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Vaïna Picot : « Avec le wingfoil, j'ai l'impression d'avoir plus de libertés » (Interview)
Vaïna Picot est championne du monde, d'Europe et de France de wingfoil.

Vaïna Picot : « Avec le wingfoil, j'ai l'impression d'avoir plus de libertés » (Interview)

Photo IWSA Media - Robert Hajduk
Interview · Wingfoil

Vaïna Picot : « Avec le wingfoil, j'ai l'impression d'avoir plus de libertés » (Interview)

Par Thomas Davaud · 31 octobre 2026 · 7 min de lecture

Championne du monde, d’Europe et de France de wingfoil, Vaïna Picot a franchi un cap en 2026. Entre entraînements intensifs, études et sacrifices personnels, la jeune rideuse construit son parcours avec un objectif en tête : continuer à gagner et, peut-être, représenter le wingfoil aux Jeux olympiques de Brisbane (Australie) en 2032.

Originaire de Sainte-Anne (Guadeloupe), Vaïna Picot a découvert les sports de glisse dès l’enfance avant de se tourner vers le wingfoil. Une discipline exigeante dans laquelle la jeune athlète a rapidement trouvé sa voie, portée par son goût de la compétition et sa volonté de repousser ses limites. Après une année 2026 remplie de succès, la jeune sportive de 16 ans est nommée en finale des World Sailings Awards, qui auront lieu à Qingdao (Chine), le 18 novembre. Les votes, eux se terminent le 2 novembre.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer dans le wingfoil ? 

C’est venu de mon frère et de ma sœur, qui pratiquaient la voile en club en Guadeloupe. Mon frère faisait de la planche à voile, alors j’ai commencé à 7 ans. Puis, il y a deux ans et demi, j’ai décidé de changer de support pour me mettre au wingfoil. C’est un sport de glisse qui donne vraiment envie, notamment pour les sensations et la vitesse. Avec le foil sous la planche, on peut voler au-dessus de l’eau. C’est une discipline innovante et les sensations sont incroyables ! 

Le fait d’avoir grandi en Guadeloupe a aussi beaucoup joué. La mer était à cinq minutes de chez moi, tout comme mon club. Avec mon frère, Enzo, et ma sœur, Carla, on avait envie de tester les sports de glisse, parce que la mer est partout autour de nous. Je ne pense pas que j’aurais forcément pratiqué ces sports si j’étais née en France métropolitaine.

Vaïna Picot a commencé par la planche à voile avant de passer au wingfoil.

Tu as commencé par la planche à voile. Quelles différences de sensations fais-tu entre les deux disciplines ? 

Au début, je faisais de la planche à voile sans foil : la planche touchait l’eau et tapait sur les vagues pour avancer. Ensuite, je suis passée à la planche à voile avec foil, ce qui m’a permis de découvrir les sensations de vol au-dessus de l’eau. 

Avec le wingfoil, la grande différence, c’est que l’aile est détachée de la planche. J’ai l’impression d’avoir plus de liberté : je peux davantage bouger la planche et faire plus de choses. Quand la voile est attachée à la planche, on a moins de possibilités pour changer de direction ou varier les mouvements.

« Cette victoire m’a fait comprendre que je pouvais me lancer sur le circuit international. C’est à partir de là que tout a commencé. » — Vaïna Picot

À quel moment as-tu compris que tu pouvais viser le haut niveau et devenir professionnelle ? 

J’ai eu un déclic dès ma première année, lorsque j’ai terminé troisième du championnat de France dans ma catégorie. À la fin de la saison, j’ai participé à une grande compétition internationale, avec beaucoup de professionnels. Nous étions nombreux, et j’ai remporté l’épreuve dans la catégorie féminine. Cette victoire m’a fait comprendre que je pouvais me lancer sur le circuit international. C’est à partir de là que tout a commencé.

La victoire de Vaïna Picot à Istanbul (Turquie) est celle qui l'a le plus marquée

Tu sors d’une saison 2026 exceptionnelle, avec des titres mondiaux, européens et français. Qu’est-ce que cette année représente pour toi ? 

Cette saison a été exceptionnelle parce que j’ai tout gagné. J’ai décroché mes titres européens et mondiaux, puis j’ai terminé la saison avec deux titres de championne de France. Je me suis beaucoup préparée avec mes coachs et j’ai énormément travaillé pour atteindre ces résultats.  J’ai aussi fait des sacrifices, notamment en déménageant à Marseille (Bouches-du-Rhône) pour pouvoir m’entraîner avec des sportifs de haut niveau. Je suis entrée en équipe de France, et tout ce travail, mais aussi les efforts de mes parents et de ma famille, m’ont aidée à obtenir ces titres.

Le moment le plus marquant reste ma victoire aux championnats du monde, à Istanbul (Turquie). Le plan d’eau était très compliqué, avec un vent extrêmement changeant, parfois fort, puis presque nul. Il fallait constamment repérer les zones où il y avait du vent, ce qui rendait la course très technique. En finale, j’étais deuxième au début après un mauvais départ, mais j’ai réussi à remonter grâce à une bonne tactique. C’était la victoire la plus difficile à aller chercher, mais aussi la plus belle. J’ai ressenti énormément de fierté parce que je n’ai rien lâché et que j’ai donné le meilleur de moi-même jusqu’au bout.

« Je m’entraîne énormément, qu’il fasse froid ou chaud, et je fais des sacrifices pour progresser. C’est ce travail qui m’a permis d’obtenir ces résultats. » — Vaïna Picot

Tu avais terminé deuxième en 2025. Qu’as-tu changé dans ta préparation pour aller chercher la première place cette année ? 

En 2025, c’était ma première année, donc cette deuxième place était déjà un très bon résultat. Mais avec mon coach, nous avons analysé ce qui me manquait pour gagner. Je n’avais pas encore autant de technique ni autant d’entraînement. Il fallait notamment progresser dans les manœuvres et la tactique. 

Cette année, nous avons beaucoup travaillé sur mes points faibles, tout en renforçant mes points forts. J’ai aussi augmenté mon volume d’entraînement. Je m’entraîne énormément, qu’il fasse froid ou chaud, et je fais des sacrifices pour progresser. C’est ce travail qui m’a permis d’obtenir ces résultats.

Comment s’organise ton quotidien entre les entraînements et les études ? Est-ce difficile de concilier les deux ? 

Je suis en terminale, en sport-études, donc mon emploi du temps est assez chargé. Le lundi, j’ai cours. Le mardi, j’ai cours puis deux heures de préparation physique au pôle France, parce qu’il est essentiel d’être prête physiquement en plus de naviguer. Le mercredi, après les cours du matin, je pars m’entraîner sur l’eau à Hyères (Var), où se trouve mon coach, à environ une heure de Marseille. Le jeudi, je fais à nouveau deux heures de préparation physique, puis je retourne à Hyères le vendredi pour naviguer. Le samedi, je m’entraîne aussi dès que je peux.

« Quand j’ai quelque chose à faire, je le fais tout de suite pour pouvoir ensuite aller naviguer. » — Vaïna Picot

Ça fait deux ans que je fonctionne comme ça, donc je suis habituée, même si c’est intense. Je ne suis pas toujours à l’école et je dois aussi travailler pendant les compétitions. C’est parfois difficile, mais comme j’aime ce que je fais, ça me plaît. J’ai aussi la chance de voyager dans le monde entier grâce aux compétitions. Pour m’organiser, j’essaie de ne pas perdre de temps : quand j’ai quelque chose à faire, je le fais tout de suite pour pouvoir ensuite aller naviguer. 

À ce niveau, le mental joue un rôle important. Comment gères-tu la pression et les défaites ? 

C’est compliqué. Je pense que je vais devoir prendre un préparateur mental, parce que c’est très important dans une carrière. Cette année, je n’en avais pas et j’ai beaucoup souffert lorsque j’ai connu des défaites.  Le format des compétitions rend les choses difficiles. Pendant les phases qualificatives, on peut être première avec beaucoup de points d’avance, mais le dernier jour, tout est remis en jeu face à la deuxième. Il suffit alors d’une petite erreur ou d’une chute pour terminer deuxième, même après avoir gagné presque toutes les courses précédentes. C’est dur à accepter.

« Je déteste perdre et j'ai vraiment envie de gagner. » — Vaïna Picot

Avec le temps, j’ai aussi découvert mon caractère : je déteste perdre et j’ai vraiment envie de gagner. Quand je perds, je suis surtout énervée contre moi-même, parce que j’ai l’impression d’avoir commis une erreur que j’aurais pu éviter. Mais je n’ai jamais eu envie d’arrêter. Je sais que je peux me rattraper à la compétition suivante et je fais tout pour essayer de gagner la prochaine fois. 

Tu es rattachée au pôle France de Marseille. Qu’est-ce que cette structure t’apporte et comment vois-tu la suite de ta carrière ? 

Le pôle France m’apporte surtout un cadre pour la préparation physique, avec de bonnes installations et une structure qui nous aide à atteindre le plus haut niveau. En revanche, il n’y a pas encore d’entraîneur de wingfoil directement au pôle de Marseille. C’est pour cela que je vais à Hyères pour mes entraînements sur l’eau, où se trouve mon coach. 

Pour la suite, mon premier objectif est de renouveler mes titres l’année prochaine. Il y a aussi la question des Jeux olympiques de Brisbane (Australie), en 2032. On devrait savoir au cours de cette année ou au début de l’année prochaine si le wingfoil fera partie du programme. Je n’ai pas la date exacte. Ce serait évidemment un objectif pour moi d’y participer.

Vaïna Picot est nommée parmi les finalistes des World Sailing Awards 2026.

Le wingfoil est une discipline encore en développement. Comment imagines-tu son évolution, notamment si elle devient olympique ? 

Le wingfoil a énormément évolué, et très rapidement. On voit de plus en plus de pratiquants sur les plans d’eau. Si la discipline entre aux Jeux olympiques, beaucoup de choses pourraient changer. Nous pourrions notamment avoir un matériel standardisé, avec les mêmes équipements pour tout le monde, ce qui réduirait le développement de matériel différent par les marques. C’est difficile de prévoir précisément ce qui se passera.  En revanche, je pense que les Jeux apporteraient beaucoup de visibilité au sport. Aujourd’hui, le wingfoil reste assez méconnu : si je rencontre quelqu’un dans la rue, il ne saura pas forcément ce que c’est. Une présence aux Jeux pourrait vraiment aider à le faire connaître.

« Dès qu’on commence, les sensations sont tellement fortes qu’on n’a plus envie d’arrêter. » — Vaïna Picot

Quel message aimerais-tu transmettre à ceux qui hésitent à se lancer dans le wingfoil ? 

Je leur dirais de se lancer ! Au début, le foil peut faire peur, notamment parce qu’on a l’impression qu’il peut couper. Mais dès qu’on commence, les sensations sont tellement fortes qu’on n’a plus envie d’arrêter. La vitesse, le fait de voler au-dessus de l’eau… c’est incroyable ! Je rencontre parfois des personnes qui ont peur, y compris pour leurs enfants, mais je leur conseille vraiment de tenter l’expérience.

Photos : IWSA Media/Robert Hajduk

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