de distance est une discipline qui est apparue il n’y a pas trés longtemps en compétition. Le matériel est en constante évolution chaque année, et on ne cesse donc de progresser. Personnellement, j’ai encore tellement de choses à apprendre, sur tous les points ! Je me sens cependant assez solide mentalement, c’est vraiment mon point fort. Je me laisse encore parfois submerger par mes émotions, quand je rate une compète ou que quelque chose se passe mal. Globalement, tout reste encore à améliorer.

-Quelles seront tes prochaines échéances sportives, et quels objectifs aimerais-tu atteindre à court et à plus long terme ?
Je pars en compétition au championnat d’Espagne, ce sera ma dernière grosse échéance et ma saison se clôturera ensuite tranquillement. Je vise un podium là-bas. Je participerai également à une compétition de Pré-coupe du monde pendant l’hiver à Tenerife, sans objectif de résultat. J’irai chercher du soleil, ce sera aussi un peu les vacances !
L’an prochain, je participerai à ma première saison de Coupe du monde. J’irai en découverte, pour le plaisir mais en faisant ce que je sais faire. Je me fixerai des objectifs selon le déroulement des compétitions. En dehors de la Coupe du monde, j’aurai également d’autres rendez-vous, avec des objectifs de podiums.
–Quel conseil donnerais-tu à une jeune personne qui aimerait découvrir le parapente mais qui n’ose pas encore se lancer ?
L’accès au parapente et aux initiations, quelque soit la discipline et le format, est vraiment simple. A partir du moment où tu as du temps et une petite réserve financière pour acheter du matériel, vas-y !
Si tu veux faire de la compétition, je conseille vraiment de toujours garder le plaisir dans la pratique. Ne fais jamais un vol si tu ne prends pas de plaisir, même si cela peut évidemment arriver au haut niveau… Je me suis trop longtemps trouvée loin du plaisir, et pratiqué avec de la peur et des émotions négatives. Il faut préserver sa pratique, et rester OK avec soi.
-Quelque chose à ajouter ?
Je remercie toutes les personnes qui me suivent au quotidien, les gens qui m’encouragent tous les jours à me dépasser. Un grand merci, évidemment, à la FFVL qui me soutient énormément. Merci aussi aux marques qui me soutiennent. Et au plaisir de continuer à faire rêver certaines personnes dans le milieu du parapente !
Le compte Instagram de Vicky : https://www.instagram.com/vickiproquo/
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