Marine Hunter : « Le spot d’Ho’okipa, à Hawaii, m’a appris la vie ! » (Interview)
Agée de 34 ans, Marine Hunter est une pure mordue de planche à voile. Elle qui a débuté les compétitions en windsurf slalom, s’épanouit désormais en vague. Une discipline dans laquelle elle a remporté plusieurs compétitions en Coupe du monde PWA, ces dernières années. Elle est actuellement 3e mondiale, signe de sa belle maîtrise de son art.
Marine Hunter a par ailleurs vécu son rêve américain, en habitant à Maui (Hawaii), terre d’accueil de la mythique Aloha Classic en octobre prochain. L’occasion pour elle de naviguer à foison sur le fameux spot d’Ho’okipa, une expérience marquante. Et qu’elle compte bien renouveler au plus vite…
La windsurfeuse française s’est confiée en interview à Ride or Die, sans langue de bois!
-Marine, pour commencer, peux-tu te présenter en quelques phrases à nos lecteurs ?
Je m’appelle Marine, windsurfeuse présente sur la Coupe du monde depuis 2017. J’avais commencé la régate en slalom en France, avant de débuter en slalom à l’international.
Je suis passée à la vague, à l’international, car cela me correspond davantage.
-Dans quelles circonstances as-tu découvert le windsurf, et qu’est-ce qui t’a immédiatement attirée dans ce sport ?
Mon père et mon oncle en avaient fait un petit peu, mais j’ai surtout suivi mon grand frère. On avait la chance de faire des stages de voile en vacances, et mon grand frère s’était mis au surf et à la planche à voile. Et moi, je voulais tout faire comme lui !
Je lui ai demandé de m’apprendre le windsurf, on a loué une planche une aprés-midi et il m’a montré les bases. J’ai trés vite accroché, j’avais aimé la sensation de glisse. J’ai fait quelques stages FFV, puis j’ai continué à apprendre par moi-même. J’ai loué du matériel, je me suis renseigné sur des forums internet, lu des magazines et tout ce que je pouvais trouver.
-Que représente le windsurf pour toi aujourd’hui : une passion, un métier, un mode de vie… ou un mélange des trois ?
C’est un peu des trois. Cela a beaucoup beaucoup été une passion au début, j’étais vraiment accro. Un mode de vie, ça l’est aujourd’hui. Je fais en sorte d’avoir toujours assez de temps libre pour pouvoir naviguer. Je n’ai par contre jamais vraiment considéré le windsurf comme un métier. Tout le monde m’a dit que ce serait impossible d’en faire un métier, et que je gagnerais pas ma vie avec ça.
Je suis donc restée avec cette idée-là collée en tête, ce qui m’a énormément limitée je pense.
Je n’ai jamais vraiment cherché à en faire un métier non plus ; quand je vois d’autres filles qui se lancent à fond avec l’idée d’en vivre, et que ça marche, je me dis que j’ai peut-être loupé un truc.
Le windsurf m’a apporté plein de choses, je suis trés contente de l’avoir dans ma vie.

-En septembre 2023, tu as remporté à Sylt ta première épreuve sur le World Tour. Quel souvenir précis te revient lorsque tu repenses à cette victoire ?
C’était vraiment incroyable, je me revois avancer heat après heat, dans des confrontations trés serrées. La finale n’était pas méga stressante pour moi, à mes yeux gagner une Coupe du monde était quelque chose d’inaccessible. J’ai bien célébré ce succès le soir !
-Cette victoire a-t-elle changé le regard que tu portais sur toi-même et sur ce que tu pouvais accomplir au plus haut niveau ?
Oui et non, je savais que les conditions m’avaient avantagée avec du side-shore et du vent léger. C’est vraiment ce que j’aime en compète.
Les sauts n’ont jamais été mon point fort, et jusqu’à récemment la Coupe du monde proposait beaucoup d’épreuves de sauts. Je me suis entraînée comme j’ai pu à ce niveau-là, mais cela n’a jamais donné de résultats fantastiques. Aujourd’hui, le fait que l’ont ait plus de conditions waveriding correspond davantage à ce que je sais faire. C’est dans ce domaine que je peux le plus performer.
-Tu as ensuite choisi de vivre une partie de l’année à Maui. Qu’est-ce qui t’a convaincue de franchir le pas, et as-tu dû consentir certains sacrifices ?
J’ai toujours travaillé à côté de mon activité de windsurfeuse, j’ai évolué chez Décathlon une grande partie de ma carrière, jusqu’à il y a deux ans. Les choses étaient alors alignées pour que je réalise l’un de mes rêves, qui était de partir à Hawaii et d’y vivre au moins six mois/1 an. Comme j’ai la double nationalité franco-américaine, cela faisait longtemps que j’avais envie de le faire. Ce qui m’avait motivée à réaliser ce projet, c’étaient les photos de Sarah Hauser à Ho’okipa et à Jaws. J’avais envie de vivre la même chose !
J’ai pris une année de congé sabbatique à mon travail, en 2024, et j’ai passé six mois à Hawaii. J’ai trouvé un boulot pour joindre les deux bouts, j’ai pu naviguer à Ho’okipa plusieurs fois par semaine. C’était assez intense ! J’étais assez fatiguée mais j’arrivais à tout mener de front. Ce qui était le plus éprouvant, c’était de naviguer à Ho’okipa dans des conditions supérieures à taille de mât, plusieurs fois par semaine. Nerveusement c’était parfois rude pour une Européenne ! Je suis néanmoins contente d’avoir tenté cette chouette expérience.
Hawaii est assez roots, tu peux vivre dans des logements qui ressemblent à de vieux squats pourris, à côté de baraques de millionnaires… Les contrastes sont trés forts !
J’habitais sur une propriété gérée par Matt Pritchard (champion du monde PWA freestyle 2002, et en Super X en 2004 et 2005, ndlr). Je faisais du jardinage pour lui, en échange du logement. La propriété était immensément grande ! Nous étions plusieurs à faire ça, et le logement était insalubre (sourire). C’était le moins cher que j’aie pu trouver, ça a fait le taff !
-Tu n’as donc pas pu poursuivre l’aventure hawaiienne ?
Non, je suis partie en octobre 2024 et suis rentrée en avril 2025. J’ai rencontré mon copain là-bas, qui est Français. On souhaitait aller s’installer pour de bon à Hawaii, j’ai donc donné ma démission à Décathlon. Hélas, il y a eu des changements au niveau de l’immigration aux Etats-Unis. Le plan que l’on avait au départ ne fonctionnait plus. Je suis repartie six mois à Hawaii, j’ai ensuite perdu mon boulot là-bas. Nous essayons maintenant de trouver une solution pour que l’on puisse s’installer ensemble là-bas.
-Qu’est-ce que les vagues d’Ho‘okipa t’ont appris de plus fort ?
Je dirais simplement que Ho’okipa m’a appris la vie ! C’est un spot super dur, trés technique, la vague est loin d’être parfaite. Il faut gérer les rochers, les courants, la taille des vagues… J’ai appris à lire ce spot, pour comprendre comment il fonctionnait. Il m’a bien fallu six mois pour être à l’aise. Par Kona Winds, les sessions sur le spot d’à côté (Lanes) sont vraiment hardcore. Tu sais que ça va mal se passer, c’est horrible (rires).
La vague tabasse un peu, l’entrée et la sortie de l’eau se fait soit par les rochers, soit par Ho’okipa mais il ne faut pas se louper…
Pour résumer, Ho’okipa est un spot vraiment trés dur, en comparaison avec certaines plages françaises. Ce sont toujours des nav’ stressantes, avec une notion de danger. Quand je sors de l’eau sans rien de cassé là-bas, je suis contente ! En plus il y a la faute locale avec les requins, etc. Ce n’est pas le même niveau de stress qu’une petite session tranquille en Bretagne ou en Normandie.
Ho’okipa reste d’ailleurs un petit spot, trés vite bondé avec des riders champions du monde qui viennent s’entraîner.
-Tu as remporté le Maui ProAm en avril 2025, puis le Quatro Maui Pro en 2026. Dans quels domaines estimes-tu avoir le plus progressé ces dernières années ?
Pour moi, c’est la lecture du spot notamment quand les vagues sont un peu grosses, et l’anticipation. J’avais spécifiquement travaillé là-dessus avec Graham Ezzy. Je suis aujourd’hui plus à l’aise sur le spot.
Chez les filles, à moins de poser des manoeuvres de fou et encore, c’est vraiment le choix de vagues qui fait la différence. Cela a mis du temps pour que je mette mon ego de côté, et que je comprenne que le style et les manoeuvres ne me feraient pas forcément gagner des heats.
Avec Graham, on a donc vraiment travaillé la lecture du spot et le choix de vagues, et cela a trés bien marché.

-Tu occupes aujourd’hui la troisième place du classement mondial. Ce nouveau statut modifie-t-il ta manière d’aborder les compétitions ?
Franchement, pas du tout. Je suis troisième mais le classement va encore évoluer. Cela changerait vraiment quelque chose si je finissais l’année sur le podium, et que je pouvais demander le statut de sportive de haut niveau en France.
Il faut que je me renseigne, je ne suis pas sûre que cela soit possible. La concurrence est en tout cas extrêmement féroce et le niveau grimpe d’année en année.
Je ne mets pas de pression par rapport à ça, je vais faire de mon mieux et l’on verra en fin de saison.
-Comment as-tu vu évoluer le niveau des femmes dans le windsurf depuis tes débuts ?
Quand j’ai commencé en compétition en 2017, toutes les filles savaient à peu prés poser un front, mais c’était plus compliqué pour le backloop ou la deuxième rotation. Depuis, ça n’a plus rien à voir. Les plus jeunes telles qu’Alexia Kiefer, Maria Morales, Sol Degrieck ont fait exploser le niveau ! Pauline (Katz, ndlr) a aujourd’hui un niveau qui l’aurait mise dans le Top 4 il y a quelques années. Le niveau a donc vraiment augmenté. Quand on est jeunes, on se met moins de limites et je pense que les choses vont continuer d’évoluer. Le matériel est également plus performant. C’est impressionnant et c’est hyper motivant pour moi, pour continuer à progresser.

– Au niveau mental, es-tu accompagnée ?
Je ne suis pas trés accompagnée là-dessus. Psychologiquement, être sur la Coupe du monde demande effectivement d’être prêt mentalement, c’est dur. Le blocage que j’ai est que je n’ai pas trés confiance en moi, et je ne mets pas forcément tous les moyens pour améliorer mes performances.
Ce qui est terrible, c’est que je me dis : « je suis troisième mondiale, mais ce n’est pas ma vraie place. » C’est hyper dur pour moi d’assumer cette place et d’en être fière, je me dis que cela ne va pas durer. J’ai toujours eu également peur que quelqu’un, si j’évoque mon classement, ne me dise que je ne sais pas faire ci ou ça ou me compare avec un homologue masculin.
Je sais que d’autres rideuses assument complètement leur classement, même si elles ne sont pas les premières à Pozo. Il faudrait que je travaille ça avec une coach ou une thérapeute.
Je suis également douillette, j’ai peur de me faire mal ! Je me rends compte qu’il y a pas mal de riders qui sont cassés de partout, et que ce n’est pas complétement inutile d’avoir peur de se blesser…
Typiquement j’avais hyper peur de monter plus haut en Forward Loop. Ce que j’ai fait, et que j’aurais dû faire il y a longtemps, c’est d’acheter une combinaison Severne Impact, avec de la mousse et des pads de partout. Quand je fais un gros plat sur le dos, j’ai désormais beaucoup moins mal (sourire). J’ai donc vraiment moins peur !
-Quels sont désormais tes prochains objectifs sportifs ?
J’aimerais bien aller à Wissant en septembre (pour la Wissant Wave Classic, 12-20 septembre, ndlr) qui n’est pas trop loin de mon homespot. J’hésite ensuite entre aller à Sylt pour assurer un résultat, ou aller directement à Maui pour m’entraîner avant l’Aloha Classic en octobre. J’ai besoin d’un petit temps de chauffe sur le spot. Je dois en parler à mon coach Graham. J’irai peut-être à la finale au Chili en novembre, je me la garde en joker.
–Pour finir, quel conseil donnerais-tu à une jeune rideuse ou à un jeune rider qui rêve de suivre ton chemin ?
S’ils veulent se lancer en Coupe du monde, je leur dirais de se lancer, leur motivation fera la différence. C’est hyper dur au début mais il faut vraiment s’accrocher, ça en vaut la peine !
C’est hyper stimulant, c’est un autre monde et un autre niveau. Ce qui m’a aidée, c’est de participer à pas mal de régates en France, pour découvrir, m’habituer et progresser avant d’arriver sur la Coupe du monde. Naviguer sur plein de spots différents, en variant les conditions, est également trés formateur. Je leur dirais enfin de s’entourer de personnes aussi motivées et qui ont les mêmes objectifs, pour entretenir le feu !
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Crédit photos : John Carter


