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Antonin Chiberches : « J'ai tout quitté pour me lancer dans l'ice Cross » (Interview)
Antonin Chiberches est le Français le mieux classé en Ice Cross

Antonin Chiberches : « J'ai tout quitté pour me lancer dans l'ice Cross » (Interview)

Photo Antonin Chiberches
Interview

Antonin Chiberches : « J'ai tout quitté pour me lancer dans l'ice Cross » (Interview)

Par Thomas Davaud · 27 octobre 2026 · 8 min de lecture

Ancien cadre dans la finance internationale, Antonin Chiberches a choisi de se dédier à l’Ice Cross, le patinage de descente extrême. Entre recherche de performance, dépassement de soi et volonté de faire grandir la discipline, il revient sur son parcours atypique, son rapport au risque et ses ambitions pour l’avenir de ce sport. Les Ice Games reviennent pour une nouvelle édition, du 22 au 24 janvier 2027.

Des patineurs, une piste glacée, des virages serrés à négocier à pleine vitesse : l’Ice Cross est une discipline où chaque seconde compte. C’est dans cet univers exigeant qu’évolue Antonin Chiberches, qui connaît aussi l’envers du décor. Avec les Ice Games, il s’investit dans l’organisation d’une compétition au cœur des Alpes, avec l’ambition de faire évoluer les pratiques et de donner une nouvelle dimension à ce sport, avec notamment les Jeux olympiques en ligne de mire.

Avant de te lancer dans le Ice Cross, tu as pratiqué le hockey. Peux-tu nous raconter ton parcours dans ce sport ? 

Je viens de Haute-Savoie et j’ai commencé à patiner à l’âge de 2 ans. J’ai appris à patiner à Megève et à Saint-Gervais, puis j’ai joué au hockey sur glace jusqu’à mes 15 ans. Ensuite, mes parents ont déménagé et j’ai dû arrêter le hockey car il n’y avait pas de patinoire là où ils se sont installés. J’ai repris le hockey quand j'avais 24 ans. J’ai d’abord joué en loisir, puis en division 4, en division 3 et en division 2. J’ai même participé à des entraînements avec une équipe de division 1 jusqu’à mes 31 ans. En parallèle, j’ai également pratiqué le roller hockey. J’ai été champion de Nationale 3 puis champion de Nationale 2 avec l’équipe d’Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine). 

Le problème, c’est que dans les clubs où j’ai joué, aussi bien au hockey sur glace qu’au roller hockey, j’occupais toujours les mêmes postes. Entre 24 et 31 ans, j’étais en troisième ligne. C’est l’équivalent d’un remplaçant au football qui joue beaucoup moins que les autres. Même si nous avions remporté des championnats, je ne me sentais pas vraiment à ma place.  J’ai fait des études en finance et exercé dans ce domaine, notamment à Hong Kong (Chine), à Paris et à Genève. Je travaillais dans de grandes banques internationales, où j’occupais des postes à responsabilité et où j’étais très bien payé. À 31 ans, j’ai tout quitté pour me lancer à 100 % dans l’Ice Cross.

Antonin Chiberches a commencé par le hockey avant de se lancer pleinement dans le Ice Cross

Pourquoi être passé du hockey sur glace à l’Ice Cross ?

J’étais frustré dans ma vie de sportif. En Ice Cross, je maîtrise davantage mon temps de jeu. Au hockey, c’est le coach qui décide quand tu entres sur la glace. En Ice Cross, tu peux continuer si tu performes. Si j’arrive parmi les deux premiers en bas de la piste, personne ne peut me dire que je ne peux pas revenir sur la glace. C’est le sport sur patins à glace le plus rapide du monde. Il se pratique en descente. C’est un sport très simple : quatre personnes descendent une piste de glace avec des bosses et des virages. Le but est d’arriver parmi les deux premiers pour passer au tour suivant. C’est donc une discipline simple à comprendre, mais aussi très spectaculaire.

« En Ice Cross, le risque me permet de devenir une meilleure version de moi-même. » — Antonin Chiberches

Tu as travaillé dans la finance, dans des postes à responsabilité où les erreurs peuvent coûter cher. Quel est ton rapport au risque ? Est-ce une source de motivation supplémentaire dans un sport extrême ?

Ce qui m’intéresse, c’est qu’il y a plusieurs dimensions. En Ice Cross, le risque me permet de devenir une meilleure version de moi-même, parce qu’il m’oblige à comprendre où se situent mes limites et à trouver les moyens de les repousser progressivement. Au-delà de la question du risque, il y a aussi mon rapport à la vie et à la mort. Avant les courses, je suis assez motivé par les personnes qui ne sont plus là. Je pense à mon pote d’enfance, qui s’est suicidé lorsque nous avions 15 ans, ainsi qu’à mes grands-pères, qui ne sont plus là pour en parler. Ces pensées me galvanisent. J’ai un rapport assez particulier à la mort, et le fait d’en avoir conscience m’aide à vivre pleinement. Je sais qu’une mauvaise chute ou un mauvais contact peut avoir des conséquences différentes. J’en ai toujours conscience. Prendre des risques m’aide à vivre pleinement le moment présent. J’ai peur avant chaque course, c’est le cas de presque tous les athlètes. Cela fait partie intégrante de notre sport.

« Aujourd'hui, je me concentre vraiment sur mon bien-être et sur ma progression en tant qu'athlète et en tant que personne. » — Antonin Chiberches

Tu es le Français le mieux classé et tu affiches l’objectif de devenir champion du monde et d’emmener l’Ice Cross aux Jeux olympiques. À quel point te sens-tu proche de ces objectifs aujourd’hui ?

Il y a plusieurs choses à prendre en compte. En 2024, je suis devenu numéro un français. Depuis, je bénéficie d’une double nationalité et, ces deux dernières années, j’ai représenté l’Espagne. J’étais également numéro un espagnol. C’était plus facile puisque j’étais le seul représentant. Aujourd’hui, j’aide aussi le sport à se développer. Depuis trois ans, j’atteins chaque année les demi-finales des championnats du monde. Pour l’instant, je n’ai pas encore réussi à passer le cap de la finale. J’espère y arriver un jour et je travaille pour ça. 

Cependant, le résultat devient moins important pour moi. J’ai envie d’atteindre un objectif sportif, mais aujourd’hui, je me concentre vraiment sur mon bien-être et sur ma progression en tant qu’athlète et en tant que personne. C’est surtout cela qui m’intéresse, ainsi que le fait de faire grandir notre sport. J’organise notamment un événement annuel appelé les Ice Games, une compétition internationale d’Ice Cross dans les Alpes.

La deuxième édition des Ice Games aura lieu à Saint-Gervais (Haute-Savoie)

Peux-tu nous en dire plus sur les Ice Games que tu as créés ? 

Les Ice Games sont partis d’un constat : notre sport avait besoin de davantage de professionnalisation. Nous avons aussi constaté qu’il possédait toutes les caractéristiques nécessaires pour se développer dans les montagnes. Nous sommes donc partis de ces deux idées pour développer l’événement chaque année. Nous avons organisé une première édition à Praz-sur-Arly (Haute-Savoie), l’année dernière. Pour la saison 2027, nous prévoyons une nouvelle édition à Saint-Gervais (Haute-Savoie), du 22 au 24 janvier.

« Nous sommes l'événement le moins consommateur d'eau sur le circuit mondial. » — Antonin Chiberches

En quoi les Ice Games se distinguent-ils des autres événements d’Ice Cross ? 

Nous rémunérons la majeure partie des personnes qui travaillent sur l’événement. Cela concerne notamment la directrice sportive, le constructeur de glace, les personnes chargées de la communication et l’équipe qui s’occupe de la retransmission télévisée en direct. Dans les autres compétitions, le fonctionnement repose beaucoup plus sur le bénévolat. Nous utilisons également des techniques de construction de glace qui sont complètement naturelles et assez différentes de celles employées sur les autres courses. Nous sommes l’événement le moins consommateur d’eau du circuit mondial. 

Nous avons aussi mis en place une diffusion télévisée en direct pendant la course. C’est l’une des innovations que nous avons développées, et c’est quelque chose de très intéressant. Nous essayons vraiment de professionnaliser le sport dans son ensemble. À moyen terme, nous espérons pouvoir inviter les athlètes et faire en sorte qu’ils n’aient plus besoin de payer leurs billets d’avion et leurs autres frais de déplacement. C’est un objectif que nous souhaitons atteindre dans les prochaines années.

Y aura-t-il des nouveautés pour la prochaine édition des Ice Games ? 

La première nouveauté, c’est que je vais participer à la compétition. L’organisation a également évolué. Une véritable équipe s’est structurée, avec une directrice opérationnelle et plusieurs responsables de pôles : un pôle sportif, un pôle communication et un pôle partenariats. L’année dernière, je portais tout moi-même. 

Sur le plan sportif, la piste sera deux fois plus longue que l’année dernière. Nous conserverons la même technique de construction de glace, mais nous serons dans un autre lieu, avec une envergure un peu plus grande.

En 2027, la piste des Ice Games sera deux fois plus longue.

Tu as donc une double casquette, qu’est-ce qui te plaît le plus entre pratiquer l’Ice Cross et organiser un événement comme les Ice Games ? 

C'est un choix difficile. Aujourd’hui, l’organisation est plutôt ma zone de confort, mais je préfère quand même le sport. J’ai encore la possibilité de descendre des pistes. À 36 ans, il me reste au moins cinq ans pour le faire. J’ai envie d’exploiter cette période à fond. En revanche, je ne peux pas faire les deux en même temps. À chaque fois, il faut faire un choix. Cette année, j’ai décidé de participer à la course pour vivre pleinement mon expérience de sportif. 

Je me suis occupé des principaux partenariats et de trouver le lieu. J’ai, en quelque sorte, construit les rails et désigné une conductrice du train pour prendre les commandes de l’événement. Ce n'est plus moi qui gère l’organisation.

« Nous voulons conserver un format à taille humaine, tout en développant ce moodèle à l'international. » — Antonin Chiberches

Pourquoi vouloir mener le Ice Cross jusqu’aux Jeux olympiques ? 

J’ai envie de participer aux JO ! Je pense aussi que notre sport possède de nombreuses caractéristiques intéressantes pour les médias. L’Ice Cross est spectaculaire et facile à comprendre. Il y a souvent des chutes, des contacts, et on ne sait jamais vraiment qui va terminer premier. C’est aussi ce qui rend les courses intéressantes. 

Avec les Ice Games, nous ne voulons pas organiser de gigantesques événements en montagne, avec énormément de public sur place. Nous voulons conserver un format à taille humaine, tout en développant ce modèle à l’international, sur les domaines skiables. Nos courses se déroulent à environ 2 000 mètres d’altitude. Nous ne pouvons pas accueillir des milliers de personnes à cette altitude, au milieu de la montagne. Nous voulons donc que les événements restent à taille humaine, mais exploiter au maximum le potentiel du numérique pour toucher un public plus large.

Quel message aimerais-tu faire passer aux personnes qui ne connaissent pas encore l’Ice Cross ?

Pour ceux qui hésitent à se lancer, ils peuvent nous contacter sur Instagram, car nous sommes très ouverts. Je peux leur donner deux ou trois conseils pour débuter, notamment sur le matériel, les équipements et tout ce qu’il faut savoir avant de se lancer. Pour découvrir le sport, je vous invite également à vous connecter le 22 janvier 2027 à 10 heures sur YouTube. La course sera diffusée sur 8 Mont-Blanc.

Photos : Antonin Chiberches

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