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Entretien avec Oscar Pellereau

J’ai découvert le petit Oscar il y a plusieurs années, quand il était un de mes élèves au Paris BMX Club. À l’époque, tous les autres élèves le détestaient car Oscar allait plus vite et plus haut que tout le monde avec seulement la moitié de leur âge ! Certains diront que c’est l’élu, qu’il est destiné à rétablir l’équilibre dans la Force ou, plutôt, à devenir le meilleur park-rider français. L’avenir nous le dira, mais nous suivons ce petit bout de bonhomme depuis maintenant une dizaine d’années et, pour le moment, la prophétie à bien l’air de s’accomplir.
Petite discussion avec Oscar et son papa, David, pour en savoir un peu plus sur celui qui est considéré, depuis plus de 10 ans, comme le nouveau prodige du BMX Park.

Tu t’appelles Oscar à cause de l’excellent film avec Louis de Funès ? 
David : Oui, à moitié. L’autre moitié, c’est pour le boxeur Oscar de la Hoya. 

Tu as commencé le BMX à quel âge ? 
Oscar : J’ai commencé à deux ans et demi !

Mais donc, ce n’est pas toi qui as décidé de faire ce sport. Et pourquoi ton papa, qui était alors un champion de windsurf, t’a mis au BMX et pas à un autre sport ?
On faisait déjà des tours de vélo et mon père a trouvé ça car il y avait un skatepark juste à côté de chez nous. Je n’aimais pas le skate, donc pas possible, car trop instable pour moi, je n’étais pas confiant et la trottinette, ça ne m’inspirait pas trop. 

Mais normalement, on sait à peine pédaler à cet âge-là, non ? 
Oui, mais j’ai bien aimé descendre les modules avec mon petit douze pouces. 

Et aujourd’hui, tu as quel âge ? 
J’ai 14 ans, dont quasiment 12 ans de BMX.

Quel est ton premier véritable souvenir en BMX ? 
C’était au skatepark d’Aulnay-sous-Bois, en région parisienne (93). Je me rappelle que j’avais fait un foot-plant, mais sans vraiment faire exprès, sans le savoir. J’ai posé mon pied sur un plan incliné et ça m’a fait bizarre. C’était ma quatrième session de BMX, je crois, et j’ai fait ce mouvement, et c’est mon tout premier souvenir en BMX. 

Et tu n’as jamais arrêté le BMX depuis ce jour-là ? 
Si, pendant le confinement en 2020, mais je faisais quand même du Flat pendant ce temps-là, donc ça va. 

Et tu n’en as pas marre qu’on dise de toi que tu es le nouveau prodige ? Ça ne te met pas une petite pression ? 
Non, ça ne met pas de pression. Je roule juste parce que j’ai envie de rouler, c’est tout. Je n’aime pas qu’on compare les gens. Je me compare juste à moi-même et c’est tout. 

Et au cours de ces dix dernières années, quel est ton souvenir le plus marquant concernant le BMX ? 
J’en ai trois. Mon premier 540° à Fun Ride, un spot de Montpellier. Mon premier 720° à Paris, ça, je m’en rappellerai toute ma vie. Et mon premier 720 bar, ça c’était vraiment incroyable. 

Là, tu parles de tricks mais sinon tu n’as pas un souvenir de délire avec des potes ou une ambiance qui t’a marqué ? 
J’avais bien aimé le FISE de Troyes, mon premier FISE, en 2018 je crois, on avait fait une jam et c’était vraiment bien.

Au niveau des résultats ? Quel est ton meilleur classement ? 
J’ai été vice-champion de France il y a trois ans à Saint-Quentin-en-Yveline, j’étais très content de ma performance. 

Et tu vises quoi maintenant ? 
Franchement, je vise le Top 1, mais ça va être compliqué. J’ai beaucoup de concurrents, mais on ne perd pas espoir. 

Est-ce que tu veux en faire ton métier ? 
Je ne pense pas que ce soit possible. À part devenir prof à Woodward ou quelque chose comme ça, ça va être difficile. Même en étant pro, ça risque d’être compliqué, je pense. Il y a très peu de gens qui vivent du BMX en France.

Et au niveau des études, t’en es où justement ? T’as un plan B ? 
Ma première option est de bosser dans tout ce qui est thérapie manuelle, genre ostéopathe ou un truc comme ça, mais là, je suis encore en troisième, donc j’ai un peu de temps devant moi.  Mais je vais plus viser la thérapie que le BMX, c’est sûr. 

Et tu avais l’opportunité d’avoir des gros sponsors et de faire une belle carrière ? 
Évidemment, je ne dirais pas non à ça ; ce serait vraiment très bien si ça arrivait. 

On dit souvent que tu es le prochain Anthony Jeanjean. 
Je vais déjà gravir tous les échelons et, après, on verra.

Le niveau actuel en pro, il te fait peur ? 
Tout est encadré maintenant avec les bacs à mousse, les airbags et les résis, donc il y a moins d’accidents et on est plus préparé. Mais, en général, dès que tu maîtrises un peu le trick, tu es sûr que tu ne vas pas te blesser, même si ça restera toujours un sport dangereux. Mais moi, je n’ai pas trop peur de ça. Je ne me suis encore rien cassé, donc ça devrait le faire. 

Tu travailles un peu tes runs ou il y a encore une marge de liberté ? 
Ça dépend. Si c’est en finale et que j’ai déjà réussi tous mes runs, alors je peux tenter quelque chose que je ne maîtrise pas encore totalement. Mais là, j’ai déjà construit mon run et je le tiens bien. 

C’est quoi le dernier trick que tu as appris ? 
Whip bar sinon j’aimerais replaquer 720 sur le dur. Je m’étais tué sur un 720 donc là, le but, c’est de le réussir sur le dur maintenant.  

Ton rêve de tricks ? 
Dans les prochaines années, mon objectif est de rentrer un 720 double bar, voire triple bar !

Tu penses quoi de Ryan Williams, ce type qui invente un nouveau trick tous les matins ?
Oui, mais bon, c’est son métier aussi, j’ai envie de te dire. Il y  a du travail derrière tout ça. C’est son travail de faire ça maintenant. C’est la passion du BMX, toujours pousser plus loin la course à la world first. 

Tu penses qu’un jour, toi aussi, tu vas inventer un trick ? 
Oui, je travaille dessus, mais je ne peux encore rien dire. C’est assez complexe, mais ça va encore. La seule chose que je peux dire, c’est que ça va me prendre au moins deux ans pour le maîtriser sur rési et encore un an de plus sur le dur. C’est un gros trick mais j’en dis pas plus.

T’as essayé les autres disciplines du BMX ? 
J’ai essayé la race pendant deux ans, j’ai même fait des compétitions. J’ai pas aimé cette ambiance trop compétitive. Le Park aussi, c’est compétitif, mais il y a une meilleure ambiance.  J’ai testé le road bike aussi mais j’ai pas aimé, et le VTT, j’ai pas aimé non plus. Je préfère carrément le BMX Freestyle. 

Tu te vois où dans 10 ans ?  Qu’est-ce que tu auras accompli à 24 ans ? 
Déjà, j’aurai accompli ma world first. Après, je serai devenu pro et je viserai des podiums. Mais je pense que j’aurai déjà arrêté le BMX à 24 ans. 

T’en es où au niveau des blessures aujourd’hui ?
Là, j’ai une discopathie, mais assez légère, donc ça va. Mais j’ai quand même une gêne en bas du dos qui m’empêche de bien rouler et de faire des efforts. Je suis obligé de faire des pauses à chaque session, qui durent trente minutes à chaque fois. Après, je vois un kiné, donc ça devrait le faire. 

Tu as intégré une école à Montpellier là, c’est bien ça ? 
Oui, un sport-études.

C’est financé par la fédé ? 
Non, par mes parents. 

Le fait que ton père te suive sur tous les événements depuis 10 ans, comment tu le vis ? T’es au bout du rouleau ou ça va ? 
Un peu, mais c’est mon père et ça restera mon père. Sinon, j’ai mon coach qui s’appelle Gaël Robert, qui m’entraîne tout le temps et lui, il m’entraîne vraiment. Mon père, c’est autre chose. 

Raconte-nous l’histoire avec Bob Haro et Ikonix
C’était cette année, au FISE, j’étais avec mon vélo twin tube (double top tube) et le vendeur français de la marque Ikonix (Raphaël) m’a vu. Il m’a demandé quelle était la marque de mon cadre et je lui ai dit que c’était une fabrication de Pierre Malo, un Français qui fait du sur-mesure. Il m’a demandé si je roulais. Il m’a vu le lendemain aux practices et il m’a dit qu’il avait vu avec Bob Haro et qu’il voulait que je rentre dans le team. Ensuite, Bob a vu mon run en finale, il m’a demandé de faire partie de son team et il m’a donné un vélo.  J’espère être aux prochains JO de LA et représenter la marque avec l’objectif de gagner, bien sûr. 

Pour les Jeux olympiques de Los Angeles, ça va être chaud car tu seras encore jeune, mais peut-être pour ceux de Brisbane 2032 en Australie ? 
Pourquoi pas. Il faut y croire. 

Tu as un message à faire passer pour ceux qui souhaitent débuter dans le BMX aujourd’hui ?
Que tu sois jeune ou même vétéran, il faut se fixer avant tout un objectif émotionnel. Tu essaies de rentrer des tricks et tu vois si vraiment t’as envie de continuer ensuite. Puis progresser et tenter de trouver des amis pour rouler avec toi et passer de bons moments.

Le mot de la fin ? 
Passez du bon temps avec votre BMX !

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Manu Massabova

BMX Pro Rider depuis 1986. Rédacteur spécialisé dans les sports extrêmes depuis 1999.