Armelle Tisler : "Les World Skate Games 2026 ont été une renaissance" (Interview)
Pro rideuse en roller freestyle, Armelle Tisler a participé en octobre aux prestigieux World Skate Games 2026. La Provençale, arrivée dans des dispositions mentales pas optimales, a su trouver les ressources pour décrocher un Top 5 en street et une 6e place mondiale en freestyle park. De belles performances pour celle qui loue la force du groupe France.
Armelle Tisler aura vécu de beaux World Skate Games 2026 au Paraguay ! La rideuse provençale, affaiblie moralement en arrivant à Asuncion, s'est parfaitement remobilisée et a su dépasser ses peurs, grâce notamment au soutien du collectif France. Bilan, une cinquième place mondiale en street et une sixième place en freestyle park. De quoi rendre fière notre ambassadrice Ride or Die, et lui donner confiance pour la suite. Armelle Tisler s'est confiée avec sincérité à notre micro, en interview !
Armelle, qu'est-ce que les World Skate Games 2026 représentaient à tes yeux ? Qu'est-ce qui les rendaient importants pour toi ?
Pour moi, tous les World Skate Games ont été importants. Il s'agissait de mes troisièmes World Skate Games, j'étais trés fière d'être sélectionnée une nouvelle fois. Ce n'est pas facile, les places sont trés convoitées ! Cette compétition représente la consécration d'une carrière. Elle a lieu tous les deux ans, c'est la plus grosse compète au monde, c'est là où l'on peut devenir champion du monde... C'est la compète que tout le monde a envie de faire !
Quelles étaient tes ambitions en street et en freestyle park pour cette compétition ?
Eh bien, championne du monde ! Comme tous ceux qui font de la compète, je crois (sourire).
Je suis arrivée au Paraguay complètement démolie - Armelle Tisler
Comment t'étais-tu préparée à cette compétition, physiquement et mentalement ?
Je m'étais préparée sans me mettre trop de pression, tout en me mettant vraiment en condition, au niveau de la nutrition, du sommeil etc. Hélas j'ai vécu une rupture juste avant de partir, et je suis arrivée au Paraguay complètement démolie. J'étais au bout du rouleau... Cela a été le voyage de la résurrection, j'ai pu constater que je pouvais performer même dans les moments les plus difficiles. Je ne vais pas te mentir, la préparation physique et mentale avant les World Skate Games fut un peu une galère. J'ai beaucoup maigri avant de partir, je ne me suis pas beaucoup entraînée... J'étais au plus mal.
Je suppose que de retrouver le groupe France, de profiter des bonnes énergies, t'a fait du bien...
Absolument ! Ca a été une renaissance. Je ne suis pas quelqu'un qui parle beaucoup, et j'ai donc beaucoup intériorisé. Je suis restée toute seule "dans mon truc". Quand je suis arrivée là-bas, je n'ai pas eu le choix que de m'ouvrir aux autres, car tout le monde a vu que ça n'allait pas. J'en ai donc parlé à l'équipe, au médecin qui était avec nous, au coach (Anthony Avella, ndlr), à tout le monde.
Cela m'a énormément aidée ! Je me suis rendu compte que tout le monde était là pour moi, et que ma vie était au final géniale, avec ou sans ce mec. Cela m'a donné une bouffée d'air frais, j'ai ressenti quelque chose d'incroyable.
J'ai rarement roulé un bon aussi skatepark en championnat - Armelle Tisler
Peux-tu nous parler des premiers jours d'entraînement, avant tes épreuves ? Quelles étaient tes sensations sur le spot ?
On a commencé par le street et j'ai adoré. C'était exceptionnel, le skatepark était génial ! J'ai rarement roulé, en championnat, un aussi bon skatepark. Il y avait un peu de difficulté car il y avait des transferts et un rail dans les escaliers qui faisaient énormément peur. Cela a été un peu une bataille mentale contre moi-même, car je n'ai pas trop l'habitude de ce genre de configuration. Je n'ai pas trop ça dans mes skateparks, je ne m'étais donc pas trop entraînée à ça avant de partir.
Finalement, au bout du deuxième entraînement, je me suis lancée et j'ai sauté dessus. C'était vraiment génial en fait, j'étais trop fière de moi et le skatepark était tellement bien ! J'ai vécu une expérience dingue.
Comment se sont déroulées les épreuves pour toi ? As-tu réussi à t'exprimer comme tu le souhaitais ?
En street, non. Enfin, oui et non, je ne peux pas répondre un non catégorique. Quand on a fait les demi-finales, on savait pertinemment qu'il y avait 90% de chances qu'il pleuve le lendemain, et que la finale soit annulée. On a donc roulé en conséquence. Le seul petit hic, c'est qu'en semi il y avait deux runs de cinquante secondes, alors qu'en finale c'était deux runs de cinquante secondes et trois "best tricks". Cela change quand même la donne. J'ai réussi à me qualifier cinquième, j'étais contente et un peu déçue en même temps. J'avais l'impression d'avoir été sous-notée, mais cela reste mon ressenti personnel. Je pense que je méritais ma place dans tous les cas, mais sur le moment j'espérais mieux. Le lendemain, il a plu toute la journée. On a attendu jusqu'à 20h et ça a été annulé à 20h30. J'ai pleuré car j'étais forcément déçue, j'avais envie de rouler ! C'est un contest inachevé/achevé, je ne saurais pas trop comment l'expliquer.
Pour le park, j'ai donné le meilleur de moi-même. Je me suis tordu le genou avant les finales, j'ai alors strappé à fond. J'ai réussi à faire deux runs corrects, et je me suis classé sixième.
J'étais contente car j'ai vraiment donné le maximum. Je ne suis pas quelqu'un qui fait beaucoup de rotations et je n'avais plus de genou. J'ai fait une entorse du latéral interne, au grade 2. Ce n'est pas trop grave, mais "ça fait chier" ! Je suis donc assez fière de ce résultat.
A l'inverse, as-tu des regrets concernant cette compétition et ce que tu y as montré ?
Aucun, je n'ai pas de regrets dans la vie. Je vis ma vie à fond pour justement ne pas avoir de regrets. Je ne sais même pas si je pourrais t'en citer un, depuis que je suis née !
Quand je prends une décision ou que je fais quelque chose, je sais pourquoi je le fais.
Je sais que j'y suis allée à fond, j'ai tout donné lors de ces World Skate Games, tout ce qui était en mon pouvoir. Je ne regrette rien !
De quoi es-tu la plus fière à propos de tes performances à Asuncion ?
D'avoir réussi à dépasser mes peurs assez vite. Moi, je suis un diesel de la peur, je ne sais pas comment l'expliquer mieux que ça. Quand on arrive sur des skateparks, souvent toutes les filles – mêmes si elles ont peur – se jettent en l'air, partout, elles tombent. Cela ne leur pose aucun souci. Moi j'ai beaucoup de mal à faire ça. Comme je me suis blessée dans le passé, j'ai peur de me blesser à nouveau. Je mets donc énormément de temps à me débloquer mentalement, sur certaines choses qui me font peur. A Asunçion, dés mon deuxième training j'ai tout essayé. Tout ce qui me faisait ultra-peur, ce que je n'aurais pas essayé en temps normal, je l'ai tenté. Je suis donc trés fière de moi à ce sujet.
C'est la première fois que je vis un truc aussi fort avec des coéquipiers - Armelle Tisler
As-tu été transcendée par la dimension collective de l'équipe de France ?
C'est évident que oui, on s'est tous soutenus les uns les autres. Je sais que j'ai été là pour pas mal de personnes, et les gens ont été là pour moi. En plus, nous n'avons pas eu de chance mais dans l'équipe, il y a eu énormément de blessures la première semaine. Cela a donc été trés dur mentalement, on a tous été là les uns pour les autres. Dans mes moments de doute, dans mes moments où j'ai pleuré, s'il n'y avait pas eu Anthony, Carla, Nicolas qui m'avaient pris droit dans les yeux, en me disant "mais vas-y meuf, t'es la meilleure, tu vas y arriver ! On est tous dans un état difficile mais on va tous le faire, car on est tous ensemble"... Ils ont été d'un soutien énorme, tous les jours, 24h sur 24. Je ne pourrais même pas citer de moments précis, car ça a été un travail de tous les jours.
C'est d'ailleurs la première fois que je vis un truc aussi fort avec des gens.
Je fais du déplacement équipe de France depuis six ans maintenant, et c'est la première fois que je me sens aussi bien avec tout le monde. Il n'y a pas eu une personne en trop, ou que j'ai moins apprécié.
C'était parfait du début à la fin, je n'ai jamais vécu ça de ma vie !
Je trouve ça fou... C'est dur d'avoir une cohésion dans un groupe de 10 personnes, de personnalités, de sexes et d'âges différents. Et en plus pendant trois semaines !
Je suis quelqu'un de trés solitaire, c'est vrai que quand je vis une semaine avec quelqu'un j'ai envie de l'étrangler... J'ai déjà fait des voyages de deux semaines où, à la fin, je n'avais qu'une envie : rentrer chez moi. Je ne pouvais plus me blairer personne, j'en avais marre, je voulais être seule.
Là j'ai passé trois semaines avec tout le monde, et quand on est repartis je n'avais même pas envie de les quitter. Je ne ressentais même pas le besoin d'être seule, j'étais choquée !
J'ai fait beaucoup d'angoisses avant de partir, en plus de mon mal-être suite à ma rupture amoureuse. Je me disais : "je vais être loin de chez moi pendant trois semaines, c'est la première fois que je pars aussi longtemps." J'avais énormément d'appréhénsions, et finalement c'était incroyable.
J'ai posé l'un de mes plus gros tricks à deux reprises en demi-finales, c'est une fierté immense ! - Armelle Tisler
Quels moments garderas-tu en mémoire de la compétition ?
Je pense que c'est le moment où j'ai réussi mon run des demi-finales en street. J'ai mis un tapis, j'ai tenté un dernier tricks qui est l'un des plus gros de mon panel de tricks. La probabilité que je le mette n'était donc pas trés élevée. Sur mes deux runs, j'ai posé ce tricks à chaque fois. Souvenir inoubliable, fierté immense !
Ces World Skate Games t'ont t'ils confortée dans certains aspects de ta pratique, en tant que pro rideuse ?
C'est vrai que cette année, j'ai fait beaucoup de troisièmes places, quatrièmes places, vice-championne... Je n'ai pas trop gagné de trucs. Je me demandais donc si je n'étais pas un peu finie dans le game. Et en fait, là-bas à Asuncion, j'ai vu que j'avais encore ma place au niveau mondial, que j'étais loin d'être nulle. Je n'en doutais pas trop : sur une échelle de 0 à 100%, j'en doutais à 1 ou 2%. Mais cela m'a confortée dans le fait que si j'étais là, ce n'était pas par hasard.
As-tu un message à adresser à ton sélectionneur Anthony Avella, à tes coéquipiers et au staff tricolore ?
Déjà, à mes coéquipiers, je voulais leur adresser un grand merci. C'est grâce à eux que j'ai sorti la tête de l'eau, personnellement, même en dehors du roller. Merci aussi pour tous les moments qu'on a partagés, car cela va être l'un de mes voyages les plus inoubliables. C'était génial, je les aime trop !
Et pour Anthony, j'aimerais le remercier pour tout ce qu'il a mis en place, pour tout ce qu'il a fait pour nous. Merci à lui pour tous les moments passés au skatepark, avec nos doutes et lui qui les effaçait. Merci pour sa prépa mentale, qu'il a intégrée dans tout le programme. On n'en faisait pas avant, Anthony nous a redonné confiance et a été là pour nous. C'est vraiment quelqu'un de bien et c'est un trés bon sélectionneur.
Qu'est-ce qui t'attend désormais dans les semaines et mois à venir ?
Là ils nous pondu une Coupe du monde en Chine dans trois semaines. Mon objectif est d'y aller, je ne me suis pas encore organisée mais je pense que j'y serai. Je suis actuellement à Paris pour une étape du championnat de France, une autre étape aura lieu à Dijon début décembre. La saison sera ensuite off jusqu'à février. Je veux vraiment prendre ces trois mois pour moi, pour me réparer et me remettre d'aplomb, pour passer des moments avec ma famille et mes amis.
Je compte bien revenir l'année prochaine avec un gros mental !
Photos : Alexis Imenez/FFRS




