Immersion en soufflerie : à la découverte de la chute libre sans parachute et sans avion
À Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône), iFLY propose de découvrir la chute libre sans avion ni parachute, grâce à un puissant courant d’air pouvant atteindre 320 km/h. Accessible dès 5 ans, la soufflerie accueille aussi bien les novices en quête de sensations que les sportifs de haut niveau, dans une discipline où le loisir peut se transformer en véritable passion.
Un corps en apesanteur, un vent qui rugit et quelques secondes pour apprendre à voler. Dans le tube d’iFLY, à Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône), entre Marseille et Aix-en-Provence, pas besoin de monter dans un avion pour découvrir la chute libre : un puissant courant d’air porte les pratiquants, des enfants aux parachutistes confirmés. Derrière la vitre, les corps flottent à quelques centimètres du sol, tandis que les moniteurs guident les premiers mouvements.
Malgré le grondement de la machine, la sensation surprend souvent par sa douceur. « On a un a priori parce que c’est de la chute libre. On fait vite un parallèle avec quelque chose de vraiment extrême mais l’activité est très douce », explique Flavien Poulenard, moniteur et triple champion de France de chute libre indoor. Pour lui, le plus difficile est de convaincre les gens de tenter l’expérience. « La première chose que j’aime bien dire aux gens est que ce n’est pas du tout ce à quoi on s’attend. Parce qu’il y a beaucoup de gens qui viennent, qui regardent et se disent “ah non, ce n’est pas fait pour moi”, mais c’est un peu comme les épinards : on ne peut pas dire “je n’aime pas” tant qu’on n’a pas goûté. » Il sait de quoi il parle : il lui a fallu cinq ans pour convaincre sa propre mère de venir voler. À la sortie, elle n’avait plus de doute : « C’est génial ! »
Pour comprendre cette sensation, il faut regarder ce qui se passe dans le bâtiment. La soufflerie fonctionne grâce à quatre gros réacteurs d’avions installés en hauteur, qui propulsent l’air dans un circuit fermé. Celui-ci circule dans des colonnes latérales, passe par le sous-sol puis remonte dans la chambre de vol. Un système de refroidissement limite la hausse de température provoquée par le passage de l’air contre les parois. La puissance, elle, est adaptable au poids et au niveau des pratiquants : lors d’un baptême (premier vol), le vent atteint généralement 140 à 150 km/h. Le dispositif permet un maximum de 320 km/h.
« On peut comparer la sensation à celle qu’on ressent quand on passe la main par la fenêtre d’une voiture sur l'autoroute. Il y a une résistance au vent et, dès qu’on bouge un doigt, la main fléchit. C’est le même principe dans la soufflerie : dès qu’on bouge un bras ou un coude, notre position de vol change », compare Cyrielle Digonnet, directrice marketing d’iFLY Lyon (Rhône) et Aix-Marseille. Dans le tube, quelques centimètres suffisent à modifier la trajectoire. Les débutants doivent donc apprendre à se relâcher, à garder les bras et les jambes dans la bonne position en évitant les mouvements brusques.
« Être le plus détendu possible »
Mathis, 25 ans, connaît bien ces premiers instants. Né à Marseille, il a découvert iFLY en 2021, alors qu’il travaillait à l’accueil le week-end pendant ses études. La curiosité est peu à peu devenue une passion, puis son métier. Moniteur depuis près de deux ans, il insiste sur l’importance du relâchement pour les nouveaux pratiquants. « Le tout premier conseil que je donne, c’est vraiment d’être le plus détendu possible. Parce que c’est vrai qu’au début, on est quand même vachement crispé quand on commence la soufflerie. » La symétrie compte tout autant. Un bras plus haut que l’autre ou une jambe davantage pliée peut suffire à déséquilibrer le corps.
Pour accompagner les débutants, le moniteur reste à l’intérieur du tube, tandis qu’un pilote contrôle la vitesse du vent. La formation des moniteurs dure un mois, puis se poursuit par deux mois de stage. Même les pratiquants autonomes restent sous la surveillance d’un encadrant. Une fois les premiers gestes maîtrisés, la soufflerie devient aussi un terrain d’entraînement pour les parachutistes. « Par rapport à la véritable chute libre, c’est exactement pareil, en tout cas en termes de sensations et de position, précise Mathis. Tout ce qu’on va faire, c’est exactement pareil que la chute libre, mis à part que là, en soufflerie, on peut monter, ce qu’on ne peut pas faire dans la vraie vie. »
Les repères visuels changent cependant l’expérience. Dans le tube, les vitres et les éléments autour permettent de comprendre plus facilement les déplacements. En plein ciel, les points de référence sont plus rares. « Dans le ciel, à part les personnes qui sont devant toi en train de voler ou les nuages, tu n’as pas forcément de repères. Là, tu sais vraiment que tu es en train de voler. Finalement, tu as plus l’impression de voler dans un tube que quand tu fais de la chute libre », poursuit Mathis. Autre différence : la chute libre en parachute dure environ 45 secondes avant l’ouverture de la voile, tandis qu’en soufflerie, les pratiquants peuvent enchaîner les passages et voler pendant plusieurs minutes.
Tous les visiteurs ne viennent pas pour perfectionner leur technique. Pour certains, l’objectif est simplement de vivre une expérience nouvelle. Néo, 10 ans, vient justement de terminer son premier vol. « J’avais envie d’essayer parce que tous mes copains l’ont fait et que ça avait l’air bien. » Il reconnaît avoir ressenti un peu de stress avant de se lancer, mais la difficulté lui a finalement semblé surmontable. « Ce n’était pas si compliqué », dit-il fièrement.
« Personne ne sait voler au départ, tout le monde commence quelque part et tout le monde peut apprendre. » — Elora Adriao
L’activité est accessible dès 5 ans et ne se limite pas aux personnes sportives ou aux amateurs de sensations fortes. « Notre seule contre-indication, c’est la luxation de l’épaule. Sinon, on fait voler tout le monde, y compris les personnes en situation de handicap », explique Elora Adriao, chargée de communication pour iFLY Lyon et Aix-Marseille. Des équipements spécifiques, comme des orthèses pour stabiliser les jambes, permettent d’adapter les vols aux besoins de certains pratiquants. « C’est vraiment une activité ouverte à tout le monde. Personne ne sait voler au départ, tout le monde commence quelque part et tout le monde peut apprendre. » Pour preuve, la doyenne de l’activité avait 102 ans.
De simple visiteur à champion d'Europe
Le parcours de Flavien Poulenard montre jusqu’où cette découverte peut mener. En 2016, il réserve une session à Lyon, sans connaître ni le parachutisme ni la structure. Il arrive le jour de l’ouverture du site et devient le tout premier client. « Quand je suis arrivé, j’étais tout seul dans le bâtiment », se souvient-il. Il revient pendant trois ans, puis dépose un CV et une lettre de motivation pour rejoindre l’équipe. Début 2019, il commence sa formation de moniteur, travaille six mois à Lyon avant de rejoindre le site d’Aix-Marseille, où il passe ses niveaux. Il devient ensuite chef moniteur et formateur des nouvelles recrues.
« On vend un peu du rêve aux gens et c’est le rêve de voler donc il n’y a rien de mieux que ça. » — Flavien Poulenard
La passion ne s’arrête pas aux murs de la soufflerie. En 2018, Flavien Poulenard commence aussi le parachutisme, après avoir vendu sa moto pour financer sa formation. « On retrouve les mêmes sensations en l’air mais mentalement ça n’a rien à voir. » En 2021, le premier client de iFLY Lyon commence les compétitions. Il remporte trois titres de champion de France (2023, 2024 et 2025), devient champion d’Europe en 2024 et décroche une médaille d’or aux Wind Games en 2026. Il termine également quatrième de la Coupe du monde en 2024 et des championnats du monde en 2025. Un parcours inattendu pour celui qui cherchait initialement une activité d'anniversaire. Après plusieurs années de travail en intérim et un projet d’engagement dans l’armée, il choisit finalement la soufflerie, qui finance sa formation de moniteur. « Là, je suis payé pour faire voler les gens. Tous ceux qui passent la porte kiffent, tout le monde a le sourire. C’est rare les boulots où on peut se faire applaudir quand on fait la démonstration à la fin de chaque session. On vend un peu du rêve aux gens et c’est le rêve de voler donc il n’y a rien de mieux que ça », se réjouit-il.
Malgré le développement de la discipline, Flavien Poulenard estime que la soufflerie reste méconnue. Il invite ceux qui sont tentés à venir essayer, mais aussi ceux qui voudraient en faire leur métier à se renseigner sur la formation. Il observe par ailleurs que les monitrices sont de plus en plus nombreuses, avec actuellement davantage de femmes que d’hommes dans certaines formations. Pour lui, la discipline est loin d’être réservée à une poignée de spécialistes : elle peut se découvrir sans expérience préalable et mener, pour ceux qui s’y passionnent, jusqu’à la compétition.
« Donner un nouveau souffle à l'activité »
Faire connaître cette activité atypique est justement l’un des défis de l’équipe. Une photo montre un corps suspendu dans les airs, mais rend difficilement compte de la sensation et du mouvement. « C’est dur pour nous d’expliquer le produit. Ce qui marche beaucoup c’est la vidéo. C’est dur de montrer l’activité en photo donc on essaye de faire le plus de vidéos possible », explique le triple champion de France.
« On a développé la réalité virtuelle en vol, en travaillant sur des prototypes de casques et des films à 360 degrés. » — Cyrielle Digonnet
L’équipe cherche aussi à renouveler l’expérience proposée aux visiteurs. « Pendant le confinement, alors que les centres de loisirs étaient fermés, on a réfléchi à la manière de donner un nouveau souffle à l'activité, confie Cyrielle Digonnet. On a donc développé la réalité virtuelle en vol, en travaillant sur des prototypes de casques et des films à 360 degrés. Aujourd'hui, on peut faire un premier vol classique, puis un deuxième avec un casque de réalité virtuelle. On propose notamment des images au-dessus de Marseille, de Lyon ou des falaises des Alpes, avec l'impression de frôler les parois. C'est bluffant de réalisme : on a la position de vol, le vent, les images à 360 degrés et on a vraiment l'impression qu'on va se prendre une falaise. » D’autres vidéos plus fantaisistes, inspirées de l’univers des jeux vidéo ou de super-héros, sont envisagées. Un projet de club sur abonnement, donnant accès à un temps de vol chaque mois, est également prévu pour début 2027.
La soufflerie fonctionne à l’électricité, et sa consommation dépend notamment de la puissance utilisée et du poids des pratiquants. Pour les parachutistes, elle présente aussi l’avantage de pouvoir répéter les exercices sans multiplier les montées en avion entre deux sauts. L’activité s’inscrit à la fois dans le loisir et dans l’entraînement sportif, avec des formats adaptés à ceux qui veulent simplement essayer comme à ceux qui cherchent à progresser. « Je conseille à ceux qui ne l’ont jamais fait d'essayer au moins une fois dans leur vie », lance Néo après sa première expérience. Une recommandation qui, à en juger par les sourires à la sortie, n’a pas besoin de beaucoup d’arguments supplémentaires.
Photos : iFLY




